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 Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?

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Ferrier
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MessageSujet: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 17:13

Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?


Définitions et caractéristiques principales.

Le terme de paganismus désigne en latin la religion des païens, des pagani, les habitants d’un pagus ou pays, le terme de paganus ayant abouti en français à la fois au terme de « païen » et au terme de « paysan », car à la fin de l’antiquité, la religion ancienne a davantage résisté dans les campagnes que dans les villes où les autorités pouvaient exercer leur pouvoir plus facilement et ainsi persécuter, conformément aux décrets impériaux, les fidèles de la religion des dieux.

« Religion du pays », le paganisme a en effet la caractéristique principale d’être une religion ethnique, populaire, fondée sur l’identité et l’enracinement. Les deux paganismes indo-européens survivants, l’hindouisme et le zoroastrisme, interdisent d’ailleurs aux étrangers, non-indiens ou non-iraniens, la conversion. Ne peut être hindou qu’un indien, y compris un ex-musulman. Ne peut être zoroastrien qu’un iranien. Ce sont donc par définition des religions non prosélytes, même s’il existe une certaine forme d’universalisme au sein du paganisme, à savoir que tous les païens, du moins chez les peuples européens, indo-européens et non indo-européens, honorent globalement les mêmes dieux, mais invoqués sous des termes différents.

La seconde caractéristique du paganisme, c’est son polythéisme, à savoir que c’est une religion fondée sur une pluralité de dieux et de déesses, sans oublier des divinités secondaires, comme les nymphes qui peuplent le monde et le « poétisent ». Pluralité de divinités ne signifie pas infinité, car en réalité il existe entre cinquante et cents divinités différentes dans chaque panthéon et rarement plus. Seul le peuple romain semble avoir disposé d’un peu plus de deux cents divinités.

Dans la conception païenne de l’univers, l’avant-monde ou chaos était représenté par un océan infini duquel émergea un œuf cosmique, ou une goutte d’énergie, duquel naquit le monde ou cosmos, qui donna naissance à une première génération de dieux et à un « homme cosmique ». On retrouve ainsi sous une forme ancienne et poétique la théorie aujourd’hui acceptée par la plupart des scientifiques de création de l’univers à partir d’un « big bang ». Les premiers dieux sacrifient l’homme cosmique, Ymir chez les Scandinaves, Purusha en Inde, généralement représenté comme un géant asexué, et des différents éléments de son corps ils créent le ciel et la terre et entre les deux l’axe cosmique, arbre ou montagne, qui relie l’un à l’autre et soutient la voûte du ciel. Ils créent également les océans, les montagnes, les forêts, le soleil et la lune, et tous les éléments que nous connaissons, puis peuplent ce monde nouveau des végétaux et des animaux, et d’une descendance divine bien particulière, les hommes, qui ont la forme des dieux mais sont mortels, à la différence des premiers caractérisés par l’immortalité et l’éternelle jeunesse. Au ciel se trouve le royaume des dieux, l’Asgard scandinave, l’Olympe grec ou le Svarga indien, et sur terre est le royaume des hommes, le Midgard scandinave.

Mais ce monde n’est pas en paix et les dieux qui en sont les garants doivent combattre les forces du chaos qui ont survécu à sa ruine, et notamment le grand serpent ou dragon , et les géants. Dans la mythologie grecque, les géants ont été exterminés par les dieux lors d’une guerre sans merci, alors que dans la mythologie scandinave, le combat continue encore.

La première génération divine se réduit généralement à un couple divin formé par le dieu du ciel, *Dyeuspater chez les Indo-Européens, Ortzi chez les Basques, Diala chez les Ingouches/Tchétchènes ou encore Tanri chez les Turcs, et par la déesse de la terre, *Dhgho[m]mater. La seconde génération est formée des enfants, mâles et femelles, du couple ciel-père/terre-mère, et qui sont appelés chez les Indo-Européens, portant ainsi le patronyme de leur géniteur, les « fils de Dyeus », les *deywôs ou dieux. Ainsi, au sein du polythéisme européen notamment, il existe un dieu suprême, lié au ciel et à la lumière, un roi des dieux, au-dessus des autres divinités. Parmi les divinités les plus populaires se trouve systématiquement le dieu de l’orage, premier né de ce couple, et qu’on retrouve sous les traits du *Maworts indo-européen, du Burhan turc, du dieu ingouche/tchétchène Seli ou encore du dieu basque Orko, et son épouse la déesse de l’aurore, *Ausos chez les Indo-Européens. A la fonction orageuse est généralement associée la fonction guerrière, de même qu’à la fonction aurorale est généralement associée la fonction amoureuse. Sous sa forme classique, le couple Mars/Venus est une assez bonne représentation de ce second couple divin.
Le monde des dieux et celui des hommes ne sont pas les deux seuls existants, puisque le royaume des mers et le royaume des enfers doivent être ajoutés à la liste. Le premier est dirigé par un roi des océans, vivant dans les profondeurs, et dont l’attribut est généralement un trident. Il est Aegir chez les Scandinaves ou encore Poséidon chez les Grecs. Le second est dirigé par un dieu des enfers, connu pour se rendre invisible aux yeux des mortels, dieu qui est également le maître des pierres précieuses et métaux rares contenu dans le sol, et qui dans le monde indo-européen est assisté d’une épouse et surtout d’un gardien de ses portes, un chien ou loup monstrueux, *Kerbheros en indo-européen, « le Tacheté ».

A côté de ces divinités principales, toutes les forces de la nature, ainsi que les astres, sont liés à des divinités spécifiques. Il y a un dieu du soleil et une déesse de la lune, les sexes des deux astres pouvant être intervertis . Il existe en outre un dieu du vent et un dieu du feu et de la forge, et bien d’autres divinités (des fleurs, des forêts, de l’accouchement, de la médecine, de la sagesse… etc.).

