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 Attila et Arès

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Minotaure
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MessageSujet: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 14:43

D'après l'historien Michel Rouche, Attila était convaincu de détenir l'épée d'Arès/Mars. Les empereurs romains d'Orient et d'Occident n'avaient pas de légitimité pour lui. Est-il possible qu'à ses yeux la conversion au christianisme avait fait perdre toute légitimité aux empereurs romains (ainsi qu'aux rois wisigoths) ? En effet, alors que son oncle Ruga était arien, lui était profondément païen/chamaniste, allant même jusqu'à la superstition (les chamans semblent avoir eu un rôle décisif dans ses deux retraits stratégiques : Champs catalauniques et Rome). En outre, son adversaire (et ancien ami et allié) Aetius était probablement chrétien, vu que les hautes fonctions politico-militaires qu'il occupait ne pouvaient plus l'être par un païen à l'époque (son épouse était une chrétienne fervente d'ailleurs). Il est en tout cas certain que le paganisme des Huns a joué (glorification de sainte Geneviève et saint Aignan).

Attila, "fléau de Dieu", mais de quel dieu ?
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MessageSujet: Re: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 15:48

La tradition raconte que l'épée d'Arès, qui avait été offerte par le dieu de la guerre aux Scythes, avait été prise ensuite par Attila le hun, lorsque venu d'Asie il triompha des populations iranophones nomades de l'Ukraine.

A priori, Aetius était également un païen, et ce serait une des raisons pour lesquelles Valentinius III avait souhaité sa mort. Je t'informe que le dernier empereur romain païen d'Occident était Anthème, qui a régné de 467 à 472 après J.C. Et le jeune Romulus Augustus n'était probablement pas chrétien non plus, vu son nom.

Nous n'avons aucune information sur le "paganisme" hunnique, qui était a priori une forme de chamanisme proche de celui des anciens Turcs. En revanche, les Hongrois, finno-ougriens, avaient un dieu de la guerre important portant une épée, le dieu Hadur.

Je pense que le mythe de l'épée d'Arès servait pour Attila à se donner une certaine forme de légitimité dans un empire romain qui en 450 était encore majoritairement païen.
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Minotaure
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MessageSujet: Re: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 16:29

Rouche parle d'une autre histoire : l'épée d'Arès serait sortie du sol, transpersant une vache, et un bouvier aurait rapporté l'épée à Attila.

Justement, Romulus Augustule était le fils d'Oreste, secrétaire d'Attila, et qui lui fut fidèle jusqu'à sa mort en 453. Si Oreste était lui-même païen, cela expliquerait cette histoire d'épée : Attila (entouré de scribes et conseillers romains) voulait se poser en champion/vengeur du paganisme. Attila devait parfaitement comprendre la singularité du christianisme, étant donné son oncle.

Gaudentius, le fils d'Aetius, aurait été baptisé. Deux décrets (en 408 et 415) excluaient les païens de telles fonctions, à l'époque. Il y a eu sans doute des changements après la mort de Valentinien III (qui s'appuyait beaucoup sur l'Eglise).


Dernière édition par Minotaure le Dim 15 Nov - 16:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 16:33

En Occident, les décrets impériaux n'étaient pas vraiment appliqués. Seuls les païens trop revendicatifs risquaient gros. Si Aetius était païen, il ne devait pas trop la ramener sur ce point.

Voir en Attila un restaurateur du paganisme est une idée au final intéressante, même si je reste sceptique. Notons que l'armée en face de lui aux Champs Catalauniques était majoritairement païenne. N'oublions pas que les Huns furent utilisés par Théodose contre le parti païen d'Eugène en 394 (lors de la bataille de la rivière froide).

