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 Turquie - Union Européenne, la stratégie atlantiste

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Ferrier
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MessageSujet: Turquie - Union Européenne, la stratégie atlantiste   Dim 23 Déc - 16:59

Turquie-Union Européenne : la stratégie atlantiste.


La prévisible « apostasie » de Sarkozy.

Autrefois, Angela Merkel s’était montrée favorable à un partenariat privilégié entre l’Union Européenne et la Turquie, et refusait en revanche que cette dernière soit intégrée. Or, une fois élue, elle mit de l’eau dans son vin, et sous la conduite du ministre social-démocrate allemand des affaires étrangères, Herr Steinmeier, l’Allemagne finalement accepta que le processus d’intégration de la Turquie à l’Union Européenne se continue comme si de rien n’était, et désormais, selon Le Monde, elle est partisane de son intégration, pensant sans doute aux prochaines élections allemandes où l’électorat d’origine turque pourrait peser de manière déterminante.

Nicolas Sarkozy au moment de la campagne présidentielle s’était engagé à mettre fin au processus d’intégration car selon lui la Turquie était un pays asiatique qui n’avait pas vocation à faire partie de l’Union Européenne. Il défendit lui aussi le principe du partenariat privilégié et annonça la mise en place d’une union euro-méditerranéenne dans laquelle la Turquie aurait toute sa place. Aujourd’hui, l’idée d’Union Euroméditerranéenne demeure mais désormais elle n’est plus un moyen de détourner la Turquie vers une autre voie que l’entrée dans l’Union Européenne.

Pire encore, il veut supprimer de la constitution française le blocage constitutionnel qui rend obligatoire un référendum en France en ce qui concerne toutes les adhésions postérieures à celle de la Croatie en 2009-2010. Jean-Pierre Jouyet, ex-PS rallié à l’UMP, il y a quelques semaines, a mis les pieds sur le plat, et désormais, contre sa propre majorité, Patrick Devedjian et Jean-Pierre Raffarin souhaitant maintenir ce verrou institutionnel, Nicolas Sarkozy semble déterminé, contre son opinion publique, contre ses alliés (le MPF de Villiers par exemple, rallié), à le briser. Certes, on comprend aisément qu’il serait difficile à faire accepter que la Serbie ou l’Albanie par exemple, mais encore la Norvège ou la Suisse, ne puissent rentrer dans l’Union Européenne en raison d’un vote négatif des Français. Aussi, soit, qu’il supprime ce blocage, mais alors qu’il mette fin aux pourparlers ouverts avec Ankara. Au quel cas, on conviendra que ce verrou institutionnel ne sert plus à rien. Mais en revanche, nous avons très bien compris que Sarkozy ne faisait cela que pour plaire aux Turcs, et aussi aux Américains, partisans acharnés de cette intégration, et envers lesquels le nouveau président français, bien que visiblement peu islamophile, se révèle jour après jour le fidèle représentant.

La Turquie rétive à l’européanité.

La Turquie contemporaine rejette désormais nettement son héritage kémaliste, et les citoyens turcs aux élections de juillet 2007, alors qu’une occasion en or leur était donnée de changer de gouvernement et de défendre la laïcité, ont confirmé l’AKP au pouvoir, avec un score de près de 45% des voix, alors que le CHP républicain et kémaliste n’a fait que 19%, et que le MHP (« Loups gris »), désormais en voie d’islamisation, rentrait à nouveau au parlement avec 14,5% des voix environ. Ainsi, les Turcs acceptent-ils majoritairement, à part une petite frange occidentale et stambouliote, de reconnaître l’islamité comme une composante incontournable de leur identité. Avni Dogan, député de l’AKP, a ainsi déclaré il y a quelques jours, « Nous n’avons qu’une seule culture et une seule identité, c’est l’islam turc ! ». Nous en prenons bonne note, et nous lui répondons que nous n’avons, nous aussi, qu’une seule culture et une seule identité, c’est l’européanité, marquée avant tout par l’héritage antique et superficiellement par le christianisme.

Or si la Turquie, allié traditionnel des Etats-Unis, qui ne nous veulent pas que du bien, et qui prêchent ces dernières semaines une russophobie pathologique, refuse la culture européenne, ce qui est son droit, au nom de quoi devrions-nous accepter ce pays dans une Union Européenne. Le gouvernement britannique, qui hait l’Europe, est cohérent ; il s’agit pour lui de faire rentrer la Turquie dans l’UE pour tuer dans l’œuf toute velléité d’Europe politique et ne faire de l’UE qu’un grand marché économique, ce qui sied pleinement à Washington.

La droite nationale, agent involontaire des Etats-Unis.

