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 Islam et Europe ?

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Ferrier
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MessageSujet: Islam et Europe ?   Sam 5 Avr - 7:40

Citation :
Sylvain Gouguenheim : et si l'Europe ne devait pas ses savoirs à l'islam ?

LE MONDE DES LIVRES | 03.04.08 | 13h04 • Mis à jour le 03.04.08 | 13h04

Etonnante rectification des préjugés de l'heure, ce travail de Sylvain Gouguenheim va susciter débats et polémiques. Son thème : la filiation culturelle monde occidental-monde musulman. Sur ce sujet, les enjeux idéologiques et politiques pèsent lourd. Or cet universitaire des plus sérieux, professeur d'histoire médiévale à l'Ecole normale supérieure de Lyon, met à mal une série de convictions devenues dominantes. Ces dernières décennies, en suivant notamment Alain de Libera ou Mohammed Arkoun, Edward Saïd ou le Conseil de l'Europe, on aurait fait fausse route sur la part de l'islam dans l'histoire de la culture européenne.


Que croyons-nous donc ? En résumé, ceci : le savoir grec antique - philosophie, médecine, mathématique, astronomie -, après avoir tout à fait disparu d'Europe, a trouvé refuge dans le monde musulman, qui l'a traduit en arabe, l'a accueilli et prolongé, avant de le transmettre finalement à l'Occident, permettant ainsi sa renaissance, puis l'expansion soudaine de la culture européenne. Selon Sylvain Gouguenheim, cette vulgate n'est qu'un tissu d'erreurs, de vérités déformées, de données partielles ou partiales. Il désire en corriger, point par point, les aspects inexacts ou excessifs.


"AGES SOMBRES"


Y a-t-il vraiment eu rupture totale entre l'héritage grec antique et l'Europe chrétienne du haut Moyen Age ? Après l'effondrement définitif de l'Empire romain, les rares manuscrits d'Aristote ou de Galien subsistant dans des monastères n'avaient-ils réellement plus aucun lecteur capable de les déchiffrer ? Non, réplique Sylvain Gouguenheim. Même devenus ténus et rares, les liens avec Byzance ne furent jamais rompus : des manuscrits grecs circulaient, avec des hommes en mesure de les lire. Durant les prétendus "âges sombres", ces connaisseurs du grec n'ont jamais fait défaut, répartis dans quelques foyers qu'on a tort d'ignorer, notamment en Sicile et à Rome. On ne souligne pas que de 685 à 752 règne une succession de papes... d'origine grecque et syriaque ! On ignore, ou on oublie qu'en 758-763, Pépin le Bref se fait envoyer par le pape Paul Ier des textes grecs, notamment la Rhétorique d'Aristote.

Cet intérêt médiéval pour les sources grecques trouvait sa source dans la culture chrétienne elle-même. Les Evangiles furent rédigés en grec, comme les épîtres de Paul. Nombre de Pères de l'Eglise, formés à la philosophie, citent Platon et bien d'autres auteurs païens, dont ils ont sauvé des pans entiers. L'Europe est donc demeurée constamment consciente de sa filiation à l'égard de la Grèce antique, et se montra continûment désireuse d'en retrouver les textes. Ce qui explique, des Carolingiens jusqu'au XIIIe siècle, la succession des "renaissances" liées à des découvertes partielles.

La culture grecque antique fut-elle pleinement accueillie par l'islam ? Sylvain Gouguenheim souligne les fortes limites que la réalité historique impose à cette conviction devenue courante. Car ce ne furent pas les musulmans qui firent l'essentiel du travail de traduction des textes grecs en arabe. On l'oublie superbement : même ces grands admirateurs des Grecs que furent Al-Fârâbî, Avicenne et Averroès ne lisaient pas un mot des textes originaux, mais seulement les traductions en arabe faites par les Araméens... chrétiens !

Parmi ces chrétiens dits syriaques, qui maîtrisaient le grec et l'arabe, Hunayn ibn Ishaq (809-873), surnommé "prince des traducteurs", forgea l'essentiel du vocabulaire médical et scientifique arabe en transposant plus de deux cents ouvrages - notamment Galien, Hippocrate, Platon. Arabophone, il n'était en rien musulman, comme d'ailleurs pratiquement tous les premiers traducteurs du grec en arabe. Parce que nous confondons trop souvent "Arabe" et "musulman", une vision déformée de l'histoire nous fait gommer le rôle décisif des Arabes chrétiens dans le passage des oeuvres de l'Antiquité grecque d'abord en syriaque, puis dans la langue du Coran.