Les relations entre les dieux, le monde et les hommes dans le paganisme européen.

Dans le paganisme européen, les dieux et les hommes ont des relations étroites, mais qui ne relèvent pas d’un rapport de domination. Le dieu proche-oriental, déjà à l’époque polythéiste, reste un seigneur, un *ba’alu, à savoir qu’il attend de ses fidèles une totale soumission et un abandon de la raison. En revanche le dieu occidental est davantage un ami, un compagnon, comes en latin, qui peut agir en ami fidèle ou en ennemi s’il s’estime trahi. De la même façon, un mortel peut se sentir plus d’affinités avec tel ou tel dieu, selon son jour de naissance, son signe astrologique, sa profession, sa situation familiale, sa nature profonde, ses centres d’intérêt, sa situation à un moment donné. Au combat, un païen préférera généralement demander la protection et le salut à des divinités spécifiquement dédiées à la guerre. Le païen qui adorera en priorité une divinité donnée ne reniera pas pour autant les autres, auxquelles il pourra se tourner si besoin est.

Ainsi, contrairement à une théorie tenace, le polythéisme est autant une religion individuelle que collective. Le culte des dieux intervient à tous les niveaux. Il y a d’abord le paganisme personnel de chacun, comme on a pu le voir, puis le paganisme familial, basé avant tout sur le culte des ancêtres, de la déesse du foyer, et éventuellement d’une divinité liée au passé familial, le paganisme de la cité ou de la région, enfin le paganisme de l’Etat, de la nation toute entière. A Rome, Mars et Venus faisaient partie du panthéon familial de la gens Iulia, celle à laquelle appartiendra le dictateur Caius Iulius Caesar, car cette gens ou famille se prétendait descendante d’Iule, petit-fils de Venus, et du roi Ancus Martius, émule de Mars. Mars était également le dieu du peuple romain, puisque le fondateur de Rome, Romulus, était son propre fils. Enfin, Mars était le dieu de l’Italie, car il était à l’honneur chez tous les peuples italiques et pas seulement chez les Romains.

Un des aspects les plus frappants du paganisme c’est le concept de divinité poliade. En effet, dans le monde antique, cités et tribus étaient associés à une divinité en particulier. Chez les Celtes, le dieu tribal était appelé le teutates, « père de la tribu », qui pouvait être n’importe quelle divinité du panthéon. Ainsi le dieu tribal de la cité de Lugudunon (Lyon) était Lugus, dieu du ciel, alors que le dieu tribal du peuple lémovique était Taranus, dieu de l’orage. La géographie était également marquée par le culte rendu aux divinités. Sources, îles et montagnes, fleuves et mers, étaient dédiés aux dieux ; ainsi le futur Mont Saint Michel était dédié au culte du dieu solaire Belenos. Le territoire, villes et campagnes, était parsemé de sanctuaires, de temples, d’autels et de statues cultuelles. Enfin, Athêna était la déesse poliade de la cité grecque portant son nom, et la tradition prétend qu’en 410 elle est apparue en personne pour repousser les Wisigoths d’Alaric qui menaçaient de prendre la ville pourtant en cours de christianisation.
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 17:14

Des accusations mensongères faites contre le paganisme.

Les monothéistes d’hier et d’aujourd’hui ont accusé les païens d’idolâtrie c'est-à-dire de vénération pour des pierres ou pour des statues. On ne peut pas davantage se tromper sur le sens du culte païen. En effet, même si les païens ont souhaité représenter artistiquement les divinités, en bois aussi bien qu’en marbre, et s’ils ont dédié à ces êtres supérieurs des temples, pour eux les dieux ne vivent pas dans ces lieux mais bien au ciel. La statue n’est qu’un objet culturel permettant de faire le lien entre les dieux au ciel et les fidèles sur terre. Les dieux en effet sont reconnaissants à l’égard des hommes lorsque ceux-ci les honorent soit par les arts, soit par les sacrifices.

Une autre accusation mensongère est celle de sacrifice humain. Déjà les Romains avaient accusé d’autres peuples païens de procéder à ce genre de rites, notamment les Celtes. Mais les Romains savaient aussi que l’accusation était non fondée et n’était qu’un argument justifiant la conquête afin de « civiliser les barbares ». La mythologie grecque condamne explicitement le sacrifice humain considéré comme mettant les dieux en colère. Par ailleurs, un élément clé du sacrifice est le partage des viandes entre les hommes et les dieux, or l’anthropophagie était considérée comme aujourd’hui comme un acte infâme. On ne pouvait donc pas sacrifier l’homme comme on le faisait des animaux d’élevage. Et par ailleurs même le sacrifice d’animaux sauvages était rarissime. Le sacrifice du cheval était dans l’ordre hiérarchique celui qui était le plus noble, dédié aux grandes occasions, devant le sacrifice du taureau. Le sacrifice du porc était en revanche le moins noble, concernant les mammifères car il primait sur le sacrifice de volailles. Enfin, le sacrifice du chien était un rite guerrier très rare, car l’animal était apprécié pour sa fidélité et son courage.

En revanche, les peuples païens pratiquaient la peine de mort et n’avaient pas toujours du respect pour les étrangers issus de peuples ennemis. Le fait est qu’à cette époque, religion et politique étant indissociables, on associait les divinités à l’application des peines. Ainsi, César fit-il mettre à mort deux citoyens qui fomentaient une révolte populaire en invoquant le dieu Mars et de même Auguste fit exécuter des dizaines de sénateurs ayant participé à l’assassinat de César en dédiant leur mort à Mars Vengeur. Les condamnés à mort, criminels ou prisonniers de guerre, chez les Celtes, étaient tués en présence des druides et selon des rites liés aux actes commis et aux divinités offensées. On ne saurait confondre la peine de mort et un sacrifice humain, car sinon l’exécution d’un criminel en présence d’un curé serait alors un sacrifice humain chrétien.

