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 La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa

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Ferrier
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MessageSujet: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Ven 20 Oct - 8:41

La Turquie, un pays européen ?



Une des conditions de l’intégration d’un pays dans l’Union Européenne est que « le pays candidat doit être un pays européen », même si certains interprètent abusivement cette règle comme signifiant « est européen un État qui a une partie au moins de son territoire en Europe ». Il faut alors préciser que la Turquie n’a que 3% de son territoire en Europe. Est-ce que la France en raison de sa possession de la Guyane et de certaines îles des Antilles devrait être considérée comme un pays américain ? Il convient cependant, si l’on veut être crédible pour justifier de notre refus de l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne, d’analyser plus en détail la situation historique et géographique de ce pays.


Un peuplement complexe dans un espace de migration.


La plus ancienne population de l’Anatolie, qui fut le cœur de l’empire ottoman puis l’essentiel de la Turquie contemporaine, était dite asianique, nom qui sert à désigner les populations non-indo-européennes et non-sémitiques de l’Asie mineure, et rien que ce terme utilisée par les Grecs pour désigner cette contrée est significatif. A l’ouest de l’Anatolie, on trouvait le royaume d’Arzawa ; au centre, le pays des Hattis ; enfin, à l’est, le royaume d’Urartu, le pays des Hourrites, qui dominaient aussi le nord-ouest de la Mésopotamie. Il est très vraisemblable que les premières cités construites sur le site de Troie (aujourd’hui Hissarlik) appartenaient à ce vaste ensemble de populations auxquelles seraient aussi liés les peuples caucasiens et les Sumériens.

Par ailleurs, la guerre de Troie narrée par Homère présente une opposition entre les peuples asiatiques et les Grecs, même si les Troyens apparaissent comme hellénomorphes, avec leurs noms grecs et leurs dieux olympiens, même si ceux qui soutiennent Troie ne sont pas les mêmes que ceux qui soutiennent les Achéens. Il est vrai que de très bonne heure, les peuples indo-européens s’intéressèrent à cette terre. Les premiers Indo-européens à pénétrer l’Anatolie sont les Hittites et les Louvites, venus par le Caucase, parallèlement à l’implantation d’Indo-européens dans la mer Egée, les mythiques Pélasges qui auraient été les possesseurs de l’écriture dite « linéaire A », actuellement non déchiffrée. Autour de leur capitale, Hattousa, les Hittites formèrent le premier empire micro-asiatique, dominant la Syrie et le nord de la Mésopotamie et menaçant l’Egypte, un empire qui s’effondra sous les coups d’autres envahisseurs indo-européens. Les Grecs mycéniens s’étaient déjà implantés dans des colonies de peuplement sur un certain nombre de zones côtières de l’Anatolie, tandis que les ancêtres des Phrygiens, des Lydiens, des Lyciens, des Cariens et des Arméniens, déferlaient sur l’empire.

Après la période des âges obscurs, un véritable déferlement continu de populations indo-européennes s’abattit sur les peuples anatoliens, au point d’en faire disparaître les langues. Si un néo-hittite subsiste au nord de la Syrie, c’est le grec notamment qui va s’imposer. Les iranophones, Cimmériens puis Mèdes et enfin Perses, dominèrent très vite l’Anatolie, le roi Cyrus l’annexant à l’empire achéménide en train de se former, alors que la côte occidentale était dominée par des cités-états grecques. La Cappadoce fut même un lieu d’iranisation forcée, et il n’est pas étonnant qu’elle soit encore la terre d’iranophones, les Kurdes. Après la victoire d’Alexandre le Grand, l’Anatolie fut un espace d’hellénisation rapide, ce qui demeura le cas malgré l’invasion de Celtes, les Galates, qui s’implantèrent au cœur du pays, et malgré encore l’annexion de l’ensemble par les Romains, faisant de Pergame une Rome en miniature. Enfin, au Moyen-Âge, des Albanais et des Slaves s’ajoutèrent à cette population hellénophone, partie prenante de l’empire byzantin. Si l’histoire s’était arrêtée là, l’Anatolie serait indiscutablement, malgré la géographie, une terre européenne et nous ne serions pas en train de débattre sur la légitimité de son intégration à un ensemble politique européen. Mais, à partir du XIème siècle, l’Anatolie va perdre de plus en plus son européanité, avec l’invasion des Turcs musulmans venus d’Asie Centrale, d’abord les Seldjoukides puis les Osmanides qui deviendront les Ottomans.


