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 Vers une nouvelle révolution iranienne ?

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Ferrier
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MessageSujet: Vers une nouvelle révolution iranienne ?   Dim 21 Juin - 18:50

Vers une nouvelle révolution iranienne ?


La république islamique, une création occidentale.


A plusieurs reprises, les puissances occidentales sont intervenues dans l’histoire de l’Iran, et à chaque fois ces interventions étaient destinées à empêcher le peuple iranien d’avoir le droit d’être considéré comme le grand peuple qu’il est.

Doté d’un équivalent de Mustapha Kemal, à savoir Reza Shah, l’Iran des années 30 rentre de plein pied dans le modernité. Animé d’un patriotisme ardent et défendant la longue mémoire du génie perse, Reza Shah s’attaqua à l’archaïsme économique, politique et religieux, qui prévalait en Iran avant son arrivée au pouvoir. Il procéda à l’interdiction du voile islamique, fit construire de nombreuses routes et voies ferrées, modernisa son armée et, tout comme Atatürk qu’il admirait, œuvra pour un Iran souverain et puissant. Sans doute au XXème siècle l’homme politique iranien le plus avisé, Reza Shah fonda la dynastie des Pahlavi, reprenant ce nom au vocabulaire de l’Iran sassanide, et en appelant désormais la Perse ou Fars du terme d’Iran, qui signifiait « terre des Aryens », il s’oppose à l’islamité dominante dans son pays et renoue avec l’histoire perse authentique et avec sa religion indigène, le zoroastrisme.

Or ce sont les britanniques et les soviétiques qui vont mettre fin en 1941 à ce régime autoritaire mais malgré tout progressiste. Accusé de soutenir l’Allemagne nationale-socialiste, Reza Shah, malgré le fait qu’il soit resté neutre, fut obligé d’abandonner le pouvoir et de quitter le pays. Il mourut quelques années plus tard en exil. Son fils, Muhammad Reza Pahlavi, fut invité par les puissances occupantes à prendre sa suite, mais ce souverain n’obtint pas immédiatement le pouvoir et dut composer. Après la guerre, c’est le nationaliste Mossadegh qui accède aux affaires, et une de ses premières ambitions est d’assurer à l’Iran l’indépendance économique et ce en nationalisant le pétrole iranien, qui appartenait alors aux grandes compagnies anglo-saxonnes. Les américains notamment s’associèrent alors au nouveau shah, qui aspirait à davantage de pouvoir, pour faire tomber le régime de Mossadegh. Ainsi Muhammad Reza Pahlavi devint un shah au sens fort, le véritable souverain du pays. Sa politique ne cesserait pas d’aller vers un éloignement de toute tutelle américaine, et contrairement aux affirmations mensongères des islamistes et de ceux qui les soutiennent en Europe, il ne fut plus l’homme des USA qu’il avait été obligé d’être au tout début de sa prise de pouvoir.

Que voulait donc le nouveau shah ? Il souhaitait assurer à son peuple une existence meilleure ; il espérait voir émerger un Iran prospère, moderne et indépendant, reconnu comme une grande puissance. Ainsi, par le biais de la « révolution blanche », il chercha à améliorer l’agriculture du pays et la condition des paysans ; il encouragea l’éducation, y compris chez les jeunes filles, mais n’osa pas aller jusqu’à interdire le voile, comme l’avait tenté son père. Néanmoins, sa politique l’amena à s’opposer au clergé chiite, dont il sous-estimait profondément le pouvoir. Par ailleurs, s’il sut former et enrichir la classe moyenne en développement, il échoua à assurer une meilleure répartition des richesses, et cette absence de fibre sociale, parallèlement à certaines dépenses fastueuses, affaiblit son image au sein du peuple, permettant aux marxistes aussi bien qu’aux islamistes de détourner cette colère en faveur de leurs utopies respectives.

