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 La crise de l'enseignement français

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Eisner
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Nombre de messages : 77

MessageSujet: La crise de l'enseignement français   Jeu 1 Mai - 9:56

La crise de l'enseignement français.


La crise de l'enseignement français est en tout point semblable à celle de la société. Le monde de la pédagogie est seul à la nier aujourd'hui. En dehors elle est couramment décrite comme la convergence d'un certain nombre d'éléments constituant un écheveau complexe.

1) Les spectateurs lucides de la débâcle dénoncent le plus souvent le culte de "l'enfant créateur de son propre savoir". Il n'y a rien à transmettre, tout à construire. Comme apprendre doit se faire dans la joie, sans le moindre effort, c'est beaucoup plus pratique. On n'est soumis à aucun impératif de résultat. En même temps on ne risque pas d'être accusé de privilégier un modèle. Grâce à cela on peut s'abriter derrière l'excuse suprême: on ne saurait se plaindre de la médiocrité actuelle de l'enseignement délivré, quand on sait que, de nos jours au moins, on enseigne l'antiracisme.

C'est ce qui explique notamment le désintérêt fondamental pour l'apprentissage de la lecture. Pourquoi donner, dès que possible, à l'enfant une autonomie lui permettant d'accéder à tous nos auteurs classiques, nécessairement connotés et pas toujours très corrects? On préfère lui apprendre à "lire la télé", comme le faisait l'émission "retour sur images". Ou alors, quand il s'agit de textes, on privilégie, dans le second degré, l'analyse du mode d'emploi de la machine à laver.

L'enseignement de l'Histoire ne doit fournir aucun repère, aucune valeur. On étudiera des textes, sortis de leur contexte, pour les analyser dans un absolu qui n'est que vacuité. C'est bien plus pratique aussi. Aucune connaissance n'est nécessaire. Même la laïcité traditionnelle était trop lourde à porter. Aussi la laïcité nouvellement repensée est-elle définie comme une "empathie envers toutes les religions", ce qui permet n'importe quoi.

Il est un peu plus difficile d'expliquer de la même façon la destruction de l'enseignement des sciences. Cependant, au "lire la télé" correspond le "calculer à la calculatrice". On n'apprend plus sérieusement ni à compter, ni les opérations. En physique, au lycée, l'expérimentation se fait sur des ordinateurs qui l'on prédigérée. En mathématiques, on ne démontre plus; on apprend des "vérités" sans les comprendre.

Cette idéologie renvoie tout simplement à la négation par la société moderne de toute référence à une civilisation, à un patrimoine culturel. En particulier on doit se méfier des références européennes, quelles qu'elles soient. Comme on veut définir l'Europe comme un lieu priviligié de mondialité, c'était bien sûr une nécessité. Il faut que la leçon nous soit faite par quelqu'un parlant du dehors comme Elie Barnavi, lequel ose encore parler de civilisation.

2) Certains mettent l'accent sur le libéralisme, qui serait le véritable moteur de la débâcle. Dans la société post-industrielle d'aujourd'hui, on a besoin de quelques élites très performantes, on n'a plus besoin d'un grand nombre d'artisans instruits et qualifiés. Ce n'est peut-être pas tout à fait vrai; les PME ont vraiment besoin d'employés correctement éduqués et instruits. Mais peu de gens le savent.

Donc l'enseignement ne vise pas à former des hommes libres, mais des consommateurs dociles. Au lieu de savoir lire, ils se contenteront de reconnaître des "signaux". Au lieu de dominer les machines, ils en seront les esclaves. Il n'y a qu'a voir l'absence totale de l'esprit critique le plus élémentaire chez les présentateurs de télévision, voire les journalistes politiques, pour mesurer les résultats.

Comment expliquer cette victoire du libéralisme? Une société qui n'a plus de racines communes et de destin à partager est nécessairement individualiste. Faute de solidarité, c'est vers le libéralisme qu'elle se tourne. C'est peut-être une réaction de défense. Si la solidarité ne profite qu'aux autres, surtout à tous ceux qui ne se rattachent pas à cette longue marche collective vers le progès social qu'a connu l'Europe jusqu'il y a quelques décennies, alors supprimons la solidarité.

3) D'autres encore considérent la débâcle en observant la sociologie de ses acteurs. Les responsables du monde éducatif --- ceux qu'un illustre mathématicien a mis en parallèle avec des Khmers rouges à qui on demanderait de constituer un tribunal international --- forment d'abord un clan de médiocres.

C'est ce qui fait qu'une foule de gadgets a pu envahir l'éducation, dont la mode des calculatrices est un exemple parmi d'autres. Toutes les innovations sont bonnes, car on y puise une diversion pour camoufler l'échec retentissant des apprentissages de base.