L’arrivée des Turcs et de l’islam.


A partir du XIème siècle, les populations turques islamisées se répandent sur les vestiges de l’empire arabo-musulman aussi bien que d’un empire byzantin fragilisé. Timur Lang (Tamerlan) en vient à dominer par exemple l’espace iranien. Au XIVème siècle, c’est un des sultanats turcs d’Anatolie, celui de Rum, dirigé par les Osmanides, qui va servir de foyer d’origine au futur empire ottoman. Ce sont les Byzantins qui commettent l’erreur majeure de faire appel à des mercenaires ottomans en Europe, pour lutter contre les autres peuples européens de la région, et cela permettra aux Turcs de s’implanter en Thrace, et de là de se répandre, malgré la résistance acharnée des peuples chrétiens, à l’ensemble des Balkans. En 1444, la défaite euro-chrétienne de Varna solde la fin de toutes les tentatives sérieuses de l’Europe de s’opposer aux conquérants turcs, et les derniers bastions de l’hellénisme tomberont les uns après les autres, Constantinople en 1453, malgré la défense du courageux empereur Constantin XI Dragasès, enfin le Péloponnèse et Trébizonde en 1460.

Il convient de préciser quelques particularités du peuple turc qui s’installe en Anatolie. En premier lieu, leur langue n’est pas indo-européenne mais altaïque, du même groupe linguistique que le mongol. Il s’agit d’une langue de type agglutinant, à la différence des langues indo-européennes qui elles sont flexionnelles. Avant les migrations turques, ces langues étaient inconnues de l’espace euro-méditerranéen. Ensuite, les Turcs sont devenus musulmans en Asie Centrale, même si un certain nombre de traditions païennes ont survécu à leur islamisation, à l’instar des symboles panturcs du croissant lunaire et de l’étoile, symboles qu’on retrouve sur le drapeau de la Turquie moderne, mais aussi de celui de certaines de ses anciennes colonies d’Afrique du Nord.

C’est d’ailleurs face aux Turcs que la première idée d’unification européenne, autour de la chrétienté, se mit en place, en 1464, sous l’impulsion du roi de Bohême, Georges de Podebrady, qui proposait l’union des souverains d’Europe autour d’une ligue des états chrétiens contre la menace turque. Mais il ne fut pas suivi et la vague ottomane s’abattit sur les Balkans en un temps record. Par la suite, Vienne elle-même subira les assauts turcs à plusieurs reprises mais tiendra bon. Quoi qu’il en soit, la Grèce, la Bulgarie, la Serbie, la Bosnie, l’Albanie, la Roumanie et la Hongrie, et jusqu’à l’Ukraine, vont connaître le joug turc et l’islamisation dans certains cas. Cet islam importé par le conquérant survit encore aujourd’hui en Albanie et en Bosnie, et aussi dans le Caucase, même s’il est en voie d’extinction, sauf dans les zones conflictuelles (Kosovo, Tchétchénie).

Il faudra attendre 1913 pour que l’Europe balkanique soit presque entièrement libérée, même si les divisions entre Bulgares et Grecs épargnent à l’empire ottoman de perdre tous ses bastions européens, celui-ci conservant la Thrace orientale. Après la première guerre mondiale, lors du traité de Sèvres, la Turquie est rejetée d’Europe, à l’exception de Constantinople/Istanbul. Mais en 1923, elle retrouvera la Thrace, à l’issue du traité de Lausanne, après le sursaut national impulsé par Kemal Atatürk.


L’héritage kémaliste, révolution avortée ou accomplie ?