Enfin, les chrétiens accusaient les païens de pratiquer une religion immorale incitant à la débauche. En premier lieu, les dieux représentaient pour les polythéistes des modèles à imiter, et la morale païenne ne rejetait pas le corps ni la sensualité, à la différence du puritanisme juif puis chrétien. Mais il est vrai que dans la mythologie grecque en particulier, la sexualité débridée des dieux et des déesses choquait la morale des monothéistes. En réalité, la mythologie n’était pas la conception religieuse que se faisaient les anciens, mais des récits théologiques. Ainsi, en apparence, Zeus est un polygame qui trompe son épouse. Voici une lecture au premier degré d’un mythe et voilà pourquoi les chrétiens ne comprenaient pas la foi païenne.

En vérité, les différentes épouses de Zeus ne sont que les différents aspects de la déesse de la terre, sa seule épouse. Hêra, Lêtô, Dêmêtêr, Danaê et Sêmêlê incarnaient la Terre au sens strict, de par leur étymologie, alors que Mêtis représentait la prudence de la déesse chtonienne, et que Dionê, signifiant « celle de Zeus », rappelait sa condition d’épouse du dieu du ciel. De même dans le culte, Arês et Aphrodite, présentés comme frère et sœur dans l’Iliade et comme amants dans l’Odyssée, étaient considérés comme époux et honorés comme tels. Les rivalités entre Athêna et Arês dans la mythologie n’empêchaient pas ces deux divinités d’être honorées ensemble à Athènes, où un temple d’Arês contenait la statue du dieu et celle d’une Athêna Areia, « aréenne ». Aussi, la morale populaire ne différait pas de la morale divine, même si comme dans toute société il y avait des écarts de conduite et qu’aucune civilisation n’est protégée contre les germes de la décadence.

On oubliera ainsi que l’empereur Auguste avait revalorisé le mariage et condamné l’homosexualité, qu’il avait interdit les cultes étrangers au cœur de la cité, méprisant profondément la religion des Egyptiens, ce dont Virgile témoigne en opposant les dieux anthropomorphes de l’Europe, dieux civilisés, aux dieux zoomorphes qu’honorait Cléopâtre, dieux barbares, qu’il avait reconstruit plus de quatre-vingt temples qui tombaient en ruine, qu’il a refusé toute sa vie d’être honoré comme un dieu, rejetant une telle hybris. Le rejet de l’hybris ou démesure était une des valeurs fondamentales du paganisme européen. Cette humilité de base qui consistait à conserver dans l’esprit sa condition de mortel, à se soumettre au destin, et à respecter les dieux en ne se considérant jamais comme l’un d’entre eux, démontre que le culte impérial par exemple n’était pas conforme au génie païen mais était une grave dérive. Ceci étant dit, les empereurs divinités étaient appelés des divi, des « divins » et non des dei, des dieux. Ils faisaient plutôt partie des héros, qui à l’instar d’Héraclès, méritaient de recevoir des hommages. Les héros étaient des protégés des dieux, des fils des dieux parfois, mais jamais des dieux eux-mêmes.

Enfin, il convient de souligner que contrairement aux mythes propagés par les chrétiens, le paganisme traitait indifféremment les hommes et les femmes. Sur l’Olympe, les dieux principaux étaient six dieux et six déesses, selon une parfaite parité, et le pouvoir de ces déesses n’était en rien inférieur à celui des divinités mâles. Dans la société aussi, à Rome comme chez les Celtes et les Germains, la femme était l’égale de l’homme, elle avait ainsi autant le droit de divorcer que lui. Beaucoup de pays du XXème siècle n’autorisent pas un tel droit. Ce n’est pas le paganisme qui a présenté la femme comme tentatrice ou encore comme responsable de la déchéance de l’homme (pêché originel). Ce n’est pas le paganisme qui a introduit la notion si choquante de « pêché de chair ». Comment en effet pourrait-on salir l’acte par lequel on doit l’existence. Les païens présentaient cet acte comme naturel et même sacré, patronné à Rome par la déesse Venus ou par l’habile archer, Cupidon.

Lors du mariage, à Rome, l’homme disait ainsi « je suis Gaius et tu es Gaia » et il ajoutait, comme en Inde, « je suis le ciel et tu es la terre ». En effet, l’union de deux êtres de sexe différent s’apparentait à une hiérogamie, un « mariage sacré » et rappelait au souvenir de l’assemblée réunie l’union du dieu du ciel et de la déesse de la terre et la création de l’univers. Dans certaines philosophies grecques, Erôs ou « Amour » était même le premier dieu.

Du « paganisme » monothéiste.

A la fin de l’empire romain, le paganisme dans cette partie de l’Europe connut une évolution surprenante, à savoir le renoncement progressif au polythéisme. Cela s’explique par une rupture dans l’idéologie politique dominante. Tant que la société correspondait aux canons d’une république, donc d’une polyarchie (pouvoir partagé entre de multiples dirigeants), le polythéisme accompagnait naturellement la vision dominante chez les citoyens. Du jour où le citoyen cesse de l’être et devient un sujet, et que l’empereur cesse d’être le premier des citoyens (« princeps ») pour devenir un seigneur (« dominus »), alors que le christianisme, certes marginal, semble progresser au sein de certaines élites et ambitionne de devenir dès le IIème siècle la religion de l’empereur, ce qui aura lieu sous Constantin, le paganisme officiel évolue. Il tend à devenir monothéiste, avec comme dieu unique Jupiter ou Sol Invictus. On consent parfois à respecter les autres dieux comme aspects de cette divinité unique, de ce Deus universel. Ce monothéisme « païen », essentiellement solaire, facilitera la victoire du christianisme au IVème siècle. L’empereur Julien lui-même n’aura pas recours au fort polythéisme ancestral pour combattre la religion nouvelle mais a une religion mystique basée sur le culte du seul soleil, que certains historiens appellent « néo-paganisme ».

