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 Information Lituanienne

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Nombre de messages : 313

MessageSujet: Information Lituanienne   Sam 11 Déc - 8:35

Le renouveau païen et l'identité nationale lituanienne
Par Marie-Anne Sorba


Pour les membres de la communauté Romuva, du nom du centre
géographique supposé de la religion des Baltes, comme pour ses
dissidents, le retour à l'ancienne religion constitue le fondement
de la culture nationale. Seules les finalités divergent.

Les druides français ne manqueront pas à l'appel. Jonas Trinkunas,
chef de la communauté païenne officielle de Lituanie, se souvient
avec émotion de la fraternité qui réunit les deux
mouvements. "L'année dernière, l'un d'eux m'a offert cette plante
sacrée", explique le krivis (prêtre) en sortant de son écrin un brin
de gui qu'il manipule avec beaucoup de déférence. Selon lui,
Français, Américains, Polonais, Russes et Lettons devraient venir
nombreux à la sixième conférence annuelle du World Congress of
Ethnic Religions (WCER), qui a pour thème les différentes pratiques
du paganisme par diverses " ethnies ", baltes, slaves, celtes… et
qui se tiendra, comme chaque année, à Vilnius, du 7 au 9 août
prochains. La réunion se poursuivra par le camp d'été annuel de
Romuva, "la religion des Baltes", du 11 au 17 août, dans les
environs de Vilnius (1). Au programme : journées d'études et
festivités en plein air, orchestrées par Jonas Trinkunas.

Docteur en littérature et en linguistique anciennes et collaborateur
de l'Institut de philologie et de sociologie de Vilnius, Jonas
Trinkunas s'est pris au jeu. Depuis quarante ans, ce chercheur,
intronisé "grand prêtre" de Romuva en octobre 2002, travaille à
reconstituer la religion originelle des Baltes. En Lituanie,
christianisée tardivement, la chose est plus aisée qu'ailleurs:
c'est seulement au XIVe siècle que le feu sacré des païens s'est
éteint. Et puis, les vieilles croyances ont la peau dure. Ni la
christianisation, ni la russification, ni cinquante années de
répression communiste n'en sont venues totalement à bout.

"Dans les campagnes, les traditions anciennes se sont perpétuées à
travers les gestes de la vie quotidienne et surtout les chansons",
explique Inija Trinküniené, sociologue et prêtre, "drapeau des
femmes de Romuva" et également épouse de Jonas. Les chansons
constituent la perle du folklore lituanien: 500.000 textes
recueillis par les chercheurs durant les trente dernières
années. "Mais les gens des villages ne sont pas pour autant
conscients du sens des traditions qu'ils ont conservées", reprend
Inija Trinküniené, ajoutant que, parmi eux, les néo-païens sont peu
nombreux. Premier paradoxe: le nouveau paganisme, qui prône
l'harmonie de l'homme avec la nature, est un phénomène
essentiellement urbain.

Sacrifices de fleurs

Entre nostalgie du passé et folie douce, il seraient 1.500 selon
Romuva -quelques centaines selon des estimations indépendantes- à
participer régulièrement au culte. Une goutte d'eau dans l'océan
catholique de la Lituanie. Mais, sur les collines lituaniennes, les
cérémonies ont quelque chose de délicieusement anachronique:
tuniques de lin d'inspiration médiévale faites main, processions
chantantes, sacrifices de fleurs, d'ambre et de bière dans le feu
sacré… La reconstitution connaît pourtant des limites. "Quelle que
soit la sincérité spirituelle de ses membres, il ne s'agit pas de la
véritable religion pré-chrétienne", commente Lina Bugiené, docteur
en philologie, spécialiste des croyances et des légendes populaires
à l'Institut de littérature et de folklore de Vilnius. "Recréer
l'ancien système est impossible, pour des raisons historiques, mais
aussi parce que nous n'en avons qu'une connaissance fragmentaire",
explique-t-elle.

Ex-directeur du département de littérature ancienne de l'Université
de Vilnius, Marcelijus Martinatis se montre également
sceptique: "Les traditions païennes qui ont survécu ont été
véhiculées par le christianisme, si bien qu'il est difficile de
faire la part des choses". "Au début du XXe siècle, une expérience
semblable a été menée en Lettonie. Ce fut un échec", ajoute le
spécialiste de la mythologie et du folklore. "La théorie de
Trinkunas est conforme aux textes. Mais c'est une chose très
littéraire, très intellectuelle." Pour toutes ces raisons, le
mouvement peine à surmonter un second paradoxe : celui de ne pas
être reconnu comme une "religion traditionnelle" par le Parlement,
malgré le lobbying actif de deux de ses membres.

Réveil national

Au départ, cette recherche des origines est pourtant intimement liée
à la reconstruction de l'identité nationale. "A la fin des années
1960", se souvient Lina Buguiené, "les jeunes des villes, dont les
parents avaient été déportés en Sibérie vingt ans plus tôt, se sont
mis à rassembler en cachette des fragments de mémoire. Dans les
années 1980, "l'expédition populaire" a permis de recueillir les
témoignages de nombreuses personnes âgées concernant l'histoire et
les traditions. Ce fut le départ du réveil national." A cette
époque, chercheurs et étudiants sont en effet partis glaner dans le
tout le pays des fragments de leur patrimoine culturel. Surtout, les
chansons populaires qui se transmettaient oralement mais dont la
transmission avait été coupée par le pouvoir soviétique, ont été
écrites et compilées. Et malgré les interdictions, les gens se sont
remis à les chanter, d'abord en privé et puis, s'enhardissant,
jusque dans la rue, à la barbe des miliciens. C'est pourquoi on dit
de la Révolution lituanienne qu'elle a été la "Révolution en
chantant": chanter est l'un des plus puissants actes de résistance
que les Lituaniens ont accompli. L'indépendance suit en 1991.
L'Eglise catholique en est l'un des prestigieux artisans. Dans un
contexte apaisé, les cultes concurrents renaissent au cours des dix
années qui suivent.

Mais l'adhésion de la Lituanie à l'Union européenne brouille soudain
les cartes. La peur de dissoudre une identité nationale à peine
reconquise dans le grand bain européen surgit. Vilkburtas -c'est son
nom païen-, 23 ans, étudie les sciences sociales à l'Université de
Vilnius. Revendiquant leur dissidence, lui et ses amis se placent en
marge de l'église officielle Romuva, contestant son
aspect "commercial". "Pour moi, le paganisme permet de savoir qui
l'on est. Nous avons un grand respect pour le passé, pour nos
ancêtres, pour notre spécificité culturelle", explique le jeune
homme avant de lâcher, non sans une légère hésitation: "Je veux
conserver ma culture, je ne veux pas me mélanger avec les autres
races. Nous n'avons rien contre les étrangers. Nous souhaitons juste
conserver le sang de nos ancêtres et notre culture."Qu'on ne s'y
méprenne pas: Vilkburtas appelle ça du "nationalisme sain."

(1) www.romuva.lt
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