Kemal Atatürk voulait mettre en œuvre une double révolution, qui aurait pu apparaître comme contradictoire. En effet, il recentra la Turquie sur l’Anatolie, réconciliant celle-ci avec son passé pré-turc, essentiellement indo-européen. Mais en même temps, il entreprit un programme d’européanisation au forceps de son pays, le détachant de l’Orient. En quelques années, moins de quinze ans, il mettra fin au sultanat et au califat, il reconnaîtra le génocide arménien dans plusieurs déclarations à l’étranger, il mettra en place en 1926 un code civil pris à la Suisse, instaurera le vote des femmes en 1934. Il fermera par ailleurs tous les monastères musulmans, il interdira le fez aux hommes et le voile aux femmes. Kemal Atatürk, qui prendra ce dernier nom, « père des Turcs », afin de renforcer son aura, ira plus loin. Il instituera un alphabet turc pris au latin, il fera épurer les dictionnaires de tous les termes étrangers, aussi bien arabes que persans, il exigera aussi que le nom de Dieu ne soit plus Allah mais Tanrı, le nom du dieu du ciel des Turcs païens, surnommé « le loup gris ». Enfin, on rapportera des propos de Kemal Atatürk violemment hostiles à l’islam en général. Certes, présenter un peuple de langue altaïque comme un peuple ari, comme le firent Kemal et ses premiers successeurs, était aussi une façon d’européaniser son pays. A l’école de Kemal se mirent d’ailleurs Reza Shah en Iran puis Zaher Shah en Afghanistan, l’un et l’autre s’opposant à l’islam au nom d’une forme d’aryanisme, populaire à l’époque.

Mais Kemal Atatürk meurt en 1938, rongé par l’alcool dont il avait fait un cri de guerre contre l’islam, bien trop tôt pour avoir le temps de pérenniser ses mesures. Et pourtant, il demeura cher au cœur du plus grand nombre de ses concitoyens, l’armée veillant à maintenir son héritage intact, et des milices nationalistes, les Bozkurtlar ou « Loups Gris » du MHP de Türkes, s’opposèrent viscéralement aux islamistes.


Dernière édition par le Mer 1 Nov - 9:35, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mar 31 Oct - 15:25

Le « revival » de l’islam en Turquie.


Pourtant depuis plus d’une décennie, l’islam politique et religieux revient en force au pays de Kemal. Après le triomphe éphémère du parti islamiste d’Erbackan, mis au ban de la société par une intervention de l’armée, protectrice de la laïcité, appliquant le principe de la dissimulation ou takiyye, le dirigeant du nouveau parti islamiste AKP, Recep Erdogan, a réussi à arriver au pouvoir sur un programme de lutte contre la corruption et de mise en place d’un processus d’intégration européenne. Ce processus, basé sur le principe des droits de l’homme, principe certes très estimable, permet à Erdogan d’écarter du pouvoir l’armée qui seule pourrait entraver le vœu d’Erdogan de réislamiser la Turquie. Et même les ultra-nationalistes du MHP, eux qui préféraient défendre les traditions turques, même païennes, semblent subir un effet de contagion islamiste. Ce que l’on pourrait appeler le paradoxe d’Ankara, c’est qu’au fond s’oppose un européanisme turc laïc, hostile à l’intégration à l’Union Européenne, à un islamisme « turc » au contraire favorable à cette intégration. Si l’Union Européenne était vraiment ce qu’elle devrait être, les camps seraient probablement inversés.

Par ailleurs, la preuve du retour en force de l’islam c’est l’abandon de la laïcité vestimentaire pour les femmes turques. Comme on le constate aussi en Iran depuis 1979 et en Afghanistan, la régression en matière de condition féminine est patente en Turquie, et les voiles refleurissent, sauf au sein d’une partie de l’élite éclairée d’Istanbul.


Pourquoi et comment dire non à la candidature d’Ankara.


Les raisons historiques évoquées préalablement illustrent bien pourquoi, malgré le passé préislamique et préturc de l’Anatolie, et les Turcs actuels sont davantage les descendants de ces populations que des finalement peu nombreux conquérants turcophones, et malgré l’action remarquable accomplie par Kemal, la Turquie n’est pas un pays européen, je dirais même qu’elle l’est de moins en moins. Elle contraste de manière saisissante avec les pays européens dans leur ensemble.

Alors que l’Europe d’un point de vue démographique s’enfonce dans un hiver plus qu’inquiétant, la Turquie a un taux de 2.4 enfants par femme, bien au-dessus des 2.1 nécessaires au renouvellement des générations, taux qui n’est d’ailleurs atteint, et de justesse, qu’en Albanie et dans le Caucase. Aujourd’hui, il y a près de 75 millions de Turcs et demain, si la Turquie rentrait dans l’Union Européenne, elle serait le pays le plus peuplé et avec la plus grande représentation. Ajoutons que la Turquie est à 98% musulmane, d’un islam qui est tout sauf déclinant.