Dans le monde scandinave, l’existence de multiples dieux, Odin et Thor en tête, fut combattue par des souverains qui voulaient renforcer le pouvoir royal et facilitèrent ainsi l’implantation du christianisme. C’est ainsi que naquit la monarchie de droit divin, le « césaro-papisme », renoncement à la conception républicaine et « libérale » de l’ancienne Europe. Le *regs indo-européen était une forme de président de la république élu par l’assemblée du peuple. Le rex chrétien est un souverain absolu. Le *regs était citoyen parmi les citoyens, le rex est au-dessus de tous, un être supérieur, représentant de Dieu sur terre au même titre que l’évêque de Rome devenu « pape ». N’oublions pas que le phénicien Moloch, nom odieux aux oreilles romaines, signifie « roi ».

Ainsi ce monothéisme « païen » peut être considéré comme une forme de trahison du paganisme, de la même façon que l’abandon de l’esprit républicain était la dimension politique d’une trahison civilisationnelle.

Conclusion : la renaissance païenne.

Un dernier élément caractéristique du paganisme est sa vision cyclique, voire hélicique (en spirale), de l’histoire, contrairement au christianisme qui possède une vision linéaire. Dans le conception cyclique pure, l’histoire est composée de quatre époques symbolisées chacune par un métal spécifique. Dans la conception hélicique, cycle et axe sont fusionnés, l’axe symbolisant l’axe cosmique ou la tradition éternelle, ce qui ne change pas et n’est pas affecté par la rotation.

Ainsi, la notion de « renaissance », qui est quasiment synonyme à celle de « révolution » en astronomie, de palingenesis en grec ancien comme de renouatio en latin, est fondamentalement liée à cette vision cyclique de l’histoire. La « renaissance » du paganisme européen depuis le XVème siècle, paganisme qui sort de la confidentialité seulement à partir de la fin du XXème siècle, n’est donc pas étonnante puisque conforme à la pensée religieuse qui lui est propre. Nous ne sommes aujourd’hui malgré tout qu’au début d’un processus de repaganisation de l’Europe, processus encore désorganisé et confus, ce qui sera le cas tant qu’un clergé organisé ne sera pas apparu et tant que les pouvoirs publics n’auront pas joué leur rôle. Ainsi les Romains païens de l’antiquité n’oubliaient pas que leurs institutions religieuses étaient nées autant de la volonté des hommes illustres, les rois Romulus et Numa Pompilius en tête, que des divinités.

Cet article, forcément trop court, répond à la nécessité d’avoir une vision plus précise de ce qu’est en vérité le paganisme ou polythéisme européen, et s’efforce de donner quelques clés destinées à permettre de répondre aux contre-vérités, historiographiques aussi bien que religieuses, propagées depuis des siècles sur cette noble religion de nos ancêtres, religion indigène de l’Europe.


Thomas FERRIER


Dernière édition par Ferrier le Mar 30 Déc - 18:21, édité 1 fois
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 17:59

- commentaire sur la terminologie -

Le terme français « paganisme » provient du latin paganismus, on l’a vu, et c’est ce terme qui a été retenu et adapté dans les pays de langue romane et/ou catholiques. On a ainsi l’italien paganesimo, l’espagnol paganismo, l’anglais paganism, mais aussi le polonais poganstwo, le lituanien poganys, l’albanais paganizmi, le gaélique paganaith et dans un certain nombre d’autres pays (Portugal, Lettonie, Estonie, Finlande, Hongrie, Tchéquie, Slovénie). Plus surprenant ce terme est également en usage en Serbie et en Belarus orthodoxes et même en Turquie musulmane.

Les peuples germaniques préfèrent se référer à la racine heid-, qui désigne la lande, l’espace non maîtrisé par l’homme, et que l’on retrouve ainsi dans l’anglais heathenism, dans l’allemand Heidentum, le néerlandais heidendom, le suédois hedendom, le danois hedenskob notamment.

Les peuples slaves se réfèrent plutôt à la racine yazik- qui désigne la langue. Ainsi a-t-on язычество en russe, et on retrouve des termes analogues en bulgare ou en ukrainien.

Enfin, en grec, le terme pour désigne le paganisme a évolué historiquement. Ainsi était-il ελληνίσμος, « hellénisme », puis εθνίσμος, « nationalisme » [ce qui correspond bien à une religion nationale par essence], enfin παγανίσμος en grec moderne, décalque du terme latin.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 18:51

Très bon exposé, en effet la monotheisation du paganisme a favorisé l'émergeance du christianisme, l'essentiel est de ne pas confondre un tel procédé avec la conscience du monisme qui ne fait que promouvoir l'unité du panthéon païen dans toute sa pluralité archetypale.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 19:00

Tous les mots autres que "polythéisme" me semblent avoir contribué à la victoire chrétienne. Plotin and co ont une grosse part de responsabilité, ne faisant d'ailleurs que subir ainsi une bien mauvaise influence égyptienne (via Ammonius Saccas). Ce monisme n'existe de toutes façons pas dans la religion indo-européenne originelle (non décadente) ni dans les religions romaine et grecque de la grande époque. Honnêtement je le vois d'un très mauvais oeil. Sur ce point, je suis d'un traditionnalisme sourcilleux.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 19:07

Ferrier a écrit:
Tous les mots autres que "polythéisme" me semblent avoir contribuer à la victoire chrétienne. Plotin and co ont une grosse part de responsabilité, ne faisant d'ailleurs que subir ainsi une bien mauvaise influence égyptienne (via Ammonius Saccas). Ce monisme n'existe de toutes façons pas dans la religion indo-européenne originelle (non décadente) ni dans les religions romaine et grecque de la grande époque. Honnêtement je le vois d'un très mauvais oeil. Sur ce point, je suis d'un traditionnalisme sourcilleux.

