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 Le dieu de la guerre

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Ferrier
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MessageSujet: Le dieu de la guerre   Mar 21 Juin - 20:47

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A. Un dieu indo-européen de la guerre.



1. Un dieu indo-européen de deuxième fonction ?



Dans le cadre de la trifonctionnalité indo-européenne, telle qu’elle a été démontrée par Georges Dumézil, le dieu la de première fonction, celle de la souveraineté, est bien connu. Il s’agit de *Dyeus *Pater, mot à mot “ le Ciel-Père ”, l’ancêtre linguistique du dieu grec Zeus, du dieu romain Jupiter, du dieu lituanien Dievas ou du dieu indien Dyaus Pitar. La troisième fonction, celle de la production, est représentée soit par des divinités chthoniennes, peut-être par exemple la “ Terre-Mère ”, *Dheghom *Mater, l’ancêtre de la Déméter grecque, soit par deux dieux jumeaux liés aux chevaux, comme les Dioscures grecs, Castor et Polydeucès, comme Romulus et Remus ou encore comme les dieux Ashvins[1] indiens. Mais le dieu de deuxième fonction indo-européen n’a pu être reconstitué.



Dumézil a montré que, sur un plan purement fonctionnel, le dieu romain Mars, le dieu scandinave Thorr et le dieu indien Indra appartiennent à la deuxième fonction. Mais aucun spécialiste des Indo-européens n’a pu reconstituer le nom de cette divinité originelle. Cette fonction guerrière indique naturellement la présence d’un dieu guerrier à cette place mais la comparaison entre les différents dieux guerriers du domaine indo-européen n’est guère avancée. Au contraire, cette fonction souffre d’un relatif discrédit dans le cadre des études indo-européennes.



2. Quelques possibilités de nom.



En étudiant l’étymologie des différents dieux guerriers indo-européens, on peut proposer plusieurs noms pour ce dieu indo-européen de deuxième fonction.



Le dieu de la guerre grec est Arès, nom dont aucune étymologie convaincante n’a été proposée. Sachant que le génitif d’Arès est Αρέως, la racine de son nom est *are-. On peut rapprocher cette racine du comparatif et du superlatif de l’adjectif αγάθος.Un comparatif grec se compose d’une racine et de la terminaison - , de même un superlatif est composé d’une racine et de la terminaison -ίστος. Dans le cas d’ αγάθος, le comparatif est αρείων et le superlatif αρίστος, dont le sens est “ très bon ” ou “ noble ”. En retirant les terminaisons, on trouve la racine *are- dans le premier cas et la racine *ar- dans le second cas. Il existe donc en grec une racine *ar- ou *are- impliquant une notion de qualité et de noblesse.

On peut penser que cette racine est à la base du nom d’Arès. Le nom de ce dernier signifierait donc “ le Noble ”. Cette racine grecque *ar- / *are- viendrait elle-même d’une racine indo-européenne *ar- que l’on retrouve dans l’indo-européen *aryos, qui signifie “ le seigneur ” ou “ le noble ”, et qui a abouti au sanskrit arya, “ aryen ”. Le nom d’Arès ne peut avoir été à l’origine qu’une épiclèse de ce dieu indo-européen mais en aucun cas son nom cultuel. Dans un sens proche mais avec une autre racine, on trouve le nom du dieu indien de la guerre, Indra, basé sur le mot indo-européen *ner- signifiant “ homme noble ”

Chez les Baltes, le dieu guerrier de deuxième fonction est Perkunas. Ce nom est proche de celui du dieu slave analogue Perun mais aussi du dieu indien de la pluie Parjañya, variante d’Indra, du dieu albanais Përendi[2], ou encore du nom d’un ancien dieu germanique de l’orage, Fjörgynn.

La racine indo-européenne de ces noms semble être la racine verbale *perk- / *perg-, qui a le sens de “ frapper ”. Le dieu en question serait donc un “ frappeur ”. Jean Haudry propose le nom d’un dieu indo-européen, *Perkwnos[3], vraisemblablement un dieu de l’orage, et qui serait également lié au chêne, *perkwus en indo-européen. Comme pour le cas précédent, il s’agit sans doute d’une épiclèse du dieu en question insistant sur son rôle de maître de la foudre.

Chez les Celtes, notamment en Gaule, il existe un dieu de l’orage du nom de Taranis. De même, chez les Germains, un dieu guerrier porte le nom de Donar ou Thorr. Le nom de Thorr a comme forme vieil-germanique *Thunraz. L’origine étymologique de ces dieux semble, selon Jean Haudry être le nom indo-européen *Ten-H-ros. Il est plausible de rattacher à ce nom celui du dieu hittite Tahrunt-, dieu de l’orage et aussi dieu guerrier.[4] Cette forme *Ten-H-ros pourrait être le nom du dieu indo-européen de deuxième fonction, car il signifie “ maître du tonnerre ” comme *neptonos[5], “ maître des eaux ”, ou encore *wlkanos[6], “ maître du feu ” qui, eux, sont des théonymes.

Le dieu romain de la guerre Mars a une étymologie complexe. Pour Xavier Delamarre, Mars vient du nom indo-européen d’un dieu de la guerre, *Mawort-. Il se fonde notamment sur une variante italique du nom de Mars, la forme Mavors. Georges Dumézil a rapproché le nom de Mars, ou plutôt celui de Mavors, de celui de jeunes divinités guerrières indiennes de l’orage, compagnons du dieu Indra, les Maruts. Pour Dumézil, et par la suite pour Delamarre, il existerait un dieu guerrier du nom de *Mawort- ou *Marut- et dont la fonction n’est pas éloignée de celle d’un dieu de l’orage, comme semble l’indiquer le rôle des Maruts indiens comme divinités orageuses.