Alors, certes, des raisons politiques, qui n’ont pas empêché l’Union d’entamer les pourparlers d’adhésion avec la Turquie, peuvent freiner la dite intégration, mais elles sont bien fragiles. Il y a d’abord la question du génocide arménien, que Kemal avait implicitement reconnu mais qui est vigoureusement nié depuis sa mort. Il y a ensuite la question chypriote, puisque depuis 1974 la Turquie occupe une partie de l’île de Chypre et que sa partie grecque fait partie de l’Union Européenne depuis 2004, et de plus la Turquie refuse aujourd’hui encore de reconnaître l’état grec de Chypre. Mais ces raisons ne sont pas suffisantes. Imaginons que dans l’avenir la Turquie reconnaisse le génocide arménien et clarifie sa position avec Chypre, faudra-t-il alors l’intégrer ? Il faut donc que l’opposition à cette intégration soit plus solide et j’espère que cet exposé y contribuera.

Ajoutons également la question migratoire. Selon le géopoliticien Christophe Réveillard, la Turquie est une plaque tournante migratoire, et selon lui l’intégration de ce pays à l’Union ferait de celle-ci une « zone ouverte (…), incapable de la moindre décision crédible pour réguler ses flux migratoires ».

Enfin, n’oublions pas la question kurde. Le peuple kurde, estimé entre 12 et 15 millions en Turquie, se retrouve présent sur quatre pays d’Asie, à savoir l’Iran, qui est le berceau civilisationnel des Iraniens, l’Irak en proie au désordre, et enfin la Syrie. L’intégration de la Turquie en l’état dans l’Union Européenne mettrait celle-ci en plein dans ces conflits moyen-orientaux, et en opposition directe avec l’Iran. C’est bien sûr le souhait de l’administration américaine qui souhaite l’intégration turque pour mieux briser l’Union Européenne. A cela, les vrais européanistes devraient opposer un slogan simple, « Turquie non, Russie oui ».

Si la majorité des Européens sont opposés à la Turquie dans l’Union Européenne, à l’instar de Nicolas Sarkozy qui a pris position contre ou d’Angela Merkel qui préconise timidement un « partenariat privilégié » comme alternative à l’intégration, les institutions européennes ont pris des engagements avec ce pays, au mépris de la démocratie. Certains nous promettent qu’il y aura en France un référendum européen dans dix ans sur cette question, mais c’est bien dérisoire.


Ce que le PSUNE propose.


Notre formation, qui a pris clairement position en défaveur du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, de par sa volonté de se présenter aux élections européennes et à terme d’y peser d’un grand poids, s’engage à faire valoir l’intérêt général du peuple européen sur cette question.

La Turquie est de toutes évidences un espace-pivot entre l’Europe et l’Asie et il serait bon qu’elle n’appartienne ni à l’une ni à l’autre, mais reste une zone intermédiaire. Nous ne pouvons qu’encourager les résistances turques à la réislamisation au nom de l’héritage kémaliste, et nous savons que si l’intégration de la Turquie serait calamiteuse pour l’avenir de l’Union Européenne, elle serait aussi calamiteuse pour l’avenir de ce grand peuple qu’est le peuple turc. Si l’Europe-Nation à laquelle nous aspirons parvient à faire de notre vieux continent, à nouveau, un phare dans le monde, nul doute que la Turquie retrouvera la voie et la voix d’Atatürk.


Thomas Ferrier
Secrétaire Général du PSUNE
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mar 31 Oct - 18:49

Vous avez le droit de faire des commentaires. Smile
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mar 31 Oct - 19:10

Pas le devoir!
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mar 31 Oct - 19:11

Sven a écrit:
Pas le devoir!

...

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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mar 31 Oct - 22:17

"Grand peuple turc" en conclusion, c'est peut-être de trop, non ? Eu égard à ta tactique de séduction des lobbies arméniens, et aussi que "peuple turc" ne veut pas dire grand chose (et c'est d'ailleurs le problème identitaire flagrant de ce pays, non-résolu voire empiré par le kémalisme adepte de la réecriture de l'histoire).
Le "turc" d'Anatolie n'est que l'opposant "identitaire" des chrétiens gréco-arméniens et des musulmans kurdes (je rappelle que pas mal d'immigrés turcs en Allemagne sont... kurdes, ne pas trop angéliser cette peuplade).