Une fois effectué ce transfert - difficile, car grec et arabe sont des langues aux génies très dissemblables -, on aurait tort de croire que l'accueil fait aux Grecs fut unanime, enthousiaste, capable de bouleverser culture et société islamiques. Sylvain Gouguenheim montre combien la réception de la pensée grecque fut au contraire sélective, limitée, sans impact majeur, en fin de compte, sur les réalités de l'islam, qui sont demeurées indissociablement religieuses, juridiques et politiques. Même en disposant des oeuvres philosophiques des Grecs, même en forgeant le terme de "falsafa" pour désigner une forme d'esprit philosophique apparenté, l'islam ne s'est pas véritablement hellénisé. La raison n'y fut jamais explicitement placée au-dessus de la révélation, ni la politique dissociée de la révélation, ni l'investigation scientifique radicalement indépendante.

Il conviendrait même, si l'on suit ce livre, de réviser plus encore nos jugements. Au lieu de croire le savoir philosophique européen tout entier dépendant des intermédiaires arabes, on devrait se rappeler le rôle capital des traducteurs du Mont-Saint-Michel. Ils ont fait passer presque tout Aristote directement du grec au latin, plusieurs décennies avant qu'à Tolède on ne traduise les mêmes oeuvres en partant de leur version arabe. Au lieu de rêver que le monde islamique du Moyen Age, ouvert et généreux, vint offrir à l'Europe languissante et sombre les moyens de son expansion, il faudrait encore se souvenir que l'Occident n'a pas reçu ces savoirs en cadeau. Il est allé les chercher, parce qu'ils complétaient les textes qu'il détenait déjà. Et lui seul en a fait l'usage scientifique et politique que l'on connaît.

Somme toute, contrairement à ce qu'on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l'islam. En tout cas rien d'essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l'histoire à l'heure est aussi fort courageux.

Roger-Pol Droit
Article paru dans l'édition du 04.04.08
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cycas
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MessageSujet: Aristote au Mont Saint-Michel   Sam 20 Sep - 16:28

Je suis en train de lire cet ouvrage de Sylvain Gouguenheim, médiéviste de formation.

L'auteur remet les choses en place et démontre que le soi-disant Islam des Lumières qui aurait permis à l'Europe de rédécouvrir les Grecs oubliés au Moyen-Âge n'est qu'un mythe.

L'Europe n'avait jamais oublié Aristote, des Grec exilés en Italie ou en Europe du Nord ont transmis cet héritage, tout comme des moines copistes dont Jacques de Venise qui traduisait au Mont Saint-MIchel.
L'Empire Byzantin a également joué un rôle dans la sauvegarde et la transmission de la pensée antique.

Les arabo-musulmans n'auraient donc strictement rien transmis, ils ont simplement puisé dans ces connaissances qui leur étaient traduites par ceux qu'ils avaient conquis. Et les divers califes gardaient comme médecins personnels des chrétiens au savoir-faire inégalé...

Une lecture utile alors que l'on ne cesse de nous culpabiliser avec cette dette morale envers le monde musulman qui aurait éclairé une Europe plongée dans les ténèbres.
On voit la récupération politique qui peut en être faite, si les musulmans ont apporté des connaissances, ils en apporteront encore aujourd'hui et il faut donc voir leur venue comme une richesse et considérer leurs savants comme des élites intellectuelles qui aideront l'Europe à progresser.
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olivier carbone
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Sam 20 Sep - 17:23

Merci à vous d'aider au plus grand nombre, de remettre les choses à leur place.
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cycas
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Sam 20 Sep - 18:31

Citation :
De plus le Christianisme qui apportât la destruction n'est pas européen et est frère d'Islam.

Que le marteau de Thor sonne les tempêtes contre tous ennemis !

Il faut, à mon avis, dépasser la lecture religieuse. Ce livre peut être compris comme une défense du christianisme face à l'Islam.
Certes ce sont des chrétiens qui ont traduit et compris les Grecs. Mais ce sont avant tout des Européens.