A l’issue de cette brève étude, on a donc découvert un certain nombre d’épiclèses du dieu indo-européen de deuxième fonction, notamment *Ten-H-ros, “ maître du tonnerre ”, *Perkwnos, “ le Frappeur ”, ou encore *Ar-H-s[7], “ le Noble ”. Le nom du dieu indo-européen de deuxième fonction pourrait être *Mawort-, ce qui montrerait là encore que les Romains et les Indiens seraient restés les plus fidèles à la religion indo-européenne originelle. D’une certaine manière, le Mars romain serait alors l’héritier le plus authentique de ce dieu.



3. Deuxième fonction et fonction orageuse.



Le rôle guerrier du dieu indo-européen de deuxième fonction est une évidence puisque l’on a montré que cette fonction concerne exclusivement le domaine de la guerre. Il reste maintenant à déterminer les différentes caractéristiques de ce dieu originel. Pour ce faire, la comparaison entre les différents dieux de la guerre du monde indo-européen s’avère indispensable.

Un problème important pour déterminer les fonctions exactes de ce dieu est de savoir s’il s’agit seulement d’un dieu de la guerre ou s’il s’agit également d’un dieu de l’orage. Dans le monde indo-européen, on trouve d’une part des dieux de première fonction disposant de la fonction orageuse, comme le Zeus grec, le Jupiter latin, le Mithra iranien ou encore le Dagda irlandais, et d’autre part des dieux de l’orage et de la guerre, notamment dans le monde nordique, avec le dieu scandinave Thorr, le slave Perun, le lituanien Perkunas, ou en Inde le cas d’Indra.

Pour Jean Haudry, “la foudre appartient par nature au ciel diurne nuageux, donc au ciel inférieur, et non au ciel lumineux, celui du soleil. ” Ce ciel inférieur, c’est celui sur lequel les divinités de deuxième fonction, orageuses ou aurorales, règnent. Ainsi, le *dyeuspater indo-européen ne peut en aucun cas être un dieu orageux et cette fonction ne peut être assumée que par un dieu de deuxième fonction, c’est à dire par le dieu de la guerre.



En Grèce, Zeus dispose de la fonction orageuse alors qu’Arès, le dieu de deuxième fonction, n’en dispose pas. A Rome, la situation est analogue; le dieu de la guerre Mars, qui au départ semble bien avoir été un dieu orageux, a perdu cette fonction en faveur de Jupiter. La plupart des spécialistes se fondent sur le cas gréco-romain pour interpréter les religions nordiques. Ainsi les dieux de l’orage sont tous interprétés comme des Jupiter. Cette erreur, compréhensible dans l’antiquité, n’est plus admissible aujourd’hui, compte tenu de ce que l’on sait des religions indo-européens. Ainsi, de manière récurrente, chez de nombreux historiens des religions, Taranis est présenté comme le Jupiter gaulois, Perun le Jupiter slave, Indra le Jupiter indien. En revanche, le dieu Tyr est vu comme un Mars germanique.

D’un point de vue aussi bien fonctionnel qu’étymologique, Taranis aussi bien que Perun, Thorr et Indra sont les homologues de Mars et d’Arès. De même, Tyr[8] est d’un point de vue linguistique l’homologue germanique de Zeus et de Jupiter, et non de Mars.

La fonction orageuse est l’application dans le domaine céleste de la fonction guerrière. Le dieu de première fonction est avant tout celui du ciel diurne, *dyeus. Il faut voir dans le cas de Zeus comme dans celui de Jupiter un empiètement de la première fonction sur la deuxième. La fonction orageuse, apanage originel d’Arès et de Mars, a alors été confiée au dieu céleste. Le dieu indo-européen *Mawort- était donc à la fois le dieu de la guerre et le dieu de l’orage. Il convient maintenant de déterminer son rôle cosmologique et mythique, ses attributs, ses symboles et ses diverses fonctions.


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Ferrier
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MessageSujet: Re: Le dieu de la guerre   Mar 21 Juin - 20:48

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B. Mythes, attributs et symboles du dieu indo-européen *Mawort-.



1. Le combat contre le serpent-dragon.



Dans la plupart des mythes indo-européens, on retrouve le thème d’un combat entre un dieu de l’orage et un animal reptilien, serpent ou dragon.[14]



Dans le cas grec[15], les dieux participant à ce type de combat sont Zeus, Héraclès et Apollon. Zeus affronte en particulier le monstre Typhon ou Typhée qui a des aspects reptiliens très marqués. Certains historiens pensent que Typhon n’est autre que le dieu égyptien Seth acclimaté à la Grèce, dieu représenté en Egypte notamment sous la forme d’un serpent. Apollon terrasse, quant à lui, le serpent Python qui gardait le sanctuaire de Gaia, la déesse originelle de la terre, à Delphes. Enfin, Héraclès est connu pour son aversion pour les serpents. Déjà bébé, il avait étranglé deux serpents envoyés par sa belle-mère Héra pour le tuer. Il tuera par la suite l’Hydre de Lerne, dragon à plusieurs têtes, mais aussi un dragon qui protège le jardin des Hespérides. On retrouve deux aspects du mythe du dragon, son rôle de divinité destructrice et du chaos d’une part, son rôle de gardien de trésors d’autre part. Le dieu de deuxième fonction, Arès, n’apparaît pas comme le destructeur des serpents, cette fonction étant prise par Héraclès. Mais, en Béotie, un mythe semble lier Arès à un dragon. Il semblerait que le dieu ait terrassé un serpent monstrueux et qu’il soit devenu le protecteur de la région. Son rôle dans la fondation de la ville de Thèbes en découlerait.