Le nationalisme turcomaniaque a paradoxalement sécularisé un temps l'islam mais aussi épuré par xénophobie le territoire des communautés chrétiennes (ce qui n'est pas négligeable pour expliquer le retour de bâton actuel).

La réislamisation de la Turquie est évidemment le fruit de la démocratie de facture libérale. Les réformes se sont toujours faites au moyen de l'autoritarisme étatiste particulièrement militaire.

La Turquie des généraux fut clairement occidentalisée grâce à sa position avantageuse de pion anticommuniste. La guerre froide finissant, le revival islamo-tiers-mondiste s'est opéré, favorisé à la fois par la révolution iranienne, la guerre des moudjahidin afghans et les tensions autour du conflit israélo-palestinien.

Il serait gravissime que l'armée laïciste voit ses pouvoirs réduits par les règles imposées par l'adhésion à l'UE.

En Turquie, comme en Iran, Irak, Caucase, Bosnie, Kosovo, on constatera avec amertume que malgré le laïcisme nationaliste ou l'athéisme communiste, l'appartenance islamique (je dis la façon de s'affirmer musulman par opposition au non-musulman, ce qui n'implique pas forcément un djihad forcené et total ou la burka et autres) a refleuri, s'est réaffirmée sur le terreau des difficultés socio-économiques et/ou de la guerre.

Le défi que nous pose cette religion-civilisation aujourd'hui est titanesque, le "choc" huntingtonien n'a rien d'un leurre : je me base sur le fait qu'aucune terre islamique n'a pu encore être désislamisée (et encore moins "repaganisée") par le volontarisme politique, et l'échec du lumineux Kemal en est le plus grand symbole.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mar 31 Oct - 23:39

Dieter a écrit:
musulmans kurdes (je rappelle que pas mal d'immigrés turcs en Allemagne sont... kurdes, ne pas trop angéliser cette peuplade).
Remarque pertinente, mon point de vue sur eux a déjà été censuré une fois, je m'abstiendrais cette fois ci.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mer 1 Nov - 8:50

Citation :
Il serait gravissime que l'armée laïciste voit ses pouvoirs réduits par les règles imposées par l'adhésion à l'UE

Absolument, et c'est le grand problème car l'UE en effet demande à ce que l'armée soit écartée du politique, mais en même temps c'est faire sauter la dernière digue kémaliste. On pourrait reprocher à mon texte une orientation trop kémalisante des choses, ceci étant dit.

Citation :
qu'aucune terre islamique n'a pu encore être désislamisée

Si. L'Albanie. Je ne parle pas du Kosovo. L'Albanie est quasiment désislamisée aujourd'hui. 7% de pratiquants de l'islam contre 70% en 1930.

J'ajoute que je pense qu'un phénomène prend du temps et que jadis l'Europe avait une aura beaucoup plus forte, et que c'est l'effondrement de cette aura qui semble avoir ravivé l'islam.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mer 1 Nov - 9:14

Ferrier a écrit:


Absolument, et c'est le grand problème car l'UE en effet demande à ce que l'armée soit écartée du politique, mais en même temps c'est faire sauter la dernière digue kémaliste. On pourrait reprocher à mon texte une orientation trop kémalisante des choses, ceci étant dit.

On ne peut pas se désintéresser du problème, ouvrir large la porte de l'UE ou rejeter brutalement la Turquie (ce qui renforcerait l'extrémisme).
Toutefois, je crois franchement que ce que vit maintenant l'UE par l'intrusion du Sud est plus dangereux. L'islam nous pose un problème mais sous lui, les Anatoliens existent encore, c'est un problème secondaire par rapport à d'autres.
Nous ne pouvons plus favoriser par ailleurs, malheureusement, la démocratie libérale en Turquie.

Citation :
Si. L'Albanie. Je ne parle pas du Kosovo. L'Albanie est quasiment désislamisée aujourd'hui. 7% de pratiquants de l'islam contre 70% en 1930.

L'Albanie justement fait un peu penser à la Turquie d'il y a 20 ans, par le Kosovo, c'est en cours de réislamisation.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mer 1 Nov - 9:22

Les Albanais ne supportent guère les Kosovars, bien au contraire cela a même un effet répulsif. Ceci dit, même au Kosovo... Ibrahim Rugova par exemple s'était converti au christianisme.