Muhammad Reza Pahlavi, reprenant la titulature des anciens souverains perses, et s’identifiant au roi Cyrus, fondateur de l’empire achéménide, se fit appeler le shahinshah, le « roi des rois », comme Darius ou Chosroès, et l’aryamehr, le « soleil (Mithra) des aryens ». Il favorisa le clergé zoroastrien, notamment actif à Yazd, et alla même jusqu’à faire abandonner le calendrier musulman en faveur du calendrier classique de la Perse pré-islamique. Néanmoins, il n’osa pas ou n’eut pas le temps de faire adopter l’alphabet latin à son peuple en remplacement de l’alphabet arabe, ce que Mustapha Kemal avait fait des décennies auparavant. En effet, les langues iraniennes, d’origine indo-européenne comme la plupart des langues d’Europe, ne sont pas adaptées à un alphabet sémitique.

Le dernier shah d’Iran voulut doter son pays du nucléaire civil et militaire. Le prestige dû à l’arme ultime aurait fait de son pays une puissance redoutable au Moyen-Orient, et ce n’est pas pour rien que le régime islamiste actuel souhaite se doter de cette arme. En outre, M.R. Pahlavi voulait reprendre la politique de Mossadegh, nationaliser le pétrole iranien et surtout faire monter son prix pour favoriser la croissance économique de son pays. Enfin, il osa se rapprocher de l’Union Soviétique, afin d’adopter une position indépendante à la De Gaulle, et il était prévu que la nouvelle cité d’Aryashahr, « la cité des aryens », qu’il voulait bâtir, bénéficierait d’une forte assistance soviétique.
Aux yeux des USA, tout cela était inacceptable. Ces derniers incitèrent le shah à modérer son autoritarisme et à accorder à ses citoyens davantage de libertés. Certes sa police politique, la savak, était à juste titre très impopulaire, mais la population n’avait pas encore pu vraiment bénéficier des dividendes de la politique de son souverain. Par ailleurs, la France mena un jeu étrange en assurant la sécurité de l’imam Khomeiny et en lui permettant de prêcher depuis l’Europe sa guerre sainte contre le régime. Ainsi, les puissances occidentales décidèrent-elles de lâcher le shah d’Iran et d’encourager les forces hostiles à son régime, à savoir notamment les islamistes.

Bien à propos, l’imam Khomeiny put rentrer au pays avec la bienveillance de la France. En revanche, le shah, après qu’il dut quitter le pays, alors qu’il était atteint d’un cancer, se vit refuser l’entrée aux USA. Le comportement des puissances occidentales à l’égard du shah déchu démontre de manière évidente leur rôle. Ce que l’occident n’avait pas prévu, c’est qu’à la place d’une vague démocratie allait s’installer un régime islamiste. Khomeiny, qui avait joué les modérés, apparut alors sous son vrai jour, celui d’un autocrate et d’un extrémiste religieux.


Le jeu truqué des élections présidentielles de juin 2009.


30 ans après l’instauration de la république islamique, le régime est désormais aux abois. Il a échoué dans tous les domaines et la population, notamment les jeunes, est en décalage complet d’avec l’idéologie au pouvoir. Alors que les Iraniens commencent malgré tout à connaître un développement économique très significatif, que le pays se modernise et accède à l’information de l’étranger, c’est un ultra-conservateur, Mahmud Ahmadenijad, qui préside aux destinées du pays, qui préside en apparence puisque le véritable chef de l’état est l’ayatollah Khamenei.

Des élections se déroulaient donc en ce début de mois de juin 2009. Bien évidemment, Khamenei avait veillé à n’accepter que des candidats islamistes, partagés entre réformateurs et conservateurs. En tête des réformateurs, soutenu par les anciens présidents Rafsandjani et Khatami, le candidat était Moussavi. En face, le candidat était le président sortant. A ce moment là, on ignorait si le véritable dirigeant Khamenei allait laisser le jeu se dérouler normalement ou s’il allait soutenir un candidat.

C’est au moment de l’annonce officielle des résultats de ces présidentielles, alors que le candidat Moussavi avait déjà annoncé sa victoire, que le peuple iranien découvre que le conservateur Ahmadenijad, connu pour ses diatribes judéophobes, aurait été réélu dès le premier tour avec plus de 63% des voix, distançant nettement son adversaire principal Moussavi, avec 34% des voix. La participation a été considérable, 85% de votants, parce que le peuple iranien avait décidé de se mobiliser pour barrer la route au président sortant.