Les Francs étaient les plus païens et les plus pro-romains en Occident. Arbogast, Mérovée, Clodion et Chilpéric l'ont d'ailleurs prouvé.
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MessageSujet: Re: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 16:54

Les armées d'Attila (son infanterie était majoritairement germanique, sa cavalerie était mixte) étaient également essentiellement païennes. En fait, Attila dominait partiellement ou totalement l'ensemble du monde germanique (Ostrogoths, Francs rhénans, Alamans), seuls les Lombards lui échappaient complètement. A la bataille des Champs catalauniques, l'armée d'Aetius était composée de Romains (chez qui le catholicisme s'affirmait de plus en plus durement, y compris contre l'arianisme), de Francs païens et de Wisigoths ariens. Celle d'Attila étaient surtout composée d'Ostrogoths et de Gépides, et d'autres peuplades germaniques (l'arianisme se répandant également chez eux, mais de manière plus anecdotique). Son lieutenant le plus célèbre était le skire Edeco (qui lui révéla l'existence d'un complot de Constantinople visant à le tuer), et dont le fils Odoacre (arien ?) renversa Romulus Augustule (ironie de l'histoire). En Gaule, Attila était allié au roi des Vandales Genséric.

Les chamans d'Attila lui auraient révélé que celui qui perdrait la bataille des Champs catalauniques verrait un des chefs du camp adverse mourir. Attila préférait la perte d'une bataille à la mort. Celui qui mourut, ce fut Théodoric, le roi des Wisigoths, et peut-être qu'Attila (très superstitieux) y vit un rapport avec la conversion de cette peuplade. Complétant la "malédiction", Thorismund, frère de Théodoric, fut blessé à la tête.

A noter que la première épouse d'Attila était Erekan, fille du chaman Eskam, ce qui en dit long sur la proximité d'Attila avec la religion de son peuple. Si son père Mundzuc a été tué par son oncle arien Ruga (les règnes des rois/co-rois huns sont très obscurs, on a du mal à distinguer les morts naturelles/accidentelles des assassinats), alors cela a pu créer, chez Attila, un traumatisme comparable à celui de Julien dit l'Apostat par rapport au massacre de Constantin.
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MessageSujet: Re: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 17:40

Les armées d'Aetius et d'Attila étaient païennes, j'oserais même dire, même si je pense qu'en fait celles d'Attila comptaient davantage de chrétiens ariens. Aetius rassembla une armée composée de Romains, de Celtes, de Germains et d'Alains, une mini-Europe avant l'heure.

Depuis les ouvrages de Ramsay Mc Mullen, nous savons que la christianisation fut beaucoup plus longue et tardive. Au VIème siècle encore de notre ère, les prêtres étrusques arpentaient les campagnes d'Italie.

J'ai tout de même du mal à voir dans Attila le restaurateur du paganisme, même si l'idée n'est pas absurde non plus. En tout cas, il est sûr qu'il ne devait pas beaucoup aimer le christianisme. Quoi que le plus païen des empereurs romains, Maxence, respecta le christianisme. Il pensait qu'en réhabilitant les vieux dieux de Rome, le christianisme reculerait de lui-même.
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Minotaure
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MessageSujet: Re: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 21:58

Si l'armée d'Aetius était si peu chrétienne, alors il faut expliquer pourquoi Attila prit en otage l'évêque de Troyes comme garantie lors de sa retraite de Gaule, jusqu'au Rhin. Cela veut au moins dire qu'il avait l'impression de combattre des Gallo-Romains chrétiens, et pas des païens, ou du moins une armée au service d'un pouvoir chrétien (pouvoir qu'il méprisait ostensiblement). Et cela voudrait aussi dire que pour lui le dieu chrétien ne valait pas grand chose, étant donné que les guerriers turco-mongols (à supposer que les Huns soient rattachables à cette famille) d'avant l'islamisation étaient connus pour leur respect superstitieux envers les prêtres en général (épargnés des grands massacres de villes, aux côtés des artistes et artisans).