Dans le cas germanique[16], dieux et héros sont souvent des tueurs de serpent. C’est le cas bien connu de Siegfried qui tue le dragon Fafnir et s’empare du trésor qu’il gardait, celui des Niebelungen. C’est le cas plus intéressant du dieu Thor qui affronte de manière récurrente[17] le serpent Jormundgandr qui menace l’univers. Lors du ragnarök, c’est à dire du combat entre les forces du cosmos et celles du chaos, Thor et Jormundgandr s’entretuent, ce qui présente une particularité dans le monde indo-européen, c’est à dire la mort du héros et, dans ce cas, du dieu. Un autre serpent malfaisant est Niddhögr qui ronge les racines de l’arbre cosmique, Yggdrassill, et qui semble être ennemi du dieu Odhinn. Chez les Celtes, les mythes concernant ces combats sont perdus en grande partie, sauf dans la littérature arthurienne postérieure, dans le combat entre Tristan et un dragon, ou entre ceux, christianisés, entre Saint-Georges et le dragon ou entre Saint-Michel, c’est à dire en réalité le dieu gaulois Belenos, et le Diable, dont les aspects ophidiens sont clairs.

Les Slaves et les Baltes ne connaissent qu’un seul mythe de combat entre un dieu guerrier ou un héros. Il s’agit de celui entre un serpent, ou dragon, le Zaltys lituanien comme le Zmei, “ serpent ” russe, et le dieu de l’orage et de la guerre, Perkunas ou Perun. On peut penser que ce sont ces peuples qui ont le mieux conservé le mythe indo-européen originel, à savoir le combat entre le dieu de l’orage et le serpent du chaos, un cas ancestral de dualité bien/mal.



La religion mazdéenne a intégré le combat entre un dieu et un dragon dans son schéma eschatologique. Opposé à un serpent destructeur, Azi Dahaka, suscité par le démon Ahriman, le héros Feritun[18] triomphe et permet ainsi la victoire finale du dieu du bien, Ohrmazd. Une variante voit le dieu Mithra vaincre ce monstre. Il semble même que le mythe ait au départ concerné le dieu de la guerre et de la victoire Varathraghna[19], homologue du dieu indien Indra. Ce nom de Varathraghna est comparable à une épiclèse cultuelle d’Indra, Vritrahan, c’est à dire “tueur de Vritra ”. Indra est en effet honoré, dans l’Inde védique, comme le tueur d’un serpent qui retenait les eaux célestes du nom de Vritra, également appelé Ahi, “ le serpent ”.



Il semble donc que, dans le mythe indo-européen initial, le dieu de l’orage et de la guerre ait affronté un serpent incarnant le chaos. Chez les peuples nordiques, Germains comme Slaves, mais également en Inde, le mythe semble très bien conservé. En revanche, chez les Grecs, le rôle du dieu de la guerre fut plus modeste et cette fonction de “ tueur de dragon ” s’est retrouvée aussi bien chez Zeus, en tant que nouveau dieu de l’orage, que chez Héraclès et Apollon. En revanche, on peut penser qu’Arès, à l’époque mycénienne, avait encore cette fonction puisque ni le nom d’Héraclès ni celui d’Apollon n’apparaissent sur les documents mycéniens.

Le dieu indo-européen de l’orage apparaît donc comme l’ennemi privilégié du serpent du chaos sous ses deux formes principales, celle d’un dragon d’une part, celle d’un monstre tricéphale d’autre part. Ainsi, si Python et Jormundgand sont clairement des dragons, Vritra ou Typhon, bien que de nature ophidienne, ont trois têtes. Le combat entre Héraclès et Cerbère, chien tricéphale, s’apparente également à ce genre de combat.

Quant au nom originel de ce serpent destructeur, on peut penser qu’il contenait le terme de *ogwhis, “ serpent ”, ce qui est le cas du serpent de Midgard, Midgards Ormr, du serpent iranien Azi Dahaka, ou encore de l’ennemi de Perun, Zmei.



2. Le dieu de l’axe du monde.



Cette opposition entre le dieu indo-européen de l’orage et le serpent du chaos apparaît clairement dans la mythologie germanique autour du mythe de l’arbre cosmique. Dans la tradition nordique, le ciel et la terre sont reliés par un troisième élément qui sert d’axe du monde, Yggdrassill, dont le nom signifie “ arbre d’Ygg (Odhinn) ”. A la cime de cet arbre, on trouve un coq d’or dont le rôle est de prévenir les dieux du danger; parfois ce coq est remplacé par l’aigle, autre ennemi naturel du serpent. Les racines sont rongées par des serpents malfaisants, en particulier Niddhögr, autre nom de Jormundgand. Il convient de rappeler ici que le coq peut être un des animaux de ce dieu.

Le nom du dieu orageux slave Perun comme celui du lituanien Perkunas est à rapprocher de celui du chêne. De même, le dieu indo-européen *Perkwonos, variante de celui de *Mawort-, est proche du nom de cet arbre, *perkwus. Le chêne est donc vraisemblablement un arbre lié à l’orage. De plus, les dieux orageux indo-européens sont tous liés à cet arbre[20]. C’est le cas du dieu germanique Thorr, du slave Perun, ou encore du dieu céleste Zeus perçu comme dieu de l’orage et du tonnerre.