Dernière édition par cycas le Sam 20 Sep - 18:33, édité 1 fois
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Sam 20 Sep - 18:32

Les Byzantins ont conservé une partie de la sagesse des anciens Grecs, puisqu'ils ont pu "enfanter" un Pléthon !

http://en.wikipedia.org/wiki/Pletho
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gemiste_Pl%C3%A9thon

Citation :
Pléthon considère que la philosophie de Platon héritière, avec celle de Pythagore, de la sagesse des mages disciples de Zoroastre, peut sauver l'Hellade à une époque où l'empire romain byzantin n'est plus qu'un empire fantôme. Il propose des réformes économiques, sociales et politiques destinées à accompagner la reconquête de l'Hellade à partir de Sparte (Mistra), centre du Péloponnèse, et il entend fonder le politique sur un polythéisme hiérarchique et une théologie affirmative.
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cycas
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 22 Sep - 13:54

Un livre vraiment intéressant,

Il explique aussi pourquoi la raison grecque était incompatible avec l'Islam. Parce que la raison est toujours soumise au Coran, elle ne peut servir qu'à démontrer que l'Islam est vérité. Elle est donc soumise et nullement libératrice.

L'auteur insiste sur le fait que des termes que nous employons de façon courante n'ont aucun équivalent dans le monde musulman. Quand certains historiens louent la forte activité de recherche qui pouvait exister chez les arabo-musulmans, ils oublient de dire que ce n'est pas la recherche comme nous la connaissons qui est esprit critique et remise en question mais qu'il s'agit de recherche strictement appliquée au Coran.

Nous en concluons rapidement que le dialogue est difficile voire impossible quand un même mot signifie deux choses radicalement différentes.

L'auteur finit par une critique de ces historiens très sceptiques par rapport à l'Occident et qui n'en finissent pas de trouver des vertus imaginaires aux autres civilisations. Il cite ainsi Sigrid Hunke, cette figure du nazisme qui ne cessait de trouver l'Islam tellement supérieur au christianisme qu'elle abhorrait.
Elle en appelait à une alliance avec cette religion forte et virile.

Bref après avoir fini ce livre, je trouve que le travail d'historien s'efface petit à petit derrière un certain militantisme trop visible. Je n'ai rien contre mais cela peut hélas expliquer pourquoi cet ouvrage prête tant le flanc aux diverses attaques et finit par être déconsidéré alors qu'un peu plus de retenue, qu'une part plus importante de suggestion en aurait fait une étude difficilement contestable.
On a parfois l'impression de lire Del Valle ou Huntington.


J'ai bien peur que ce gros travail de recherche soit totalement décrédibilisé par une petite phobie de l'Islam parfois trop appuyée.

L'historien est déjà lâché par certains de ses collègues de l'ENS effrayés par un travail historique qui remet en question certains dogmes. Cette pétition est scandaleuse et ne repose sur rien de précis.


Citation :
Appel des enseignants, chercheurs, personnels, élèves et anciens élèves de l'ENS-LSH

1- Un enseignant de l'ENS-LSH, M. Sylvain Gouguenheim, professeur d'histoire médiévale, vient de faire paraître dans la collection «L'Univers historique» au Seuil un ouvrage, Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l'Europe chrétienne, qui entreprend de réviser l'idée d'une participation du monde islamique à l'élaboration des savoirs en Europe à l'époque médiévale. Les assises méthodologiques et les thèses de ce livre sont discutables et actuellement discutées par la communauté des spécialistes de cette période, historiens et philosophes (voir l'article de Julien Loiseau et Gabriel Martinez-Gros, paru dans Le Monde des livres du 25 avril 2008, ceux d'Alain de Libéra et d'Hélène Bellosta dont des extraits ont été publiés dans ce même numéro). Dans un souci d'information, nous avons joint également à ce dossier documentaire les articles favorables de Roger Pol-Droit (Le Monde des Livres, 4 avril 2008) et de Stéphane Boiron (Le Figaro, 17 avril 2008).