Comme tous les médiocres, les responsables tiennent surtout à rester en place. Ils ont constitué, avec le monde des pédagogistes dont ils sont issus, un glacis pseudo-scientifique prompt à leur prêter main forte. Surtout ils ont tissé un réseau d'associations capables de s'opposer aux vélléités de quelques ministres plus ou moins courageux ou plus ou moins maladroits. Ces dernières réagissent en bloc en cas d'attaque supposée sur les positions de l'une d'elles, sans prendre le temps d'un moindre recul, ce qui fait leur force.

On a vu que le libéralisme était le principal responsable de l'état de l'Ecole. On peut s'étonner que bien des responsables et des enseignants s'en accommodent quand on sait que la grande majorité des uns et des autres est "à gauche". Sont-ils les alliés du grand capital? La réponse est clairement oui.

A cette médiocrité des responsables de l'éducation correspond celle de nos hommes politiques et plus généralement de nos décideurs. Qu'on observe le niveau de la pensée des membres actuels du parti socialiste, lesquels sont incapables d'adresser la moindre critique intelligente à l'encontre d'un Nicolas Sarkozy qui en mériterait pourtant beaucoup. C'est le résultat d'un "politiquement correct" sur lequel veillent aussi de nombreuses associations et autres groupes, lesquels contrôlent les grands médias. Tout discours nouveau est jugé potentiellement dangereux et l'on s'y oppose sans réfléchir, avec la plus parfaite mauvaise foi.

C'est aussi le politiquement correct "de gauche" qui fait que certains syndicats défendent aujourd'hui les briseurs de droits sociaux que sont les travailleurs illégaux embauchés par des patrons "négriers" à qui l'on ne reprochera rien non plus. Il faut d'ailleurs noter que certaines organisations liées à l'enseignement pensent plus à refaire un n-ème tour des présidentielles qu'à l'instruction des masses.

4) Selon d'autres enfin, la querelle sur le système éducatif a tendance à se porter sur les méthodes pédagogiques à appliquer dans la classe; les uns seraient partisans d'un enseignement "transmissif" où le professeur donnerait les règles et demanderait de les appliquer tandis que les autres défendraient un enseignement "constructif", jouant sur l'intuition naturelle de l'élève. Elle s'intéresserait exagérément aussi aux horaires affectés aux disciplines et à la difficulté des contenus. En fait il n'y aurait pas autant d'opposition qu'il y paraît sur ces sujets. L'enseignement a toujours équilibré les aspects "transmissif" et "constructif". Quant aux contenus, les ambitions affichées aujourd'hui sont souvent démesurées. C'est d'abord par manque de cohérence qu'ils pêchent. Surtout les exigences sont placées très bas quand les ambitions sont très haut.

Si les programmes d'aujourd'hui sont aberrants dans toutes les disciplines, ce serait le fait d'un contresens majeur de nature épistémologique sur les objectifs de leur enseignement, sur les grandes lignes des contenus à y mettre. C'est par exemple un contresens sur la signification même de l'acte de lecture, qu'on réduit à la prise d'une posture de lecteur, de l'objet du calcul, qu'on met sur le plan du calcul assisté par une machine, plus généralement des sciences, où l'on se cherche surtout à singer l'attitude du chercheur. Bref on se tromperait sur la finalité profonde des spécialités. D'une part il n'est de contenu noble que scientifique et on méprise les humanités. D'autre part on ne retient des sciences et des humanités que les aspects à la mode, cherchant à les rendre à tout prix plus "sexy", au détriment de tout ce qu'elles pourraient avoir de structurant pour la pensée.

L'enseignement universitaire porte une grande part de responsabilité dans les contresens signalés, parce qu'il a commis lui-même les erreurs dont sont aujourd'hui victimes les enseignements des autres degrés. Les étudiants mal formés qui sont sortis hier de l'université sont aujourd'hui les décideurs de notre système éducatif.

Aux discussions de détail sur la pédagogie correspond le champ étroit dans lequel s'exerce une politique nationale, contrainte par des protocoles et traités internationaux ou par une constitution verrouillée en cachette. La politique menée par le gouvernement n'est guère criticable si on la situe dans son contexte. Le plus grand reproche que l'on peut adresser à nos dirigeants est de nous mentir sur les contraintes. Cependant si l'un d'entre eux s'y risquait aujourd'hui il serait aussitôt carbonisé.

C'est en effet l'encerclement juridique que la politique doit briser avant d'entreprendre quoi que ce soit. Mais il faut pour cela un nouveau cadre; il faut la République européenne.

Conclusion.

Comme on le voit, résoudre la crise de l'enseignement n'est possible qu'en résolvant celle de la société en général. Mais d'un autre côté la débâcle de l'Ecole engendre une société médiocre. Donc tout se tient.


Peter Eisner
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olivier carbone
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MessageSujet: Re: La crise de l'enseignement français   Jeu 1 Mai - 13:45

Merci pour cette analyse.
Belle conclusion, sur médiocrité dans l'ensemble de la société.
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