Il semble donc que le dieu indo-européen de l’orage et de la guerre soit aussi le dieu des chênes et en particulier le dieu du chêne cosmique qui sert d’axe du monde pour les Indo-européens, comme c’est parfois aussi le cas de la montagne cosmique (Olympe grec, Meru indien, Alborj iranien) ou d’un géant soutenant la voûte du ciel, comme Atlas dans la mythologie grecque. Chez les Lituaniens, l’arbre cosmique est appelé Austras Koks, dont le nom signifie “ arbre de l’Aurore ”, l’aurore constituant avec l’orage un aspect du ciel intermédiaire dans la cosmogonie indo-européenne. Chez les Indiens, il s’agit de l’arbre Skambha, probablement à l’origine un chêne. Le dieu Taranis des Celtes est aussi un dieu lié aux chênes.

D’une manière générale donc, le dieu de l’orage est lié à l’axe du monde. Il est le dieu du chêne de l’univers[21] mais il est aussi celui de la montagne cosmique[22]. Ce rôle de médiateur entre le ciel et la terre, de gardien de l’ordre cosmique incarné par l’axe du monde, d’où son combat permanent contre le chaos incarné par le serpent dragon, et sa place de dieu du ciel intermédiaire, auroral, orageux et crépusculaire, confirme la place prépondérante de ce dieu dans le panthéon des premiers Indo-européens. Ainsi, *Mawort- est vraisemblablement le fils du dieu du ciel, *Dyeus *pater[23], tout comme il est celui de la déesse de la terre, épouse du ciel, *Dheghom *mater[24], ce qui est logique car il est cosmologiquement parlant placé entre ciel et terre. Et de même, il semble bien être l’époux de la déesse de l’Aurore, si importante dans la mythologie aryenne.[25]



3. Les armes du dieu de la guerre.



Dans le monde grec, dieux et héros disposent d’armes qui sont autant des moyens de vaincre leurs adversaires que des symboles de leur pouvoir. Celles-ci sont pour la plupart forgés par le dieu du feu Héphaistos, dont c’est la tâche. Arès possède toute la panoplie du guerrier grec. Il s’agit de l’épée, du bouclier, du casque mais aussi de la lance, qui apparaît même comme son attribut privilégié, faisant d’Arès le dieu à la lance. C’est déjà le cas chez Homère[26] mais cela le sera aussi chez Eschyle. La lance est aussi le symbole de la déesse guerrière Athéna. Apollon est le dieu à l’arc d’argent et Héraclès le dieu à la massue. La massue est un des symboles de la maîtrise de la foudre. Chez les Grecs, Zeus ne possède ni marteau ni massue mais le foudre, dont Héphaïstos, aidé des Cyclopes, est le fabriquant attitré.

Chez les Romains, Mars dispose lui aussi de l’attirail du combattant et là encore, comme chez les Grecs, la lance est son symbole. La tradition romaine veut même que les lances qui se trouvent dans la Regia à Rome aient été offertes par le dieu à la ville et que celles-ci s’animent en cas de danger pour la cité.



Les dieux germaniques sont tous armés, à l’exception peut-être de Balder[27]. Odhinn est le dieu à la lance, comme Arès en Grèce. Thor dispose d’un marteau magique, Mjöllnir, dont la particularité est de toujours revenir dans les mains du lanceur, et qui lui sert à combattre les géants et le serpent de Midgard. Le marteau est également le symbole du dieu slave Perun et de son homologue balte Perkunas comme il l’est du dieu gaulois Taranis. Freyr, pourtant dieu pacifique de la fertilité, possède lui-même une épée et le dieu Heimdall, dont la charge est de sonner le tocsin lorsque sonnera l’heure du Ragnarök, aurait même une tête en forme d’épée.

En Iran, le dieu Varathraghna a pour symbole l’épée. Le vajra, attribut d’Indra en Inde, est possédé par Mithra, qui a récupéré un certain nombre des fonctions du dieu indo-iranien Indra. En Inde, Indra est un dieu bien armé puisqu’il dispose du vagra, variante indienne de l’arme de Mithra, mais aussi de la lance.



Il faut sans doute rapprocher la possession d’un marteau, d’une hache, d’une massue ou bien d’un sceptre comme le vajra, de la fonction orageuse. En Grèce, Arès, qui ne dispose pas de ce pouvoir, possède des armes conventionnelles. Mais Thor, qui en dispose, comme Perun et Perkunas, possède un marteau. On peut donc opposer des divinités indo-européennes de la guerre dont le rôle de “ frappeur ” est présent, comme Thor, Taranis, Perun ou Indra, à des divinités indo-européennes qui n’ont qu’un rôle guerrier, comme Arès, Mars et Varathraghna.


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MessageSujet: Re: Le dieu de la guerre   Mar 21 Juin - 20:51

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4. Dieux de la guerre, animaux et arbres symboliques.




Dans les polythéismes indo-européens, l’animal a une place symbolique considérable. Chaque espèce devient l’animal totémique d’un dieu. Celui-ci peut ainsi s’incarner sous la forme d’un animal qui lui est consacré. De même, on peut l’honorer en sacrifiant un animal de cette espèce en sa faveur. Ce fait est également vrai chez les Egyptiens qui font du lien entre le dieu et l’animal un élément religieux fondamental, comme en témoigne le rôle religieux du boeuf Apis, en présentant leurs dieux comme hybrides, tête d’animal sur corps d’homme[28]. Nous nous concentrerons ici sur les divinités liées à la guerre ou à l’orage.