2- Il est tout à fait légitime qu'un chercheur puisse défendre et faire valoir son point de vue, surtout lorsque celui-ci est inattendu et iconoclaste ; il appartient alors aux spécialistes de répondre à ses arguments et de les contester le cas échéant. C'est ce que font les collègues dont nous avons reproduit les contributions dans le dossier ci-joint (PDF). Nous appelons d'ailleurs à prolonger ce débat intellectuel dans des journées d'études qui seront organisées à l'ENS LSH à l'automne 2008.
Malheureusement, l'affaire semble bien dépasser la simple expression de thèses scientifiques. L'ouvrage de Sylvain Gouguenheim contient un certain nombre de jugements de valeur et de prises de position idéologiques à propos de l'islam ; il sert actuellement d'argumentaire à des groupes xénophobes et islamophobes qui s'expriment ouvertement sur internet. Par ailleurs, des passages entiers de son livre ont été publiés sur ces blogs, au mot près, plusieurs mois avant sa parution.
On trouve également sur internet des déclarations qui posent question, signées «Sylvain Gouguenheim» (commentaire sur le site Amazon, 16 avril 2002) ou «Sylvain G.» (site Occidentalis, 8 novembre 2006). Bien évidemment, et nous en sommes parfaitement conscients, rien de ce qui circule sur internet n'est a priori certain, mais, au minimum, ces points méritent une explication et, le cas échéant, une enquête approfondie. Nous ne sommes pas du tout convaincus par les arguments fournis par Sylvain Gouguenheim au Monde des livres («J'ai donné depuis cinq ans [...] des extraits de mon livre à de multiples personnes. Je suis totalement ignorant de ce que les unes et les autres ont pu ensuite en faire»).

3- L'ENS-LSH, institution laïque, républicaine et humaniste, à laquelle Sylvain Gouguenheim appartient et dont il tire pour bonne part sa légitimité, ne peut, par son silence, cautionner de telles déclarations.
- Nous, enseignants, chercheurs, élèves et anciens élèves de l'Ecole normale supérieure Lettres et sciences humaines, affirmons solennellement que les prises de position idéologiques de Sylvain Gouguenheim n'engagent en rien les membres de son Ecole.
- En nous gardant des querelles corporatistes, des conflits de personnes et des récupérations de tous ordres, nous souhaitons réaffirmer avec force notre attachement à la nécessaire distinction entre recherche scientifique et passions idéologiques.
- Nous demandons une enquête informatique approfondie sur les points évoqués plus haut.
- Nous demandons que toutes les mesures nécessaires soient prises afin de préserver la sérénité pédagogique et la réputation scientifique de l'ENS LSH.

Afin que chacun puisse être informé des enjeux de cette affaire et se forger sa propre opinion, il est important que cet appel soit diffusé le plus rapidement et le plus largement possible, accompagné de sa pièce jointe (PDF). Ce texte est envoyé aujourd'hui lundi 28 avril à tous les enseignants et élèves de l'ENS LSH. Merci de le faire circuler, en particulier en direction des anciens élèves.
Pour témoigner de votre soutien et pour relayer cet appel, merci d'écrire à petition@ens-lsh.fr en indiquant vos noms, prénoms et fonctions (enseignant/e, enseignant/e-chercheur/e, chercheur/e, élève, auditeur/trice, ancien/ne élève, etc.).
Liste des 100 premiers signataires :


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cycas
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 22 Sep - 18:06

Citation :
Cette pétition de dangereux imbéciles me dégoute profondément.

C'est vrai que c'est effrayant parce que l'ENS est censée former l'élite des enseignants de notre pays. Or avec un esprit critique et un art du débat contradictoire aussi faibles de la part de certains, on peut se poser des questions.
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 27 Oct - 8:26

Soutien de quelques intellectuels. Yves-Marie Adeline pour commencer :


Citation :
L’un de vous me demande de préciser le principe de l’”affaire Gouguenheim”, cet historien aujourd’hui attaqué.

On se s’explique pas comment a pu naître, dans le milieu des historiens du XXe siècle, la rumeur selon laquelle le patrimoine intellectuel de l’antiquité occidentale nous aurait été transmis par… les Arabes. Mais enfin cette rumeur continue d’être transmise aux étudiants, pour autant qu’on leur transmet encore quelque chose.

Il n’y a pas besoin d’être savant, il suffit d’avoir un peu de bon sens pour comprendre que cette thèse ne peut qu’être erronée, pour la simple raison que, durant tout le moyen age, il y avait Byzance, et que les relations ont été constantes -quoique parmesées de disputes en tout genre- entre cet Etat les royaumes d’occident. Or on ne voit pas pourquoi ni surtout comment Byzance aurait perdu la mémoire du patrimoine intellectuel antique.