Pour la question turque, je crois d'abord qu'il faut oeuvrer dans le sens de l'intérêt des Européens. Un sondage que j'ai posté montre d'ailleurs qu'il n'y a plus que 35% des Turcs à souhaiter l'intégration dans l'UE, et ce sondage a été fait avant la dernière loi française.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mer 1 Nov - 9:27

Les intérêts des Européens se trouvent dans leur "étranger proche", affaiblir d'une quelconque façon nos alliés potentiels au sein de la société turque rendrait plus difficile l'unification européenne au sens où depuis la période ottomane, la Turquie est de fait un acteur géopolitique dans les Balkans (on l'a bien vu lors des guerres yougoslaves) comme dans l'espace ex-soviétique.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mer 1 Nov - 9:35

Dieter a écrit:
Les intérêts des Européens se trouvent dans leur "étranger proche", affaiblir d'une quelconque façon nos alliés potentiels au sein de la société turque rendrait plus difficile l'unification européenne au sens où depuis la période ottomane, la Turquie est de fait un acteur géopolitique dans les Balkans (on l'a bien vu lors des guerres yougoslaves) comme dans l'espace ex-soviétique.

Oui mais si tu as lu mon article, et une de tes phrases indique cela, tu constateras avec moi que ce qui affaiblit la Turquie c'est justement ce processus d'intégration. En vérité, un refus net de l'UE pourrait permettre un sursaut salvateur à Ankara. Comme je l'ai dit plus haut, les laïcistes turcs ne sont pas favorables pour l'essentiel à la dite intégration. Le principe de "partenariat privilégié", je n'ai rien contre comme alternative a maxima.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Mer 1 Nov - 22:12

Ferrier a écrit:
Vous avez le droit de faire des commentaires. Smile

Long.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Sam 4 Nov - 19:47

Je ne suis pas vraiment d'accord avec Del Valle quand il parle de cheval de Troie islamiste.
Les Turcs, qu'ils soient chez eux ou immigrés, posent un problème en tant que communauté adepte d'un fort nationalisme à consonnance musulmane (et oui, je ne nie pas que leur islamité nous heurte), avec des pratiques "familiales" glauques.
Mais je doute que les Turcs s'enthousiasmeront pour un militantisme djihadesque supposant qu'ils se mettraient sur un pied d'égalité avec les maghrebins, pakis et noirs musulmans au sein de la Umma Islamiyya.

Le nationalisme passe avant l'islam chez les Turcs, laïcité ou pas.
Par ailleurs, ils ont un profil bien trop "caucasien" (même si certes plus eurasiates que leurs voisins grecs et arméniens) pour qu'ils se reconnaissent en masse dans un combat clairement "anti-blanc" (du moins avec une forte dévalorisation du "roumi"), d'autant plus que le kémalisme, aussi maigre soit-il aujourd'hui, a fait rentrer la Turquie symboliquement dans l'aire occidentale.
Connaissant un peu cette communauté à travers ses commerces et jeunes dans ma ville, ce sont les seuls immigrés musulmans que j'ai pu voir ayant des bars à pignon sur rue (avec tous leurs drapeaux "Lune et Etoile" et tout le tintouin folklorique bien sûr). Ce qui est vraiment très différent par exemple des pakis de Londres avec calotte blanche, longue barbe, djellaba, etc.
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quentin
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Dim 5 Nov - 3:29

Je pose juste une question pourquoi les USA et la Grande bretagne sont favorables a l'entrée de la Turquie en Europe ? Il est clair qu'il existe deux visions sur l'avenir de notre Europe.

Pour en revenir au sujet, je suis pour un partenariat fort avec cette république laïque.
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Ferrier
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Dim 5 Nov - 9:55

quentin a écrit:
Je pose juste une question pourquoi les USA et la Grande bretagne sont favorables a l'entrée de la Turquie en Europe ? Il est clair qu'il existe deux visions sur l'avenir de notre Europe.

Pour en revenir au sujet, je suis pour un partenariat fort avec cette république laïque.