Le christianisme est monothéiste et dualiste car manichéen, ce qui n'a rien a voir avec le bithéisme on est d'accord?

Concernant le paganisme, c'est l'inverse, il est polythéiste et non dualiste, ce n'est pas une innovation (ce qui de toute façon ne me d&rengerait pas) mais un constat de la vision païenne qui, au lieu de prononcer une ségrégation morale, réconcilie l'homme avec sa nature profonde tout en l'incitant à la maitriser.

Affirmer l'unité du cosmos au lieu de le diviser en forces antoganistes fondées sur les axiomes de bien et de mal n'est en rien une porte ouverte au monothéisme mais bel et bien un bouclier, tu parles du monisme comme s'il équivalait à l'hénothéisme.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 19:10

J'ajoute en précisant que le therme monisme tel qu'il est utilisé ici n'a pas vocation à remplacer le polythéisme, pour la simple raison qu'il ne se situe pas au même niveau car étant une caractéristique de celui-ci.

Le rapport du monisme avec le polythéisme est du même ordre que celui du dualisme avec le monothéisme.
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 19:21

Soyons plus simples il me semble. Il y a un dieu suprême, Jupiter, un intercesseur plus proche de nous, Mars, et une variété de divinités sympathiques, masculines et féminines.
Notre Dieu est Zeus Père !

Le monisme c'est de concevoir l'univers comme un monde unifié, au-delà du bien et du mal, ok comme théorie philosophique mais je ne vois pas pourquoi l'évoquer quand on parle de religion.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 19:24

Ferrier a écrit:
Soyons plus simples il me semble. Il y a un dieu suprême, Jupiter, un intercesseur plus proche de nous, Mars, et une variété de divinités sympathiques, masculines et féminines.
Notre Dieu est Zeus Père !

Le monisme c'est de concevoir l'univers comme un monde unifié, au-delà du bien et du mal, ok comme théorie philosophique mais je ne vois pas pourquoi l'évoquer quand on parle de religion.

Bon si tu veux, je le fais simplement pour mettre en exergue un des profonds clivages entre l'éthique païenne et judéo-chrétienne.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 19:28

D'accord, je comprends mieux. Je suis tu le sais fort hostile au néo-platonisme, mais n'étant pas idiot non plus j'espère, je sais différencier un Plotin (beurk) ou un Porphyre (dont l'antichristianisme ne suffit pas à faire un païen comme je les aime) d'un Proclus que j'aime beaucoup par exemple. Simplicius, Damascius et les derniers fidèles de l'Académie étaient progressivement retournés vers un polythéisme affirmé.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 19:41

Ferrier a écrit:
D'accord, je comprends mieux. Je suis tu le sais fort hostile au néo-platonisme, mais n'étant pas idiot non plus j'espère, je sais différencier un Plotin (beurk) ou un Porphyre (dont l'antichristianisme ne suffit pas à faire un païen comme je les aime) d'un Proclus que j'aime beaucoup par exemple. Simplicius, Damascius et les derniers fidèles de l'Académie étaient progressivement retournés vers un polythéisme affirmé.

Nous sommes d'accords.
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Balthazar
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 20:14

Citation :
les différentes épouses de Zeus ne sont que les différents aspects de la déesse de la terre, sa seule épouse. Hêra, Lêtô, Dêmêtêr, Danaê et Sêmêlê incarnaient la Terre au sens strict, de par leur étymologie, alors que Mêtis représentait la prudence de la déesse chtonienne, et que Dionê, signifiant « celle de Zeus », rappelait sa condition d’épouse du dieu du ciel.
Attention, le "paganisme monothéiste" guette. ^

Citation :
la fin de l’empire romain, le paganisme dans cette partie de l’Europe connut une évolution surprenante, à savoir le renoncement progressif au polythéisme. Cela s’explique par une rupture dans l’idéologie politique dominante. Tant que la société correspondait aux canons d’une république, donc d’une polyarchie (pouvoir partagé entre de multiples dirigeants), le polythéisme accompagnait naturellement la vision dominante chez les citoyens. Du jour où le citoyen cesse de l’être et devient un sujet, et que l’empereur cesse d’être le premier des citoyens (« princeps ») pour devenir un seigneur (« dominus »), alors que le christianisme, certes marginal, semble progresser au sein de certaines élites et ambitionne de devenir dès le IIème siècle la religion de l’empereur, ce qui aura lieu sous Constantin, le paganisme officiel évolue. Il tend à devenir monothéiste
Et comment rends-tu compte de l'apparition du polythéisme ?

Citation :
Dans le monde scandinave, l’existence de multiples dieux, Odin et Thor en tête, fut combattue par des souverains qui voulaient renforcer le pouvoir royal et facilitèrent ainsi l’implantation du christianisme. C’est ainsi que naquit la monarchie de droit divin, le « césaro-papisme », renoncement à la conception républicaine et « libérale » de l’ancienne Europe.
Mais le roi à Rome était Pontifex Maximus depuis le début de l'institution, bien avant la République et sa décadence puis mort, me semble.