Étrangement, la même génération d’historiens, qui dans la formulation de cette théorie fantasque oubliait l’existence de Byzance, s’en souvenait soudainement à sa chute en 1453, pour expliquer comment le quattrocento italien avait bénéficié d’un transfert de patrimoine antique.

De même pour la langue grecque: elle n’a pas été redécouverte au XVIe siècle par les écrivains de la “renaissance”, pour la simple raison qu’elle n’a jamais été oubliée au moyen âge, et Gouguenheim rappelle que les princesses carolingiennes apprenaient cette langue. Ce qui est vrai, c’est seulement que l’hégémonie de cette langue avait disparu au profit du latin… mais déjà sous le Bas-Empire romain. Au temps de César, un enfant de bonne famille apprenait le grec avant même sa propre langue latine, au point qu’on se demande même si, au moment de mourir, César a bien dit “Tu quoque mi filii”, ou bien “kaï su, technon”; mais au temps de saint Jérôme, le latin, langue universelle de l’empire, occupait déjà et de loin la première place.

Gouguenheim n’est pas le premier à remettre les pendules à l’heure, Jacques Heers l’avait fait avant lui. Mais il a consacré à cette question tout un livre, le fameux “Aristote au mont saint michel” (Seuil) très bien étayé et documenté. Il aurait pu en résulter une querelle scientifique, mais nous ne sommes plus dans les années 30 quand cette rumeur a démarré, nous sommes à une époque où les Européens sont divisés entre partisans et adversaires de l’immigration massive musulmane. Ce qui fait que cette rumeur a revêtu depuis lors une signification, non plus scientifique, mais politique: Gouguenheim est un historien raciste, puisqu’il rappelle l’existence de Byzance, l’évidence de l’apprentissage du grec et la présence de copies de livres antiques dans tous les lieux de culture européens… dont le mont saint michel. Des pétitions circulent contre lui, signées non seulement par des universitaires paresseux, mais par le personnel administratif et d’entretien, et naturellement des étudiants qui sont à l’université en principe pour apprendre, par pour enseigner. C’est dire ce qu’est devenue nore université. Cette année, j’aurai assisté à quatre événements de cet ordre: l’affaire gouguenheim, la rupture de mon contrat avec sciences po paris, l’interdiction d’un article sur mon Histoire mondiale des idées politiques sur le site de Clio, et l’affaire Fleury. Il y en a probablement eu d’autres, mais voilà le rythme normal de la vie intellectuelle en France en 2008.

On en arrive à ce que le personnel d'entretien ou de cuisine fasse la morale à un historien et lui apprenne son métier.
Quelle déliquescence intellectuelle...

http://www.ymadeline.fr/explications-sur-laffaire-gouguenheim/
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cycas
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 27 Oct - 8:34

L'historien Jacques Heers dans le Numéro 1 de la NRH avait déjà remis les pendules à l'heure.

Citation :
A en croire nos manuels,ceux d’hier et plus encore ceux d’aujourd’hui, l’héritage de la Grèce et de Rome fut complètement ignoré dans notre monde occidental, de la chute de l’empire romain et du développement du christianisme jusqu’à la «Renaissance» : nuit du Moyen Âge, mille ans d’obscurantisme !
Et d’affirmer, du mêmecoup,que les auteurs del’Antiquité ne furent connus que par l’intermédiaire des Arabes, traducteurs appliqués, seuls intéressés, seuls capables d’exploiter et de transmettre cette culture que nos clercs méprisaient.