On le sait depuis de nombreuses années maintenant, toutes les thématiques que les hommes politiques laissent à la droite nationale sont salies. Pour les europhiles opposants à l’intégration turque dans l’Union Européenne, la pire catastrophe est que des gens comme Villiers et Le Pen s’emparent de cette thématique. On se demande bien d’ailleurs au nom de quoi. Ces gens sont des opposants acharnés à l’Union Européenne, aussi que la Turquie l’intègre ne doit pas vraiment leur déplaire, puisque cela sert leurs intérêts. Les ennemis de l’Europe politique, que ce soit le parti américain en Europe, le musulman Kadhafi (qui dans une déclaration récente se réjouit de la future intégration de la Turquie dans l’Union Européenne), les libéraux-atlantistes britanniques et enfin l’extrême-droite d’Europe, europhobe par principe, convergent naturellement. Mais cette dernière prétend défendre une Union Européenne qu’elle conspue perpétuellement. Il convient de démasquer ces menteurs. Ne peuvent être de véritables opposants à l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne que des partisans de l’Europe politique, conscients que cette intégration solderait la fin de toute idée d’Europe politique.

Cette « droite nationale » qui défend une « Europe des nations », c'est-à-dire une « Europe » de la division, de la fragmentation entre de nombreux états impuissants séparément, fait clairement le jeu des Etats-Unis. Ceux-ci appliquent le bon principe de « diviser pour régner » et tous ceux qui, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, s’opposent à l’idée même d’Europe Politique [parmi les plus europhobes, on trouve d’ailleurs Marine Le Pen et Gérard Schivardi], font le jeu de la stratégie américaine. Entre les mondialistes qui par internationalisme s’opposent à l’idée de Grande Europe, et les souverainistes qui par nationalisme s’y opposent pareillement, il y a sur ce point une alliance objective, alliance qu’il faut dénoncer et combattre, et qui démontre pleinement l’incapacité politique des extrêmes.

L’Union Européenne en crise : la solution PSUNE !

Il ne s’agit pas pour autant de nier le bien fondé de toutes les critiques formulées par l’extrême-gauche et l’extrême-droite à l’égard de l’Union Européenne. La droite nationaliste reproche à l’UE son manque de transparence démocratique, au fait que le peuple souverain ne puisse exercer son pouvoir et participer aux décisions politiques. La « gauche » internationaliste reproche à l’UE son libéralisme économique affichée, sa remise en cause des acquis sociaux et du service public. Peut-on leur donner tort sur ces points ?

Mais que proposent-ils ? Un hypothétique « grand soir » ? Ou plutôt le retour en arrière, la disparition de l’Union Européenne. Or « la France seule », ce vieux thème ringard, qu’il soit prêché par les gauchistes ou les droitiers, est un mensonge. La France seule n’a pas les moyens de rompre avec le libéralisme, et depuis 1981 et la tentative de nationaliser partiellement l’économie par le PS, nous savons bien que le socialisme ne peut se mettre en place qu’à une échelle satisfaisante, et cette échelle ne peut être que l’Europe (40% du marché mondial). La France seule n’a pas non plus les moyens de faire en sorte que son peuple puisse réellement exercer sa souveraineté, puisque le vrai pouvoir n’est plus politique et n’est plus en France, il est désormais principalement économique et est par ailleurs globalisé, planétarisé.

Aussi, que défend le PSUNE ?

Il défend la souveraineté européenne, la démocratie européenne, c'est-à-dire le fait que le peuple européen, plus de 700 millions d’habitants (au sens de la « plus grand Europe »), puisse être souverain au niveau de l’Europe. En clair, nous voulons bâtir une véritable Europe démocratique, avec un parlement européen vraiment souverain et élu au niveau européen, et sans qu’il y ait des structures oligarchiques (Commission Européenne, lobbies économiques… etc) pour en limiter le pouvoir. Or à l’échelle de l’Europe, c’est possible, mais pas à l’échelle des états.

Il défend le socialisme européen, c'est-à-dire qu’il a une conception anti-libérale de l’économie européenne, tout en rejetant tout utopique et néfaste collectivisme, tueur de la créativité indispensable à une société dynamique. Il propose la mise en place d’un véritable protectionnisme économique européen, l’harmonisation des lois sociales, et à terme des salaires, en Europe. Il propose également la mise en place d’un service public européen. Aussi, c’est là encore à l’échelle de l’Europe qu’une conception sociale avancée, qui ne peut qu’être antimondialiste, est possible. Ceux qui fustigent l’Union Européenne pour ces déficiences actuelles, et qui proposent le retour aux états, qu’ils soient de « gauche » ou de droite, font parfois le bon constat mais proposent de très mauvaises solutions. Si l’Europe manque de démocratie et de socialisme, alors ce n’est pas tuer l’Europe politique qui changera quoi que ce soit, c’est changer l’Europe, c’est œuvrer pour une Europe républicaine et socialiste.

Atlantisme et islamisme en Turquie.