Sinon je trouve qu'il est un peu trop question des turcs...

Et j'ajouterais que plus que seulement observer qu'elle a facilité la victoire du christianisme, il serait peut-être plus fructueux de considérer en quoi la transformation du paganisme gréco-romain (et de ce qui en est issu, je pense évidemment à la philosophie / et je re-recommande vivement la lecture de http://www.amazon.fr/Religion-Philosophy-Origins-Western-Speculation/dp/0486433722/ref=sr_1_4?ie=UTF8&s=english-books&qid=1230667895&sr=8-4) a participé et continue de participer de ce christianisme. Je pense tout particulièrement aux éléments clés de la trinité, de l'Incarnation, de l'icônologie, du pouvoir temporel du clergé (le pape comme nouveau roi/pontife impérial), de la spéculation ontologique comme sous-bassement cardinal de la théologie, et cetera...
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Balthazar
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mar 30 Déc - 20:42

Citation :
Ce monisme n'existe de toutes façons pas dans la religion indo-européenne originelle (non décadente) ni dans les religions romaine et grecque de la grande époque. Honnêtement je le vois d'un très mauvais oeil. Sur ce point, je suis d'un traditionnalisme sourcilleux.
Extrait (p.12 ff.) du livre recommandé ci-dessus, en guise de réponse :

Citation :
The Gods of Homer are limited. They are indeed exempt from age and death; but they are not eternal. They are younger than the world, into which they were born. Nor are they almighty, though man is powerless against them. What limits their power, however, is not what we call natural law: on the contrary, miracles are their peculiar function. They are limited by Destiny (Moira), which they did not make and against which they cannot stand.
The Gods cannot save even a man whom they love when the "dread fate of death" lays hold upon him (Od. iii. 236). Zeus himself laments that it is "fate" that his son, Sarpedon, dearest to him of all men, must die at the hands of Patroclus (Il. xvi. 433). He "does not venture to undo what fate decrees" (Pind. Paean. vi. 94). "It is impossible even for a God to avoid the fate that is ordained" (Herod. i. 91). "What is ordained," says Athena in Euripides, using Anaximander's word (to chreon), "is master of the Gods and thee" (1. T. 1486). Prometheus tells the Okeanids that the Moirai and Erinyes hold the tiller of Necessity, and that Zeus, if not weaker than they, cannot escape what is decreed by fate (Aesch. P. V. 531).

Il continue en expliquant que le sens premier de Moira était celui de disposition/allottement/dispensation/part... Spatial, donc, plutôt que temporel. Originellement impersonnelle, sans intelligence, ni dessin. Puis qu'Hésiode en décrit une part du processus évolutif qui en fait un sujet, tout particulièrement par le fait que Zeus opéra un poutsch : sur les conseils de Styx (une forme de la Moira), après sa victoire sur les Titans, il s'arroge le pouvoir suprême (alors qu'il n'était pas supérieur à Hades & Poséidon précédemment), et à la fin de ce passage, il n'est plus dépendant de Styx mais au contraire lui octroye comme un privilège d'être "le Grand Serment des Dieux", et cetera.

Bref, je ne pense vraiment pas que le polythéisme athénien soit une forme traditionnelle par excellence. C'est juste une phase parmi tant d'autres sur un continuum débutant avant même le totémisme, et qui n'a probablement pas été dominant plus d'un demi-millénaire ou deux (à tout casser).
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Bruno
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Mer 31 Déc - 9:58

Très bon exposé.

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alexandre
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Dim 1 Mar - 14:29

Citation :
« Religion du pays », le paganisme a en effet la caractéristique principale d’être une religion ethnique, populaire, fondée sur l’identité et l’enracinement. Les deux paganismes indo-européens survivants, l’hindouisme et le zoroastrisme, interdisent d’ailleurs aux étrangers, non-indiens ou non-iraniens, la conversion. Ne peut être hindou qu’un indien, y compris un ex-musulman. Ne peut être zoroastrien qu’un iranien.

Cependant, des Gaulois ont adoré des dieux grecs, des grecs ont adoré des dieux égyptiens, etc. Le paganisme a un fort rapport au lieu, mais pas besoin d'etre grec pour adorer les dieux grecs, pas besoin d'etre gaulois pour adorer les dieux gaulois...

Citation :
Je suis tu le sais fort hostile au néo-platonisme, mais n'étant pas idiot non plus j'espère, je sais différencier un Plotin (beurk) ou un Porphyre (dont l'antichristianisme ne suffit pas à faire un païen comme je les aime) d'un Proclus que j'aime beaucoup par exemple. Simplicius, Damascius et les derniers fidèles de l'Académie étaient progressivement retournés vers un polythéisme affirmé.

Ils reprennent pourtant l'idée de l'Un, que tu reproches à Plotin, et étaient bien plus orientalisés que lui (Proclus priait des dieux arabes, syriens etc, Jamblique est tout pétri de mystique égyptienne...). Plus le néoplatonisme a évolué, plus il s'est éloigné du rationalisme grec et approché de la mystique orientale, tous les spécialistes te le diront. Un peu de cohérence serait de mise... D'autre part, un philosophe de l'envergure de Plotin mérite mieux qu'un "beurk", tu ne crois pas ?
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Dim 1 Mar - 15:10

Citation :
Cependant, des Gaulois ont adoré des dieux grecs, des grecs ont adoré des dieux égyptiens, etc. Le paganisme a un fort rapport au lieu, mais pas besoin d'etre grec pour adorer les dieux grecs, pas besoin d'etre gaulois pour adorer les dieux gaulois...