Parler d’«Arabes» est déjà une erreur. Dans les pays d’islam, les Arabes,lettrés et traducteurs, furent certainement bien moins nombreux que les Persans, les Egyptiens et les chrétiens de Syrie et d’Irak. La plupart des textes grecs ont d’abord été traduits en langue syriaque, parler araméen de la ville d’Edesse qui a largement survécu à l’islam et ne dispararait qu’au XIIIe siècle. Au temps d’al Ma’mum,septième calife abbasside (813-833), Human ibn Isbak, le plus célèbre des hellénistes, hôte privilégié de la Maison de la Sagesse à Bagdad,était un chrétien. Il a longtemps parcouru l’Asie Mineure pour y recueillir des manuscrits grecs qu’il traduisait ou faisait traduire sous sa direction. Nos livres parlent volontiers des savants et traducteurs de Tolède qui, au temps des califes de Cordoue, auraient étudié et fait connaitre les auteurs anciens. Mais ils oublient de rappeler que cette ville épiscopale, comme plusieurs autres et nombre de monastères, était déjà, sous les rois barbares, bien avant l’occupation musulmane, un grand foyer de vie intellectuelle toute pénétrée de culture antique. Les clercs, demeurés chrétiens, très conscients de l’importance de transmettre cet héritage, ont tout simplement poursuivi leurs travaux sous de nouveaux maitres.
On veut nous faire croire aux pires sottises et l’on nous montre des moines, copistes ignares, occupés à ne retranscrire que des textes sacrés, acharnés à jeter au feu de précieux manuscrits auxquels ils ne pouvaient rien comprendre. Pourtant, aucun témoin, aux temps obscurs du Moyen Age, n’a jamais vu une bibliothèque livrée aux flammes et nombreux sont ceux qui, au contraire, parlent de monastères rassemblant d’importants fonds de textes anciens. Il est clair que les grands centres d’études grecques ne se situaient nullement en terre d’islam mais à Byzance. Constantin Porphyrogénète, empereur (913-951), s’est entouré d’un cercle de savants, encyclopédistes et humanistes; les fresques des palais impériaux contaient les, exploits d’Achille et d’Alexandre. Le patriarche Photius (mort en 895) inaugurait dans son premier ouvrage, le Myriobiblion, une longue suite d’analyses et d’exégèses d’auteurs anciens. Michel Psellos (mort en 1078) commentait Platon et tentait d’associer le christianisme à la pensée grecque. Nulle trace dans l’Église, ni en Orient ni en Occident, d’un quelconque fanatisme, alors que les musulmans eux-mêmes rapportent nombre d’exemples de la fureur de leurs théologiens, et de leurs chefs religieux contre les études profanes. Al-Hakim, calife fatimide du Caire (996-1021), interdisait les bijoux aux femmes, aux hommes les échecs, et aux étudiants les livres païens. A la même date, en Espagne, al-Mansour, pour gagner l’appui des théologiens, fit brûler par milliers les manuscrits grecs et romains de la grande bibliothèque de Cordoue. L’occident chrétien n’a connu aucune crise de vertu de ce genre.

Les « Arabes » ont certainement moins recherché et étudié les auteurs grecs et romains que les chrétiens. Ceux d’Occident n’avaient nul besoin de leur aide, ayant, bien sûr, à leur disposition, dans leurs pays, des fonds de textes anciens, latins et grecs, recueillis du temps de l’empire romain et laissés en place. De toute façon, c’est à Byzance, non chez les « Arabes », que les clercs de l’Europe sont allés parfaire leur connaissance de l’Antiquité. Les pèlerinages en Terre sainte, les conciles œcuméniques, les voyages des prélats à Constantinople maintenaient et renforçaient toutes sortes de liens intellectuels. Dans l’Espagne des Wisigoths, les monastères (Dumio près de Braga, Agaliense près de Tolède, Caulanium près de Mérida), les écoles épiscopales (Séville, Tarragone, Tolède), les rois et les nobles recueillaient des livres anciens pour leurs bibliothèques. Ce pays d’Ibérie servait de relais sur la route de mer vers l’Armorique et vers l’Irlande où les moines, là aussi, étudiaient les textes profanes de l’Antiquité. Peut-on oublier que les Byzantins ont, dans les années 550, reconquis et occupé toute l’Italie, les provinces maritimes de l’Espagne et une bonne part de ce qui avait été l’Afrique romaine? Que Ravenne est restée grecque pendant plus de deux cents ans et que les Italiens appelèrent cette région la Romagne, terre des Romains, c’est-à-dire des Byzantins, héritiers de l’empire romain ?

