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 Face au nationalisme

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Eisner
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Nombre de messages : 77

MessageSujet: Face au nationalisme   Dim 6 Jan - 13:45

Face au nationalisme


Nationaliste? Aucun parti ne devrait logiquement se déclarer tel. Faut-il, par exemple, envisager la France comme nation? Cela ne relève pas du choix politique; ou bien la France en est une ou bien elle n'en est pas. Tout simplement.

Comme l'a expliqué le secrétaire général à de nombreuses reprises, le mot nation vient de son homologue latin natio, qui est la naissance, de la même racine que le verbe nascor, natus sum, qui signifie naître. La nation est ainsi une communauté de naissance. C'est aussi la gens des latins, autrement dit la race, mais dans le sens d'une communauté d'origine et non pas dans le sens anthropologique et dangereux que le mot a pris aujourd'hui.

Par définition, il y a dans la nation un héritage commun, un patrimoine collectif. Actuellement il est assez étonnant de voir partout respecté l'héritage individuel : les droits de succession sont faibles ou nuls hors des frontières de la France et ils sont depuis peu en baisse à l'intérieur. Pourquoi l'héritage commun serait-il méprisé, disséminé à tous vents? Ne serait-ce pas le signe d'un individualisme forcené?

La gestion collective de cet héritage commun est le rôle de la république, qui est la res publica, la chose publique, en latin. Comment envisager en effet une communauté de destin sans s'appuyer sur une communauté d'héritage ? Par conséquent ceux qui souhaitent prendre le cadre de la nation pour en faire un état n'ont pas à être qualifiés de nationalistes, mais de républicains.

Maintenant il y a plusieurs choix possibles pour parler de nation. Il y a le cadre mondial pour une nation planétaire, comme il y a le continent européen pour une nation européenne, qui existe pour quelque temps encore malgré des signes inquiétants de dissolution, et comme il y a eu l'hexagone pour la nation française.

Par ailleurs l'héritage est assez varié. Il comprend la langue, surtout quand elle est illustrée par une riche littérature, et les conventions artistiques, plastiques et musicales. Il comprend aussi toutes les traditions de la vie en commun; par exemple : l'équilibre des pouvoirs, la liberté religieuse, l'équilibre entre les sexes, les générations, l'exercice de la solidarité, le respect de l'environnement etc. Bref, tout ce qui fait une civilisation.

Il y a bien un patrimoine mondial de l'humanité, mais il ne correspond pas à la population d'aujourd'hui. Il comprend des sites naturels, des monuments élevés par des civilisations disparues. C'est essentiellement un patrimoine fossile, qu'il convient de préserver, certes, mais qui est déconnecté de l'avenir des peuples de la planète. Le premier choix implique, de fait, la négation des héritages vivants non partagés par tous. D'ailleurs quel besoin y a-t-il de parler de nation s'il n'y en a qu'une? La solidarité étendue sans distinction conduit souvent à l'égoïsme. En attendant qu'un jour survienne une concurrence interplanétaire, ce n'est pas un choix.

En revanche l'Europe est depuis fort longtemps une nation, à certains égards depuis l'implantation des premiers européens, davantage avec les échanges provoqués par la puissance romaine en occident, plus explicitement encore depuis le moyen âge au moins. Les langues européennes sont variées, mais elles font toutes partie d'une même famille, et leur vocabulaire partage des racines communes, même si elles ne sont pas toujours évidentes à repérer. Les arts n'ont pas attendu la renaissance pour fleurir en Europe sans respect pour les frontières internes. On souligne très souvent la spécificité de la France en fait d'héritage politique, avec les droits de l'homme et du citoyen par exemple. C'est oublier que cet héritage a été très tôt repris par les élites en Allemagne ou en Italie. La France a donc été un précurseur en la matière, du moins si l'on ignore les Etats-unis d'Amérique et si l'on feint d'oublier l'antiquité grecque et romaine. Chacune des vieilles nations a eu sa part. En musique l'Allemagne, au sens large, a initié l'Europe. En peinture et en sculpture, c'est l'Italie. La sécurité sociale a été inventée par Bismarck. On pourrait aussi parler du vote des femmes etc.