En Grèce, le dieu de la guerre Arès a pour animaux symboliques le chien et le vautour mais également, à Sparte en particulier, le coq, honoré en tant qu’animal belliqueux, et le taureau, et vraisemblablement également le sanglier[29], le cheval[30] et le bélier[31]. Pour Apollon, il s’agit du loup, du corbeau et du cygne; pour Dionysos, c’est le bouc; pour Zeus, il s’agit essentiellement de l’aigle et du taureau. L’ours est du domaine d’Artémis, déesse chasseresse mais accessoirement de la guerre. Enfin Athéna est symbolisée par la chouette, animal considéré par les Anciens comme d’une grande intelligence. Chez les Romains, les animaux consacrés à Mars sont nombreux — le loup, le pic-vert, le taureau mais aussi le cheval, animal que l’on sacrifie à ce dieu lors du rite l’Equus October[32]. Pour Jupiter, il s’agit de l’aigle, et pour les autres dieux, on ne connaît que le symbolisme grec.

Chez les Germains, Odhinn a pour animaux sacrés le cheval, animal de guerre par excellence, mais également le loup, comme Mars, et le corbeau, comme Apollon. Pour Thor, il s’agit du bouc, symbole de virilité, et du taureau, pour des raisons analogues mais aussi pour le lien de cet animal avec la foudre[33]. Quant au sanglier, il est le symbole du dieu de la fécondité Freyr. Les Celtes mettent en relation leur dieu orageux Taranis avec le taureau, comme pour Thorr, et peut-être également avec le loup, le coq et le sanglier, animal que les Gaulois admiraient pour sa bravoure et son caractère guerrier. L’ours semble relever en revanche du dieu céleste et de la fonction de souveraineté. Quant au symbolisme animal des Slaves et des Baltes en l’honneur du dieu guerrier, il semble analogue à celui de Thorr, le cheval en plus. En effet, Perkunas comme Perun sont particulièrement liés à cet animal, comme l’est le dieu germanique Odhinn.

Le dieu indien Indra est lié particulièrement au cheval, que l’on sacrifie en son honneur, mais également au taureau, animal porteur de foudre, ou encore à l’éléphant, particularité indienne due peut-être au rôle militaire de cet animal, remplaçant bien souvent le cheval. Et le sanglier, peut-être originellement lié à Indra, dépend du dieu Vishnu.

Le cas du dieu iranien Varathraghna est de loin le plus intéressant. Dans le Yasht[34] de l’Avesta qui lui est consacré, le dieu s’incarne en dix avatars, aussi bien des éléments naturels que des animaux ou des hommes. Les animaux dans lesquels Varathraghna apparaît sont le taureau (strophe 7), comme pour Indra, mais également le cheval (str. 9), le chameau (str. 11), le sanglier (str. 15), le corbeau (str. 19), le bélier (str. 23) et enfin le bouc (str. 25). Les animaux en relation avec ce dieu sont connus pour leur caractère belliqueux et parce qu’ils symbolisent la virilité.



Les animaux originellement consacrés au dieu indo-européen de l’orage et de la guerre sont très nombreux. Par des recoupements, il est possible de déterminer ses animaux sacrés.

En premier, il s’agit du taureau, animal de tous les dieux de deuxième fonction sauf pour Arès. Dans le cas grec en effet, bien que le taureau lui soit lié à Sparte, mais seulement là, il est lié à Zeus dans tout le reste de la Grèce. Le cheval est également le symbole de la plupart des dieux guerriers, sauf Thorr. On trouve également, mais de manière moins nette, le loup (Mars, Odhinn) et le sanglier (Arès, Indra, Vahran) ainsi que des animaux liés à la mort et donc aussi à la guerre comme le corbeau (Odhinn, Vahran) ou le chien[35] (Arès, peut-être Vahran). Enfin, d’autres animaux symbolisant la virilité et ayant un caractère belliqueux sont parfois liés à ces dieux; c’est le cas du coq (Arès, Taranis), du bouc (Thorr), du bélier (Arès, Vahran, peut-être Thorr). On peut donc dire avec une quasi certitude que le taureau (i.e *tauros) et le cheval (i.e *ekwos) sont des animaux consacrés au dieu indo-européen originel de l’orage et de la guerre (*Mawort-). Pour le sanglier (i.e *eperos), le corbeau (i.e *koros), le chien (*kwon), le bélier (*kapros), le bouc (*bhugos), le pivert (*speikos), le coq (*kerkos) et le loup (i.e *wlkwos), le doute est permis mais cela paraît tout à fait vraisemblable. Disons que la plupart des animaux symbolisant l’esprit combatif (sanglier, coq, chien), la virilité (bouc, taureau, bélier) et d’une manière générale la guerre dans tous ses aspects (loup, corbeau) semblent particulièrement liés au culte du dieu de l’orage et de la guerre.



En ce qui concerne les arbres, on constate la place privilégiée du chêne comme symbole du dieu de l’orage. Les dieux nordiques de l’orage sont liés à cet arbre; c’est le cas de Taranis, de Thorr, de Perun et de Perkunas. Dans le cas d’Indra, il est également possible qu’il ait été à l’époque indo-iranienne un dieu des chênes mais à l’époque védique cela ne semble plus être le cas. Chez les Romains, Mars serait également un dieu des chênes[36]. Le cas grec est conforme à ce que l’on sait, à savoir que le dieu Arès, qui n’a pas ou plus de fonction orageuse, n’est pas lié aux animaux symbolisant l’orage, comme le taureau, et il ne l’est pas non plus au chêne[37]. Cet arbre est par contre le symbole du dieu grec Zeus[38], devenu dieu de l’orage sans doute sous une influence méditerranéenne. En revanche, le frêne est le symbole d’Arès, du dieu de la mer Poséidon comme il l’est d’Odhinn chez les Germains.

Concernant le pommier, celui-ci semble bien être le symbole du Soleil et en particulier d’Apollon chez les Grecs. Le nom d’Apollon en effet semble à rapprocher du nom de la pomme (i.e *abol-) d’où le lien entre ce dieu et cet arbre.