Byzance fut la source majeure de la transmission

Rien n’est dit non plus du rôle des marchands d’Italie, de Provence ou de Catalogne qui, dès les années mille, fréquentaient régulièrement les escales d’Orient et plus souvent Constantinople que Le Caire. Faut-il les voir aveugles, sans âme et sans cervelle, sans autre curiosité que leurs épices ? Le schéma s’est imposé mais c’est à tort. Burgundio de Pise, fils d’une riche famille, a résidé à Constantinople pendant cinq années, de 1135 à 1140, chez des négociants de sa ville. Il en a rapporté un exemplaire des Pandectes, recueil des lois de Rome rassemblé par l’empereur Justinien, conservé pieusement plus tard par les Médicis dans leur Biblioteca Laurenziana. Fin helléniste, il a traduit les ouvrages savants de Gallien et d’Hippocrate et proposa à l’empereur Frédéric Barberousse un programme entier d’ autres traductions des auteurs grecs de l’Antiquité. Cet homme, ce lettré, qui ne devait rien aux Arabes, eut de nombreux disciples ou émules, tel le chanoine Rolando Bandinelli, qui devint pape en 1159 (Alexandre III).

Rendre les Occidentaux tributaires des leçons servies par les Arabes est trop de parti pris et d’ignorance : rien d’autre qu’une fable, reflet d’un curieux penchant à se dénigrer soi-même.

http://www.bafweb.com/2007/05/29/la-fable-de-la-transmission-du-savoir-antique-par-les-arabes-par-jacques-heers/
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cycas
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 27 Oct - 8:50

On peut se demander pourquoi Jacques Heers n'a pas subi les mêmes attaques alors que son texte est plus ancien que les travaux de Gouguenheim.
Peut-être est-ce dû à une certaine confidentialitré de la revue. Les garants de l'ordre moral ne passent à l'attaque que lorsque les idées peuvent être proposées au plus grand nombre comme c'est le cas avec le livre dont il est question aujourd'hui et qui a été un gros succès de librairie.
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alexandre
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Dim 14 Déc - 21:15

Citation :
Parce que la raison est toujours soumise au Coran, elle ne peut servir qu'à démontrer que l'Islam est vérité. Elle est donc soumise et nullement libératrice.

C'est vrai, mais bien loin d'etre une découverte de ce cher monsieur...

Dans cette histoire, je vois beaucoup de parti pris pro-chrétien et pro-musulman, et pas beaucoup d'Histoire avec une majuscule. Les uns cherchent à réhabiliter leur cher moyen-age, les autres à s'imposer en héritiers principaux de l'antiquité, joli bricolage en somme.
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Algiz
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 15 Déc - 18:11

alexandre a écrit:
Citation :
Parce que la raison est toujours soumise au Coran, elle ne peut servir qu'à démontrer que l'Islam est vérité. Elle est donc soumise et nullement libératrice.

C'est vrai, mais bien loin d'etre une découverte de ce cher monsieur...

Dans cette histoire, je vois beaucoup de parti pris pro-chrétien et pro-musulman, et pas beaucoup d'Histoire avec une majuscule. Les uns cherchent à réhabiliter leur cher moyen-age, les autres à s'imposer en héritiers principaux de l'antiquité, joli bricolage en somme.

C'est ce qui fait des eurpéanistes des païens, et des occidentalistes des chrétiens.

Ni Occident, ni Orient, juste l'Europe!
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alexandre
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 15 Déc - 20:10

Personellement, je me sens pleinement païen et c'est vrai que la notion d'occident ne me parle pas des masses. En revanche, n'oublions pas qu'il ny a pas qu'en Europe qu'il y a eu des païens. L'Egypte ou l'Asie mineure grecques me parlent nettement plus que l'Ibérie ou les Pictes...
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Algiz
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 15 Déc - 20:34

alexandre a écrit:
Personellement, je me sens pleinement païen et c'est vrai que la notion d'occident ne me parle pas des masses. En revanche, n'oublions pas qu'il ny a pas qu'en Europe qu'il y a eu des païens. L'Egypte ou l'Asie mineure grecques me parlent nettement plus que l'Ibérie ou les Pictes...

Je comprend, enfin là mon utilisation du therme Oient se voulait une allusion à la civilisation islamique, pour le reste je suis d'accord.
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alexandre
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Lun 15 Déc - 20:38

Ok je suis d'accord.
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MessageSujet: Re: Islam et Europe ?   Aujourd'hui à 16:04

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Islam et Europe ?
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