L'adoption de divinités étrangères au sens fort était très mal vue. Auguste fit ainsi interdire à Rome les cultes égyptiens. En revanche, par le biais de l'interpretatio romana, les divinités ethno-compatibles pouvaient être adoptées. Ce phénomène d'interprétation marchait d'ailleurs dans les deux sens. Des Romains ainsi pouvaient honorer un (Jupiter) Taranis alors que des Celtes pouvaient adorer Quirinus et des Germains Mars. Et ce dans le cadre d'un même pays, l'empire romain. Mais, originellement, il fallait être grec pour pratiquer le culte hellénique.

Le néo-platonisme, du fait des influences théurgiques, a eu de mauvais côtés, mais il ne me semble pas que Proclus ait honoré d'autres dieux que ceux des Grecs par exemple. Le cosmopolitisme géopolitique de l'empire romain fut d'une manière générale une très mauvaise chose.
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alexandre
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Sam 7 Mar - 18:39

Citation :
L'adoption de divinités étrangères au sens fort était très mal vue. Auguste fit ainsi interdire à Rome les cultes égyptiens.

Mais bien avant cela, le peuple romain adopta Cybèle, divinité phrygienne... Quand aux dieux égyptiens après quelques frictions, ils seront parfaitement intégrés, et Apulée pourra rendre un vibrant hommage à Isis dans l'Ane d'or.

Citation :
Mais, originellement, il fallait être grec pour pratiquer le culte hellénique.

Mais qu'est-ce qu'etre Grec ? Isocrate, à l'époque classique a dit que les grecs étaient une culture, bien plus qu'un peuple. De fait, qui niera que Lucien de Samosate, né en Syrie, que Salloustios, Gaulois d'origine, aient été de parfaits grecs ? A mon sens, ces gens, qui parlaient un excellent grec et étaient tous pétris de culture hellénique étaient bien plus grecs qu'un paysan thessalien ne sachant même pas écrire, ne connaissant ni Platon, ni Sophocle, etc.

Citation :
Le néo-platonisme, du fait des influences théurgiques, a eu de mauvais côtés, mais il ne me semble pas que Proclus ait honoré d'autres dieux que ceux des Grecs par exemple.

Je te conseille la relecture de Marinos, disciple de Proclus qui te dément clairement.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Sam 7 Mar - 19:03

Citation :
Mais bien avant cela, le peuple romain adopta Cybèle, divinité phrygienne... Quand aux dieux égyptiens après quelques frictions, ils seront parfaitement intégrés, et Apulée pourra rendre un vibrant hommage à Isis dans l'Ane d'or.

Il est reconnu depuis longtemps, depuis Renan jusqu'à Cumont et Turcan, que les religions orientales ont fait le lit du christianisme, et que l'attachement aux divinités traditionnelles est un acte de résistance. De la même façon, Ménard a démontré que l'adoption, surtout par les femmes, de divinités étrangères (comme Adonis en Grèce) était un symptôme de décadence. On lit aussi sous la plume d'un Juvénal tout ce qu'il pouvait penser de l'introduction de ces religions allogènes à Rome.
Auguste restaure les dieux traditionnels de Rome, à la seule exception d'Apollon, divinité romanisée quatre siècles auparavant, mais en version romanisée, sous la forme d'Apollo Palatinus.

Les quatre divinités mises en avant par Auguste, en plus de la Venus Genetrix traditionnelle des Iulii, furent Vesta, protectrice du feu sacré de la romanité éternelle, Jupiter Tonnant, Mars Vengeur et Apollon Palatin. Pas d'Isis, pas de Baal de Dolichê, pas d'El Gabal...

Citation :
Mais qu'est-ce qu'etre Grec ? Isocrate, à l'époque classique a dit que les grecs étaient une culture, bien plus qu'un peuple.


Isocrate ailleurs explique qu'on est grec par l'ascendance et par la culture, comme le développe aussi Aristote, comme dans le droit athénien de Périclès d'ailleurs. Isocrate cherche à obtenir le soutien des Macédoniens, qui n'étaient pas considérés comme grecs à l'époque, et donc élargit sa définition de l'hellénité pour les y englober.

Citation :
De fait, qui niera que Lucien de Samosate, né en Syrie, que Salloustios, Gaulois d'origine, aient été de parfaits grecs ? A mon sens, ces gens, qui parlaient un excellent grec et étaient tous pétris de culture hellénique étaient bien plus grecs qu'un paysan thessalien ne sachant même pas écrire, ne connaissant ni Platon, ni Sophocle, etc.

Ce n'est pas la vision que j'en ai. Je suis d'une manière générale très hostile à ce qu'a été l'empire romain, et pour ma part un peuple ne se définit pas principalement par la langue ou la culture. Un grec illettré était grec, et les graeculi ne l'ont jamais été. Cela ne signifie pas qu'ils n'aient eu aucun talent. En outre, un auteur en latin ou en grec ne se considérait pas nécessairement comme un grec, éventuellement comme un romain. En outre, la romanisation linguistique de l'Europe, romanisation qui en revanche n'existait que très superficiellement en Asie et en Afrique, ne fut pas une très bonne chose, même si c'est la christianisation qui fut au final le principal facteur de latinisation.
Selon moi, le cosmopolitisme impérial fut le fossoyeur de la romanité authentique, et ce n'est pas étonnant que le christianisme au final s'impose, conséquence finale d'une orientalisation de trois siècles. Auguste a malheureusement échoué à régénérer la romanité, malgré l'éclat de son règne.

Citation :
Je te conseille la relecture de Marinos, disciple de Proclus qui te dément clairement.