Il y a plusieurs questions ouvertes par ce sujet du rapport d'Attila au(x) paganisme(s) :
- la religion majoritaire de l'entourage gréco-latin d'Attila (ses secrétaires Oreste et Constantius, son médecin Eudoxe, son scribe Rusticius, etc.) ;
- ce que pensait son "ministre" Onegèse (hun parfaitement hellénisé qui fit installer des thermes près du palais d'Attila) du christianisme montant dans la civilisation romaine ;
- la proportion de païens parmi les transfuges romains s'installant dans l'empire hun. Car cela peut nous sembler complètement saugrenu, a posteriori, mais un certain nombre de Romains semblaient voir beaucoup d'avantages chez les Huns (Priscus en a témoigné), malgré leurs moeurs sauvages : faible fiscalité, justice intégre et rapide, droit au port d'arme pour les civils, etc... Entendons-nous bien, il y avait bien sûr une poussée "barbare" dans l'empire romain, mais il y avait aussi une migration dans l'autre sens (d'ailleurs, l'entourage d'Attila l'atteste). Attila faisait face à deux empires sclérosés administrativement et sombrant de plus en plus dans l'intolérance religieuse, il faut donc remettre cette migration romaine dans ce contexte.

Voltaire fait une juste remarque :

Citation :
Lorsque Attila eut détruit la ville d’Aquilée, Léon, évêque de Rome, vint mettre à ses pieds tout l’or qu’il avait pu recueillir des Romains pour racheter du pillage les environs de cette ville dans laquelle l’empereur Valentinien III était caché. L’accord’ étant conclu, les moines ne manquèrent pas d’écrire que le pape Léon avait fait trembler Attila; qu’il était venu à ce Hun avec un air et un ton de maître; qu’il était accompagné de saint Pierre et de saint Paul, armés tous deux d’épées flamboyantes, qui étaient visiblement les deux glaives de l’Église de Rome. Cette manière d’écrire l’histoire a duré, chez les chrétiens, jusqu’au xvie siècle sans interruption.

http://www.voltaire-integral.com/Html/11/09ESS_11.htm

On voit mal, en effet, Attila s'aplatir devant le pontife, impressionné par lui. Les historiens Priscus (qui a réellement rencontré Attila) et Jordanès ont insisté sur son orgueil, sa très haute estime de lui-même (c'est pourquoi il exigeait de n'avoir que des interlocuteurs de haut rang de la part de Rome et de Constantinople), sa confiance en lui-même et sa croyance profonde dans le chamanisme. Léon a dû promettre à Attila un tribut faramineux. Le but d'Attila était moins de conquérir militairement que de "vassaliser" par le paiement du tribut. Quand Attila rebroussa chemin, il n'était pas du tout effondré. Le printemps suivant, il célébrait même de nouvelles noces auxquelles il succomba.

A noter qu'Attila est "présent" sous le nom d'Etzel dans le chant des Nibelungen, oeuvre médiévale fortement imprégnée de paganisme et reprise par Wagner. Etzel est une figure positive, quoique éclipsée par celle de Siegfried.
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MessageSujet: Re: Attila et Arès   Dim 15 Nov - 22:07

Je suis plutôt partisan d'évacuer toute "légende dorée" dans cette épisode historique. En clair, je ne crois pas qu'il y ait eu une quelconque Geneviève pour repousser les troupes d'Attila... A partir du moment où on écarte le côté chrétien de l'affaire, qui à mon avis n'y est pas pour grand chose, on peut analyser les choses plus objectivement.

Citation :
- la religion majoritaire de l'entourage gréco-latin d'Attila (ses secrétaires Oreste et Constantius, son médecin Eudoxe, son scribe Rusticius, etc.) ;

Aucune idée, honnêtement, de ce que pouvait être la religion de son entourage. Un présupposé païen pour Oreste, du fait de son prénom faisant référence à la mythologie grecque et au choix du prénom de son fils.

La question est donc la part de chrétiens par rapport à la population romaine totale en 450. On sait qu'en 313, les chrétiens n'étaient que 5% de la population de l'empire. En 400, on peut supposer qu'ils étaient désormais 50%, mais leur pouvoir était beaucoup fort dans la partie orientale de l'empire. A priori, en 450, en Occident, la proportion de païens devait être d'au moins 50%.
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