Le gouvernement britannique ne veut pas que l'UE devienne une entité politique mais uniquement un grand marché. Intégrer la Turquie c'est mettre fin à toute tentative sérieuse d'unification politique du continent. Pour les USA, c'est simplement affaiblir l'Europe et l'inciter qui plus est à intervenir en Irak pour y remplacer les USA.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Lun 6 Nov - 19:48

@ Quentin

Pour deux analyses pro-entrée de la Turquie opposées, il faudrait plutôt comparer la position des USA de Bush à celle de l'Allemagne de Schroeder (USA et GB étant alignés).
USA, GB et Israël sont pro-entrée tout simplement pour remercier un pays traditionnellement allié à l'Occident et otanesque, exactement la même valeur de leur point de vue que l'entrée des pays de l'Est ex-membres du Pacte de Varsovie (contrepoids à la "Vieille Europe" du pilier franco-allemand). Il n'y a pas de "conspiration" très pensée sur cette question.
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quentin
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Ven 10 Nov - 4:29

Il serait judicieux que l'on éclaircisse la situation une fois pour toute avec la turquie. Cela exaspère les deux parties.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Ven 10 Nov - 9:05

quentin a écrit:
Il serait judicieux que l'on éclaircisse la situation une fois pour toute avec la turquie. Cela exaspère les deux parties.

Mais aucun gouvernant européen n'a le courage de trancher le noeud.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Lun 13 Nov - 0:13

Selon vous de droite ou de gauche qui a plus de courage pour mettre au clair cette situation ?
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Lun 13 Nov - 0:44

quentin a écrit:
Selon vous de droite ou de gauche qui a plus de courage pour mettre au clair cette situation ?

Seuls Fabius et Sarkozy ont pris la position logique en France sur cette question mais c'est un problème européen, et à cette échelle là, personne ne semble réagir. Certainement pas le PPE (qui accepte l'AKP d'Erdogan comme observateur) et encore moins le PSE.
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pierrot
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Lun 13 Nov - 12:34

quand on parle de republique laique en turquie il faut savoir que cela n'a rien a voir avec la laicité legale definie en france par exemple,en turquie depuis les années 60,l'islam est la religion officielle du pays avec un ministere du culte,et des ecoles nationales formant les imams,
là encore on peut y voir une des geniales actions d'influence de nos amis américains qui ont durant la guerre froide pesés de tout leur poids sur les institutions turques et sur l'armée,utilisant celle ci comme un bastion avancé de l'otan face a l'Urss.
bastion que maintenant on s'empresse d'oublier laissant le pays se débrouiller avec sa guérilla kurdes,ses islamistes,et ses problemes sociaux,et sa diaspora,d'où un certain ressentiment des milieux militaires turcs vis a vis de l'amerique,que malheureusement les gouvernements européens actuels ne veulent surtout pas exploiter,des fois que cela facherait washington,et serait benefique pour les pays européens.
de plus seuls les milieux d'affaires turcs sont favorables a l'entrée dans l'UE,les milieux militaires prefereraient developper une influence de la turquie en direction des pays turcophones,bien plus interessante du point de vue économique.et là également ils se heurtent aux intentions américaines dans cette region,qui visent a en faire une reserve stratégique américaine.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Lun 20 Nov - 15:54

Notons que si la position officielle n'est pas favorable à une Turquie européenne, certains de nos membres y sont, à titre perso, favorables, arguments en main !
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Lun 20 Nov - 15:56

Jean-Charles. a écrit:
Notons que si la position officielle n'est pas favorable à une Turquie européenne, certains de nos membres y sont, à titre perso, favorables, arguments en main !

Je vois à qui tu penses, mais si sa ligne est pro-turque, elle n'est pas pour autant pour la Turquie dans l'UE.
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Lun 20 Nov - 16:45

Tant que l'on continuera à avoir des négociations avec ces individus, l'espoir existera, dans l'esprit d'Européens dévoyés, que ce "pays" puisse un jour entrer dans l'Union européenne. On n'est plus (malheureusement) à l'époque de l' "Orient-Express" où l'élite européenne s'empressait de rejoindre Constantinople en voitures Pulmann et/ou de la Compagnie Internationale des Wagons-Lits pour convaincre les Grecs et Levantins y installés de ce que ces terres correspondraient à un pays civilisé ...
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MessageSujet: Re: La Turquie et l'Europe / Türkiye ve Avrupa   Aujourd'hui à 18:02

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