Maintenant certains états de la vieille Europe ont pu, à juste titre, mériter le qualificatif de nation. C'est notamment vrai pour l'Allemagne et l'Italie, nations qui ont donné lieu à des états au bout du processus d'unification du XIXème siècle. La république française est plus ancienne, même si elle s'est faite sur une base méritant un peu moins le nom de nation. Elle a reçu en effet des apports civilisationnels variés, latins et germaniques notamment. Le principe mérite qu'a eu la France est moins d'avoir été une nation au sens propre qu'un modèle en réduction de la nation européenne. C'est la raison pour laquelle la France s'est toujours opposée à la notion germanique de nation et a défendu le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cependant l'opposition n'a pas lieu d'être mise en avant, d'abord parce que l'héritage politique fait partie de l'héritage commun comme le reste, ensuite parce que, comme on l'a dit, cet héritage a vite été partagé au moins dans la pensée européenne. L'opposition est donc superficielle; il s'agit de nuances qu'on ne remarquerait pas si l'espace européen n'était pas fondamentalement homogène.

Qu'en est-il des mêmes états aujourd'hui et notamment de la France? On peut dire qu'une rupture est apparue avec la colonisation de l'Afrique. Jusqu'alors la colonisation à la française ne différait pas beaucoup de celle du concurrent anglais, si ce n'est qu'en perdant au profit de ce dernier ses conquêtes, elle a été amenée à se dissoudre, faute de nouveaux colons, dans le milieu indigène. Par ailleurs, jusqu’au second empire, cette colonisation était sur d'inspiration monarchique ou impériale. Avec la IIIème république il a fallu résoudre la contradiction entre un empire colonial d'une part et la communauté de naissance fondant la république de l'autre. Cela s'est fait au détriment de la république. C'est bien le danger que Georges Clémenceau signalait à Jules Ferry. C'est le même danger que relevait plus tard Charles de Gaulle, pour dire que "l'Algérie n'est pas la France", que "Colombey-les-deux-églises n’est pas Colombey-les-deux-mosquées". Bien sûr l'extension de la république à l'Afrique a-t-elle été très hypocrite. Les travailleurs algériens n'ont jamais eu les droits des français; pire ils ont dû subir la ségrégation raciste --- au sens moderne -- du décret Crémieux. Malgré ces arrangements, il a fallu trahir la république, celle de "nos ancêtres les Gaulois". D'ailleurs le Royaume-uni, qui s'est beaucoup moins impliqué dans ses colonies administrées mais non peuplées, subit aujourd'hui un contrecoup analogue à celui qui frappe la France.

Le passé colonial de la France et du Royaume-uni se retrouve aujourd'hui dans un droit d'ingérence/devoir d'assistance qui s'est répandu par contagion à toute l'Union européenne. L'épisode de l'Arche de Zoé n'en est qu'un petit exemple. Comment l'enlèvement d'un enfant français peut-il être un crime, quand celui de cent trois enfants africains est un acte humanitaire? Les médias chez nous, dominés par la pensée politiquement correcte, ont été fort indulgents. Les associations contre le racisme muettes. L'empire colonial est encore dans les esprits. Aujourd'hui les pays africains veulent être traités en partenaires majeurs. Ils l'ont fait comprendre à Gordon Brown en imposant la présence de Robert Mugabe au sommet Europe/Afrique de Lisbonne. S'ils connaissent des problèmes, des dictatures, de la corruption, des massacres, c'est leur problème.

N'ayant pu se débarrasser de son passé colonial, la France n'est plus une nation. Or certains se prétendent nationalistes, de droite ou de gauche accessoirement. En fait ils prennent tout à l'envers. Ils veulent prendre un état, qui relève d'un choix politique contingent, pour en faire une nation, alors qu'il n'est pas possible d'en envisager là où il n'y en a pas déjà pas une. En fait c'est la nostalgie d'un l'état nation pourtant dénaturé qui les anime. Mais ils n'ont pas compris que leur modèle, celui de l'empire colonial, était déjà incompatible avec l'idée de nation. Souverainistes et colonialistes, ils ont deux raisons de fuir la nation. C'est ainsi qu'ils sont "nationalistes".

Peter Eisner
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Hethanos
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MessageSujet: Re: Face au nationalisme   Lun 14 Jan - 21:05

Citation :
S'ils connaissent des problèmes, des dictatures, de la corruption, des massacres, c'est leur problème.

Sauf que ces dictateurs, ce sont les Dirigeants européens qui les ont mis en place et soutenu militairement et financièrement.

Aujourd'hui on vend des armes à Kadafi, demain ces armes vont être dirigé contre nous, comme ça s'est passé dans cette belle histoire d'Amour entre USA et l'Afghanistan.

Le problème c'est que les européns ont déjà fait la c**ie, qu'il ne fallait pas faire, et maintenant il est impossible de faire demi tour, se laver les mains et dire j'y suis pour rien.