5. Dieux de l’orage et déesses aurorales.



Jean Haudry[41] a montré la place fondamentale des déesses de l’aurore dans les divers panthéons indo-européens. Il s’est notamment intéressé, comme le hongrois Nagy[42], au cas grec. Mais un aspect intéressant de cette étude est le lien entre les dieux guerriers de l’orage et les déesses aurorales.



Chez les Grecs, il existe plusieurs déesses de l’aurore. Aphrodite, bien que probablement influencée par le culte de la déesse syrienne Ashtoreth[43], en est l’héritière, au même titre que la déesse Eôs, “ Aurore ”, mais également de la déesse Athéna. L’une incarne l’amour, Aphrodite, l’autre incarne le phénomène naturel, Eôs, la dernière enfin incarne l’aspect guerrier de l’aurore, Athéna. La déesse indo-européenne de l’aurore, i.e *Ausos, semble bien à l’origine être à la fois déesse de l’amour et déesse de la guerre, ce qu’Aphrodite sera également[44], au même titre qu’Eôs. Or ces déesses sont liées au dieu Arès. Athéna et Arès sont souvent placés ensemble dans le culte. Ainsi, à Olympie, on honore Arès Hippios et Athéna Hippia, et de même, à Athènes, on honore Arès et Athéna Areia, “ celle d’Arès ”. Mais Arès et Athéna sont aussi adversaires comme c’est le cas dans l’Iliade. Athéna est donc l’aspect guerrier de la déesse de l’aurore. Le lien entre Aphrodite et Arès est également très important. Dans l’Iliade, Arès et Aphrodite sont seulement frère et soeur, tous deux enfants de Zeus[45]. Dans l’Odyssée, ils sont amants, Aphrodite étant l’épouse d’Héphaistos. Mais, dans le culte grec, Arès et Aphrodite sont mariés, et cette version semble la plus ancienne mais aussi la plus répandue. Enfin, Arès est également l’amant d’Eôs[46], déesse originelle de l’aurore et héritière directe de la déesse i.e *Ausos. Les Romains feront de Mars l’époux de Vénus; il est difficile de savoir si ce fait est d’origine grecque ou si une certaine tradition romaine les liait déjà avant toute influence hellénique. Vénus, déesse du désir, est peut-être elle aussi une déesse de l’aurore, au même titre que Minerve et que Aurora, cette dernière ayant un rôle religieux très limité.

Chez les Germains, la déesse de l’amour Freyja[47], probablement également une déesse de l’aurore, semble bien être l’épouse d’Odhinn, qui joue souvent le rôle d’un dieu de l’orage et de la guerre, au même titre que Thorr. Ce dernier est l’époux de la déesse Sif, dont le culte est inexistant, et dont la seule caractéristique mentionnée est sa chevelure blonde; on peut toutefois penser qu’elle aussi est une déesse de l’aurore. Les Walkyries, liés à Odhinn, semblent en être également des incarnations.

Chez les Slaves comme en Inde, la déesse de l’aurore est avant tout guerrière et elle entretient avec le dieu de l’orage des rapports ambigus, hostiles, comme Athéna avec Arès dans l’Iliade, ou favorables. Ushas, l’aurore indienne, est souvent en conflit avec Indra, qui a sa propre épouse, Indrañi. La déesse iranienne Ushah a un rôle inexistant dans la religion mazdéenne. Zorya, déesse slave de l’aurore, accompagne Perun dans ses activités guerrières. Chez les Baltes enfin, la déesse de l’aurore est Aushrine qui apparaît essentiellement comme une déesse de l’amour. Elle semble être une des maîtresses du dieu de l’orage Perkunas.

Il semble donc que la religion indo-européenne ait développé l’idée d’une union entre le dieu de l’orage et de la guerre, *Mawort-, et la déesse de l’aurore, à la fois amoureuse et guerrière, *Ausos. Sur un plan céleste, ces deux divinités appartiennent à l’espace intermédiaire, associé à la couleur rouge, et lié à la deuxième fonction, comme l’indique le tableau ci-dessous:



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MessageSujet: Re: Le dieu de la guerre   Mar 21 Juin - 20:53

Citation :
6. Les deux visages du dieu *Mawort.



Le dieu indo-européen de la guerre semble présenter deux visages, d’une part un visage essentiellement guerrier, celui d’un dieu sanguinaire, inquiétant, impitoyable et animé de la fureur guerrière (i.e *wot[50], “ fureur, excitation ”) comme Arès, Odhinn, Taranis, Varathraghna et parfois Indra, d’autre part un visage de dieu protecteur, soucieux du sort des hommes, tueur de monstres, comme Thorr, Perun, Perkunas ou Héraclès.

En tant que dieu de l’orage, *Mawort- est valorisé du fait de son rôle cosmologique, en tant que protecteur du cosmos face aux agressions menées par le serpent dragon du chaos. Mais en tant que dieu de la fureur guerrière, il apparaît aussi comme une figure redoutable, qui suscite la crainte des hommes. Homère qualifie ainsi Arès dans l’Iliade de tueur, de meurtrier, de cruel et même de fléau des hommes. Et Indra est réputé pour massacrer des milliers d’hommes. De même Odhinn va jusqu’à faire tuer de valeureux guerriers pour les avoir à ses côtés lors du Ragnarök. En tant que faiseur de mort, le dieu guerrier est donc particulièrement redouté.