Revenons plus précisément au cas turc, qui est symptomatique de ce refus des dirigeants des Etats comme des commissaires européens de respecter l’avis du peuple européen, et qui se comportent clairement ce faisant en antidémocrates. La Turquie, avec le soutien des Etats-Unis, intervient actuellement dans le nord-est de l’Irak afin d’y combattre les nationalistes kurdes de Turquie. Une Turquie dans l’Union Européenne, ce serait une Europe avec le problème kurde sur les bras, un peuple qui a légitimement le droit à sa souveraineté, et qui est aujourd’hui partagé en quatre états (Turquie, Irak, Iran et Syrie). Une Turquie dans l’Union Européenne, ce serait avoir une frontière commune et ouverte avec le Moyen-Orient et l’Asie Centrale. Tout turcophone d’Asie Centrale (il y en a plus de 100 millions) a ainsi le droit automatique à la nationalité turque, et aurait donc droit à la citoyenneté de l’Union Européenne. L’Europe occidentale n’aurait pas seulement un afflux d’immigrés turcs et kurdes mais aussi azéris, kazakhs ou turkmènes. Cette Union Européenne, qui rejetterait la Russie pleinement européenne, accepterait en revanche de fait le Kazakhstan. Quelle absurdité !

Ajoutons à ce fait que si la Turquie est encore en expansion démographique, ce qui n’est pas le cas de l’Europe, et on s’attend dans vingt ans à un pays de 90 millions d’habitants, c’est avant tout grâce aux Kurdes. C’est dire que le problème kurde va devenir de plus en plus problématique en Turquie. Est-ce que nous souhaitons vraiment être mêlés à cette affaire ?

Le gouvernement turc actuel, l’AKP prétendument défendant un « islamisme modéré », c'est-à-dire en vérité un islamisme « habile », se sert remarquablement de l’Union Européenne, actuellement valet des Etats-Unis, malgré des faibles tentatives d’émancipation en tendant une main à moitié ouverte et à moitié fermée à la Russie de Poutine. L’AKP, au nom du processus d’intégration, qualifie de « démocratisation » sa politique qui sert en vérité à saper les dernières forces de résistance kémaliste en Turquie. Affaiblir l’armée, favoriser le renouveau islamique dans les villes turques, voilà le programme de l’AKP. Est-ce ce que nous souhaitons pour ce grand pays ? Même la Tunisie de Ben Ali recule face à l’islam, puisque le voile islamique fait à nouveau son apparition, de manière massive, dans son pays.

Aussi l’Union Européenne actuelle fait clairement et le jeu des atlantistes, partisans déclarés à l’instar de George Bush de l’intégration turque, et le jeu des islamistes, islamistes « modérés » de l’AKP ou partisans plus ou moins déclarés de l’islamisation de l’Europe. Dans ce cadre là, Sarkozy cède petit à petit du terrain, et s’oppose timidement à l’adhésion turque, tout en envoyant de nombreux signaux contraires. Le pape, opposant à cette adhésion, est désormais devenu pleinement favorable à celle-ci. Nicolas Sarkozy, qui il y a quelques jours s’enthousiasmait pour Benoît XVI, fera de même. Quant au Parti Socialiste, il a décidé de dire un grand oui à l’adhésion turque et depuis longtemps, et le MoDem est désormais silencieux sur cette question. On laisse aux extrémistes de droite cette question, meilleure façon de l’occulter.

Et la Russie ?

Disons enfin quelques mots de la situation russe, déjà évoquée dans un précédent éditorial. Le poulain de l’ « homme du chemin » (« Poutine », de pout’, « chemin ») est désormais un homme-ours (« Medvedev », de medved’ , « ours ») et n’oublions pas que l’ours est l’emblème de la Russie. Poutine a tracé la voie vers une Russie à nouveau fière d’elle-même, trop fière même quand on voit la situation réelle du pays, et veut désormais la confier à un animal puissant. Le problème c’est que Medvedev est un libéral, et que ce nationalisme libéral n’est pas la meilleure doctrine pour aider le peuple russe. La Russie, comme tous les pays d’Europe, a besoin d’un discours européaniste, rejetant à la fois le camp de l’occidentalisme et celui de l’eurasisme, et socialiste, rejetant à la fois la nostalgie collectiviste attisée par le KPFR (le Parti Communiste de Ziouganov) et la « modernité » libérale, source de tant de peines pour le peuple. Poutine est pour le peuple russe une bénédiction par rapport à Eltsine, et malgré des dérives autoritaires qu’on ne peut que regretter, il défend davantage son pays que ne le font les Sarkozy, Brown, Prodi, Zapatero ou Merkel. Mais il n’est pas l’homme de la situation, et sa doctrine ne préservera pas la Russie des forces de destruction à l’œuvre dans tout le continent.


Thomas Ferrier
Secrétaire Général du PSUNE
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