Je reviens quand même à la question principale. Si la France n'est pas une nation pour toi, l'Europe l'est d'autant moins.

Le complexe pré-suppose le simple:

Exemple concret. Si tes parents, et tes frères et sœurs, ne sont pas ta famille, alors tes cousins, cousine et Cie le sont encore moins.

non?
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Face au nationalisme   Lun 14 Jan - 21:26

Ce n'est pas exactement ce qui est dit. La France n'est plus une nation, d'abord en raison de l'impérialisme colonial, et aujourd'hui en raison des migrations post-coloniales. Mais l'Europe en tant que telle est encore nation. Par ailleurs, les autres européens ne sont pas des cousins mais des frères, le degré de parenté n'est pas vraiment celui que tu dis.

Pour le reste, le propos d'Eisner est celui que nous tenons au PSUNE, à savoir qu'il faut accomplir c'est à dire finaliser la décolonisation. Penses-tu que, désormais privés du soutien de l'ex-puissance coloniale, les dictateurs africains pourront maintenir plus longtemps leur régime ? Je ne le pense pas. A partir du moment où les puissances européennes cesseront de se mêler des affaires africaines, l'utilisation de l'europhobie par certains dirigeants ne marchera plus non plus. Fini aussi Mugabe dont l'existence politique ne survit plus que par la dénonciation continuelle des blancs comme responsables de tous les malheurs des Africains.

Les Européens en tant que peuple souverain n'ont jamais été consultés sur ces questions. Les décisions prises par les dirigeants européens, sans mandat pour le faire, n'engagent que ces derniers, et pas le peuple. Je ne me sens pas plus concerné par la politique de Sarkozy que Sieyès ou Robespierre n'étaient concernés par la politique de Louis XVI.
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Hethanos
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MessageSujet: Re: Face au nationalisme   Mar 15 Jan - 8:46

Citation :
La France n'est plus une nation, d'abord en raison de l'impérialisme colonial, et aujourd'hui en raison des migrations post-coloniales

Pourtant, Rome , n'a jamais cessé d'être une nation jusqu'aux derniers jours de sa chute, puisqu'un Romain a toujours été prêt à défendre sa patrie.

Une nation n'est pas non plus un jardin de rose, qui lorsqu'on l'élargit, pour y planter d'autres fleurs, cesse d'être un jardin de de rose, car la paternité revient toujours au premier occupant.
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olivier carbone
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MessageSujet: Re: Face au nationalisme   Mar 15 Jan - 13:03

Eisner a écrit:
N'ayant pu se débarrasser de son passé colonial, la France n'est plus une nation.

Très beau texte, et cette phrase représente, notre instant T, dans l'histoire, nous devons commencer la décolonisation totale, et en même temps créer la nation européenne avec le droit du sang à l'appui.
C'est un chantier indispensable.
Il nous reste peu de temps....
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Face au nationalisme   Mar 15 Jan - 15:21

Citation :
Pourtant, Rome , n'a jamais cessé d'être une nation jusqu'aux derniers jours de sa chute, puisqu'un Romain a toujours été prêt à défendre sa patrie.

Quand Rome a cessé d'être une république, c'est parce qu'elle a cessé d'être une nation, la nation italienne (née de l'union des peuples italiques, et de la victoire sur les Etrusques et les Gaulois cisalpins) pour devenir une société multiculturelle, pas seulement gréco-romaine, et ainsi Rome a mis le pied dans un engrenage fatal. Jamais Rome ne fut la patrie des Numides et des Gépides, des Egyptiens et des Syriens, et l'indice de christianisation fut aussi un indice d'échec de la romanisation et même de sentiment anti-romain. Ce pourquoi le christianisme était si faible en Gaule, en Bretagne, en Illyrie ou en Germanie, provinces d'européens ressentant la romanité comme parente de leur propre identité.
Rome n'est plus dans Rome, l'Oronte se déverse sur le Tibre... finis Romae.

Citation :
Une nation n'est pas non plus un jardin de rose, qui lorsqu'on l'élargit, pour y planter d'autres fleurs, cesse d'être un jardin de de rose, car la paternité revient toujours au premier occupant.

C'est bien vrai.
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Bruno
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MessageSujet: Re: Face au nationalisme   Mar 15 Jan - 15:58

Ferrier a écrit:
Rome n'est plus dans Rome, l'Oronte se déverse sur le Tibre... finis Romae

Et désormais, le Niger se déverse sur la Seine...

_________________
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