7. Le dieu tutélaire des Indo-européens.


Le dieu Mars était la divinité poliade des Romains[51] en tant que père de Romulus, le premier roi de Rome, mais aussi en tant que fondateur et protecteur attitré de la cité. Au-delà du Latium, Mars était même le dieu national des Italiens, celui des Sabins, des Samnites et des Osques. En Sicile, les Grecs honoraient de manière importante le dieu Arès, ce vraisemblablement sous l’influence du Mars romain, et Pindare décrit même la Sicile comme “ le sanctuaire d’Arès ”.

L’Arès grec est considéré par les Hellènes comme le dieu suprême et protecteur des Scythes, des Illyriens et des Thraces. Mais lui-même semble bien avoir été le dieu national des Achéens, comme tendrait à le montrer l’Iliade où les Grecs sont systématiquement décrits comme des serviteurs d’Arès. Et le choeur des Euménides d’Eschyle[52] évoque ainsi Arès:



“ Oui, je veux vivre avec Pallas et ne point dédaigner la ville dont Zeus tout-puissant et Arès font par leur présence le donjon des dieux, éclatant rempart des saints autels de la Grèce. ”



Arès est ainsi présenté comme le défenseur de la Grèce comme il le serait pour l’Olympe selon l’hymne homérique[53] qui lui est consacré. Et on peut penser que, lors des invasions achéennes en Grèce vers 1900 B.C, Arès aurait été leur dieu national au même titre que Zeus. Un parallèle avec l’Inde pourrait alors être trouvé. En effet, Indra est le dieu national des envahisseurs aryens qui conquirent l’Inde, comme Mars semble l’être chez les peuples italiques. Pour les Germains, leur dieu tutélaire est Thorr pour ce qui est des Norvégiens et des Suédois mais c’est Odhinn pour les Danois.

Perun est le grand dieu national des Russes et le prince de Kiev Vladimir avait essayé de faire de ce dieu le protecteur de son pouvoir royal avant finalement de choisir le christianisme. Perun n’est d’ailleurs pas seulement le dieu poliade de Kiev mais il est aussi celui de Novgorod et de la plupart des cités de l’état de Kiev. De même, Perkunas apparaît comme le dieu national des Lituaniens face aux chevaliers teutoniques. Et Taranis se présente également comme le dieu suprême des Gaulois. En revanche, en Iran, le dieu des Iraniens est Ahura Mazda, parfois Mithra mais rarement Varathraghna.



Il semble donc que le dieu indo-européen de l’orage et de la guerre *Mawort- n’ait pas seulement incarné la deuxième fonction ni défendu seulement les guerriers mais qu’il ait représenté également l’ensemble du peuple en se présentant comme son père, comme Mars Pater l’est à Rome ou comme Indra l’est en Inde. Il s’agirait alors du dieu “ national ” des Indo-européens.
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MessageSujet: Re: Le dieu de la guerre   Mar 21 Juin - 21:00

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[1] Le nom d’Ashvin provient du sanskrit ashvas, le cheval, ce qui montre un lien particulier entre eux et cet animal. De même, les jumeaux grecs Castor et Polydeucès sont liés au cheval. En revanche, chez les Germains, les jumeaux Alcis ne sont pas en relation avec le cheval mais avec l’élan.

[2] Perëndi est le nom du dieu albanais de l’orage et de la guerre

[3] Selon Xavier Delamarre, dans son “ Vocabulaire indo-européen ”, il existerait un dieu de l’orage du nom de *Perkwunos ou *Perkwonos, nom très proche de celui que propose Jean Haudry (“ Les Indo-européens ”, que sais-je n°1965)

[4] Selon Isabelle Klock-Fontanille (“ Les Hittites ”, que sais-je n°3349, 1998), Tahrunt- viendrait de la racine verbale *tHr- qui signifierait “ surmonter, vaincre ”. Ce serait donc “ le Victorieux ”. En revanche, pour Bernard Sergent (dans “ Les Indo-européens ”, 1998), Tahrunt- aurait la même origine que Taranis et Thorr.

[5] Qui a abouti au dieu romain Neptunus mais aussi à l’irlandais Nechtan et peut-être au dieu indo-iranien Apam Napat.

[6] Qui a abouti au dieu romain Vulcanus et peut-être aussi au dieu crétois Welkhanos.

[7] Ar-H-s pourra également avoir le sens de “ seigneur ”.

[8] Tyr vient du vieux germanique *Tiwaz, issu de l’indo-européen *dyeus (grec Zeus, sanskrit Dyaus).

[9] Déméter n’est pas une déesse méditerranéenne mais, comme l’a montré Xavier Delamarre, une déesse d’origine indo-européenne, héritière de *Dheghom *Mater, mot à mot “ la Terre-mère ”.

[10] Torann, nom du tonnerre en gaélique irlandais, peut-être originellement le nom irlandais de Taranis

[11] Dana, Terre mère celtique

[12] Zemyna, Terre mère lituanienne; idem la déesse lettone Zemes Mate

[13] Nahatya, variante iranienne des dieux Ashvins

[14] Le combat entre un dieu et un serpent nuisible n’est pas propre aux Indo-européens. Chez les Babyloniens, le dieu Mardouk combat la déesse reptilienne Tiamat. De même, en Egypte, le combat entre Horus et Seth ou celui entre Rê et le serpent Apophis sont d’autres exemples. Enfin, le dieu sémitique Baal est connu pour affronter des monstres ophidiens, comme Lotan (le Léviathan biblique).

[15] Les Romains ont perdu la plupart de leurs mythes; c’est le cas de ce type de combat.

[16] Voir SIMEK Rudolf, “ Dictionnaire de la mythologie germano-scandinave ”

[17] Thor affronte Jormundgandr lors d’une pêche et à nouveau lors du Ragnarök où Thor meurt en raison du venin du serpent et où celui-ci est tué par le marteau du dieu, Mjöllnir.