Nul n'est parfait. D'ailleurs, même Gémisthe Pléthon était influencé par des courants autres, comme le zoroastrisme. En abandonnant la dimension ethnique qui soutient l'édifice du paganisme, par un cosmopolitisme romain décadent, par une mauvaise géopolitique par ailleurs, ce dernier n'a pas pu offrir la résistance naturelle qu'il aurait dû opposer au christianisme. Si l'hindouisme a résisté, c'est parce qu'il n'a pas abandonné cette conception.
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alexandre
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Sam 7 Mar - 19:24

Citation :
De la même façon, Ménard a démontré que l'adoption, surtout par les femmes, de divinités étrangères (comme Adonis en Grèce) était un symptôme de décadence.

J'adore Ménard, mais je n'adhère pas à sa vision des choses. Pour moi, il n'y a décadence qu'avec la christianisation.

Citation :
pour ma part un peuple ne se définit pas principalement par la langue ou la culture.

Et par quoi donc se définit-il ? Pour ma part je crois que c'est essentiellement par la langue, l'histoire et la culture.


Citation :
Si l'hindouisme a résisté, c'est parce qu'il n'a pas abandonné cette conception.

C'est peut etre aussi par le fait que le christianisme ne pouvait noyauter la société hindoue comme il a fait en Europe.
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Sam 7 Mar - 19:40

La christianisation a été préparée de fait; certaines conditions ont facilité sa "prise de pouvoir". L'abandon de la vision républicaine, c'est à dire polyarchique, que même Auguste avait préservée (princeps, id est primus inter pares, non primus supra pares), est une des raisons. L'ouverture aux religions orientales en est une autre. Le paganisme romain, comme le grec, était issu du paganisme IE, alors que les religions orientales, sauf le mithraïsme, venaient du paganisme afrasien.

Pour moi, un peuple se définit par son socle anthropologique et civilisationnel (langue, culture et religion compris), les deux dimensions et non une seule.

Le paganisme est une religion ethnique. S'il se cosmopolitise, il perd tout crédit. Il s'effondre. Et est remplacé par une religion cohérente en cosmopolitisme, comme le christianisme. La cosmopolitisation de Rome fut sa perte. Décadente, elle succomba au christianisme et sombra dans les invasions germaniques qui, paradoxalement, le régénèrent quelque peu.

A la rivière froide, Romains et Francs combattirent ensemble l'armée chrétienne et ses contingents orientaux et hunniques.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Dim 8 Mar - 1:06

J'ai cru comprendre, Ferrier, que tu percevais les dieux comme des êtres supérieurs jouissant d'une pleine conscience, dans cette optique ne penses-tu pas que les dieux sont universels dans leur fond bien que reconnus sous des aspects différents par des peuples détenteurs de traditions particulières?

Evidamment, je n'ais pas l'intention d'instrumentaliser l'argument portant sur l'universalité des dieux en vu de prêcher une quelconque démarche syncrétique, phénomène que je condamne.
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Balthazar
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Dim 8 Mar - 4:43

Il serait intéressant que quelqu'un de calé, peut-être toi Thomas, rédige une note récapitulant toutes les grandes critiques ayant été émises à l'encontre des abrahamismes/mosaïsmes (notamment la critique du christianisme par Celse, et bcp d'autres occurences encore ; dans un autre genre, il y a peut-être des critiques mazdéennes, hindoues, bouddhistes, taoistes et confucianistes, shintoistes... des abrahamismes/mosaïsmes auxquelles ces aires ont été exposées, parfois extrêmement violemment). Critiquer l'ennemi d'une chose étant servir la cause de cette dernière.


Dernière édition par Balthazar le Dim 8 Mar - 18:49, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Dim 8 Mar - 10:46

Algiz a écrit:
J'ai cru comprendre, Ferrier, que tu percevais les dieux comme des êtres supérieurs jouissant d'une pleine conscience, dans cette optique ne penses-tu pas que les dieux sont universels dans leur fond bien que reconnus sous des aspects différents par des peuples détenteurs de traditions particulières?

Evidamment, je n'ais pas l'intention d'instrumentaliser l'argument portant sur l'universalité des dieux en vu de prêcher une quelconque démarche syncrétique, phénomène que je condamne.

A partir du moment où les dieux patronnent les forces de la nature, présentes dans l'ensemble du cosmos, donc de l'univers, bien entendu les dieux ont une forme d'universalité, mais leur représentation ou leur culte ne sont pas identiques partout sur la planète. Il n'y a pas de tradition universelle.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Dim 8 Mar - 19:05

Pense-tu que les hommes sont non pas seulement le centre de leur monde, mais le centre du monde tout court ?
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Jeu 12 Mar - 23:57

Ferrier a écrit:
Algiz a écrit:
J'ai cru comprendre, Ferrier, que tu percevais les dieux comme des êtres supérieurs jouissant d'une pleine conscience, dans cette optique ne penses-tu pas que les dieux sont universels dans leur fond bien que reconnus sous des aspects différents par des peuples détenteurs de traditions particulières?

Evidamment, je n'ais pas l'intention d'instrumentaliser l'argument portant sur l'universalité des dieux en vu de prêcher une quelconque démarche syncrétique, phénomène que je condamne.

A partir du moment où les dieux patronnent les forces de la nature, présentes dans l'ensemble du cosmos, donc de l'univers, bien entendu les dieux ont une forme d'universalité, mais leur représentation ou leur culte ne sont pas identiques partout sur la planète. Il n'y a pas de tradition universelle.


Oui c'est ainsi que je vois les choses.
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MessageSujet: Re: Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?   Aujourd'hui à 18:02

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Qu’est-ce que le paganisme (européen) ?
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