Il semblerait qu’en réalité Moussavi ait largement vaincu Ahmadenijad et même qu’un autre candidat, Karoubi, l’ait aussi vaincu. Troisième avec un peu plus de six millions de voix, soit environ 12% de l’électorat, Ahmadenijad serait donc sévèrement battu. Or ce dernier annonce sa victoire, suscitant la colère populaire, colère d’un électorat qui se sait abusé. En réalité, les partisans d’Ahmadenijad ont procédé à un véritable coup d’état. Ce coup d’état sera finalement validé par Khamenei lui-même, sorti de sa réserve pour condamner sans ambiguïté les manifestations populaires, pour appeler au calme et menacer de la pire répression ceux qui n’obéiraient pas à son oukase.

Depuis le début des actions populaires, une trentaine d’Iraniens et d’Iraniennes ont déjà trouvé la mort depuis une semaine, victimes de la répression des milices à la solde du président. Les media sont censurés, les puissances étrangères accusés d’ingérence, et la répression s’accroit. La dictature légale devient la dictature réelle.


Demain la révolution ?


Quels sont les enseignements de cette situation politique ? La première chose c’est que pour la première fois Khamenei est sorti de sa réserve et ce pour appuyer de manière outrancière Ahmadenijad. Cette caution du véritable chef de l’état, sorti de l’ombre, est très importante car désormais les deux dirigeants vont être associés aux yeux du peuple, et si l’un devait choir, l’autre le suivrait. Ce viol de la volonté populaire par un religieux laissera des traces dans l’opinion.

La seconde chose c’est que désormais les élections iraniennes apparaîtront aux yeux du peuple comme de véritables escroqueries politiques, les jeux étant déjà faits quel que soit l’avis exprimé. Moussavi, qui n’est pas moins un défenseur du régime que son adversaire, est déjà dépassé par la situation. Mais le problème c’est qu’il n’y a aujourd’hui aucun recours politique face au régime en place, et c’est pourquoi le mouvement populaire va provisoirement retomber. Les temps ne semblent pas encore mûrs pour assister à l’effondrement de ce régime.

Qui peut incarner alors ce recours ? Est-ce le fils du dernier shah d’Iran, Reza Pahlavi ? Celui-ci s’est exprimé pour témoigner de son soutien et de sa compassion à l’égard de son peuple, mais l’image noirci de son père lui interdit de pouvoir peser. Il apparaît, à tort ou à raison, comme l’homme lige de puissances étrangères. Et pourtant, il est indéniable que c’est lui, plus que n’importe qui, qui pourrait incarner la résistance face à la dictature des islamistes. D’un point de vue idéologique, la seule opposition existante en Iran même, celle qui rejette sans concession le régime, est celle des nationalistes pan-iraniens, plutôt favorables au shah. Rien ne permet d’affirmer aujourd’hui que cette opposition est en mesure de représenter une alternative à la « république » islamique.

Le PSUNE soutient de tout cœur le peuple iranien qui ose défier dans la rue ses bourreaux. Mais nous savons aussi que ce ne sera pas cette fois que le régime actuel à Téhéran va tomber. Néanmoins, les morts innocentes, la duperie électorale, les menaces de Khamenei, vont laisser des traces qui demain permettront au peuple de se libérer de cette dictature. Toute intervention militaire, israélienne comme américaine, ne ferait que renforcer les islamistes au pouvoir et n’empêcherait pas l’accès au nucléaire militaire. Par ailleurs, le peuple iranien a le droit de disposer de cette arme, et le problème n’est pas l’Iran mais son gouvernement. La seule politique possible est de soutenir les résistants iraniens à l’oppression, tant en Iran qu’en exil. Le régime est impopulaire, il échoue économiquement, il triche pour se maintenir en place… il tue pour se maintenir en place. Il est donc à plus ou moins brève échéance condamné. Mais ce ne sera pas demain matin.


Thomas FERRIER
Secrétaire Général du PSUNE
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MessageSujet: Re: Vers une nouvelle révolution iranienne ?   Dim 21 Juin - 19:33

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