[18] Le nom le plus ancien de ce héros étant Thraetona

[19] DUMEZIL Georges, “ Heur et malheur du guerrier ”, Flammarion, 1985

[20] Voir plus loin, B.4

[21] C’est le cas de Perun, de Perkunas, de Thorr, du dieu albanais Perëndi ou encore du Taranis gaulois.

[22] Indra est le dieu du mont Meru, l’Olympe indien, alors que le royaume du ciel, le Svargas, appartient à Dyaus Pitar, le Zeus indien et le père d’Indra.

[23] Zeus est le père d’Arès, Jupiter celui de Mars, Svarog celui de Perun, Dyaus celui d’Indra.

[24] Indra est le fils de Prithivi, la Déméter grecque, de même que Thorr est le fils de Jörd (“ la Terre ”). Héra, “ la Terre ”, mère d’Arès, n’est qu’un autre nom pour désigner Déméter. En effet, le nom d’Héra semble provenir de l’indo-européen *era ou *ert- (X. Delamarre, “ Vocabulaire indo-européen ”), qui désigne “ la terre ” et que l’on retrouve dans la déesse nordique Jörd voire dans la déesse étrusque Herta, au même titre que les termes indo-européens de *dheghom (comme dans le nom de la déesse grecque Déméter, de Sémélé, de la déesse russe Mat’ Zemlija ou de la déesse lituanienne Zemyna) et *peltawi (d’où le nom de la déesse indienne de la terre, Prithivi).

[25] Voir B.5.

[26] Iliade, chant V

[27] Le caractère guerrier de Balder a été souligné par certains auteurs pour qui la vision d’un dieu pacifique est contestable.

[28] A l’exception d’Osiris et d’Isis, représentés sous une forme totalement humaine.

[29] Dans le mythe d’Adonis et d’Aphrodite, Arès, jaloux du prince syrien, le tue en prenant la forme d’un sanglier.

[30] A Olympie et dans d’autres cités on honorait Arès Hippios en lui sacrifiant des chevaux.

[31] Dans le mythe de Jason, le bélier à l’origine de la Toison d’Or appartenait à Arès.

[32] Le cheval d’Octobre, sacrifice ayant lieu le 15 octobre de chaque année.

Ce rite en l’honneur du dieu de l’orage et de la guerre n’est pas exclusivement romain. Les Indiens connaissaient l’ashvamedha ou sacrifice du cheval, en l’honneur du dieu Indra. Des sacrifices de chevaux ont eu également lieu en l’honneur du dieu slave Perun, du balte Perkunas, et aussi de Mithra. Ce sacrifice semble donc remonter à l’époque de l’unité indo-européenne.

[33] Le taureau est l’animal qui porte la foudre. Il est ainsi le symbole de nombreuses divinités liés à l’orage, comme Baal, Zeus, Perun, Indra et donc Thorr. A Sumer, on parle même du “ taureau du ciel ”, animal apportant la pluie.

[34] Il s’agit du Yasht XIV du Zend-Avesta, le texte fondamental de la religion mazdéenne (zoroastrienne). Je le cite à partir du “ Dictionnaire des Mythologies ”, rédigé sous la direction d’Yves Bonnefoy, 1999

[35] Non cité dans le tableau ci-dessous.

[36] C’est ce que montre Suétone dans sa “ Vie de Vespasien ”. La famille impériale des Flaviens était liée à un chêne familial consacré à Mars.

[37] Cependant, Apollodore signale, dans l’histoire de Jason, qu’Arès avait un chêne sacré dans le sanctuaire où se trouvait également la Toison d’Or, ce qui relativise quelque peu le propos.

[38] En Epire, un grand chêne de la ville de Dodone était consacré à Zeus, qui y rendait des oracles.

[39] A chaque fois, le plus indique la présence de l’élément et le moins son absence. ? Indique le manque de données.

[40] Vahran = Varathraghna

[41] Dans son ouvrage “ La religion cosmique des Indo-européens ”.

[42] NAGY R., “ Le meilleur des Achéens ”, 1979

[43] Astarté

[44] En Grèce, il existe un culte rendu à Aphrodite Areia, déesse guerrière.

[45] Arès est fils de Zeus et d’Héra alors qu’Aphrodite est fille de Zeus et de Dionè.

[46] Un mythe montre la jalousie d’Aphrodite envers Eôs, maîtresse d’Arès. Pour se venger de cette dernière, Aphrodite la fait tomber amoureuse d’un mortel. Il semble donc, qu’originellement, Eôs ait été l’épouse d’Arès, avant qu’elle ne soit remplacée par Aphrodite, dont le nom est absent des documents mycéniens.

[47] Freyja est l’épouse du dieu Odhr qui n’est autre qu’Odhinn.

[48] Aph. = Aphrodite, Ath. = Athéna

[49] Autres dieux de troisième fonction: Poséidon, Hermès, Hadès, Péon (dieu de la médecine), Artémis, Héphaistos…; la déesse Hestia est la déesse cadre et dépasse les trois fonctions.

[50] Le mot i.e *wot- a donné le germanique wut, “ fureur ” (scandinave odhr), à la base du nom du dieu Wotan ou Odhinn.

[51] Juvénal, dénonçant la décadence de Rome, en appelle au dieu Mars afin qu’il fasse de nouveau régner l’ordre.

[52] ESCHYLE, “ Les Euménides ”, dans “ Tragédies complètes ”, Gallimard, nouvelle édition 1997, page 145

[53] “ Hymne (homérique) à Arès ” où celui-ci est présenté comme le rempart de l’Olympe.
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