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 Editorial du 4 octobre 2006

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Ferrier
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Localisation : Europe-Nation

MessageSujet: Editorial du 4 octobre 2006   Mar 3 Oct - 21:58

L’Europe en panne politique.


Le non-choix centriste, entre grande coalition et fausse alternance.


Les dernières élections en Europe occidentale ont démontré la faiblesse des divergences entre ce qu’il est convenu d’appeler la « gauche » et ce qu’il est convenu d’appeler la «droite », entre la sociale-démocratie et la libérale-démocratie. Ces deux rassemblements sont fondamentalement en accord sur l’essentiel, à savoir le refus de remettre en cause le modèle politique et économique actuel. Cameron, le nouveau représentant du Parti Conservateur anglais, propose une « alternance » centriste au gouvernement centriste de Blair et du Labour, alors même que l’on constate dans l’opinion britannique un durcissement, notamment sur les questions d’immigration. En Suède, le parti social-démocrate pour la première fois depuis plusieurs décennies est battu, de justesse, par une formation politique de centre-droit, qui n’entend en rien remettre en cause le système en place. En somme la « gauche » a été battue par la droite sur un même programme. Et en Autriche, à la surprise générale des instituts de sondage, le SPÖ s’impose devant l’ÖVP de droite d’un petit point, ÖVP qui serait au pouvoir en s’alliant à des formations de droite nationale (FPÖ de Strache et BZÖ d’Haider) mais qui préfère défendre l’idée d’une grande coalition dirigée par leur adversaire social-démocrate. La grande coalition est déjà en place chez leur voisin allemand, ce qui ne semble pas réussir à Angela Merkel, le nouveau chancelier démocrate-chrétien. Enfin, en Belgique, tous les partis s’entendent sur un programme minimal qui est d’empêcher la droite nationale, dans sa version flamande comme dans sa version wallonne, à savoir le Vlaams Belang et le Front National de Belgique, de trop progresser, et de faire imploser le pays, mais ne semblent pas diverger en quelque autre domaine.

Les conséquences naturelles de ce consensus mou au centre entre les partis de « gauche » modérée et de droite modérée sont une montée des extrémismes, notamment de droite. En Autriche, FPÖ et BZÖ ensemble réunissent plus de 15% de l’électorat, sans atteindre les 27% que le FPÖ avait pu obtenir il y a un peu moins de dix ans, mais progressant de près de sept points par rapport au dernier scrutin. Le Vlaams Belang est annoncé dans les sondages à entre 25 et 30% en Flandres, alors que le FNB est à près de 10% en Wallonie. En Grande-Bretagne, en 2004, le British National Party avait atteint le score de 4,9% et a connu quelques succès locaux aux dernières élections législatives. Comme selon un récent sondage, 80% des britanniques dénoncent le trop plein en matière d’immigration, et que beaucoup d’électeurs traditionnels du Labour Party sont prêts à ne plus voter pour ce mouvement en raison de son laxisme sur ces questions, on peut craindre une progression encore plus significative du BNP. En Allemagne, la grande coalition a semble-t-il profité à la NPD qui a atteint 7,3% dans un Land et a failli atteindre les 3% pour être représentés à Berlin. Et de même en Suède, le mouvement nationaliste Sverigedemokraterna a frôlé les 4% qui lui auraient permis d’avoir des élus au parlement.

Nous voici dès lors en présence d’une situation bloquée, présentant deux camps qui sont celui du consensus mou d’une part et de l’extrémisme d’autre part, les uns comme les autres n’ayant aucune réponse politique crédible aux maux qui rongent de plus en plus l’Europe.


Suisse et Norvège : nationalisme et Union Européenne.


Egalement significative est la progression des mouvements nationalistes dans les pays d’Europe occidentale ayant refusé l’intégration dans l’Union Européenne. Le SVP de Christoph Blocher est en Suisse depuis plusieurs années le premier parti en nombre de voix, et la victoire du « oui » à 68% à un referendum pour limiter l’immigration aux citoyens de l’Union Européenne et le droit d’asile, semble le confirmer.

De même, en Norvège, le Parti du Progrès de Carl Hagen, qui a cédé la première place à une jeune femme, est annoncé à près de 30% dans les sondages. En somme, non seulement l’Union Européenne n’arrive pas à contenir ses propres extrémismes, mais en retour les pays européens hors Union connaissent une progression encore plus forte. L’incapacité de l’Union Européenne à ne serait-ce que maîtriser les flux migratoires aboutit en conséquence à un fort vote souverainiste et europhobe. Or les craintes à l’égard de l’immigration extra-européenne ne devraient pas être associées en soi à l’Europe politique, mais les partis nationalistes et souverainistes profitent de celles-ci pour gagner des voix et faire avancer parallèlement des idées hostiles à toute construction européenne digne de ce nom.


Une Europe médiane ingouvernable.


On pouvait également se douter qu’une Union Européenne dont les pays les plus anciens sont en difficulté serait encore moins en mesure d’endiguer les profonds troubles présents dans les pays d’Europe médiane, nouveaux venus depuis 2004 dans l’Union. On s’aperçoit très vite que non seulement les mouvements nationalistes progressent de manière inquiétante, développant qui plus est un nationalisme de division, ranimant des haines séculaires (Slovaques et Hongrois, Hongrois et Roumains, Polonais et Russes… etc), dont on connaît les conséquences dramatiques, mais qu’en plus il y a une instabilité politique chronique. Les populations de ces pays veulent une politique sociale digne de ce nom et déplorent un libéralisme économique qui accroît les inégalités sociales mais qui est de fait imposé par les institutions européennes actuelles afin que ces pays puissent accéder à l’Euro.

Ainsi, la Tchéquie est sans gouvernement stable depuis des semaines. La Slovaquie a en revanche tenté de mettre en place une coalition surprenante entre le parti social-démocrate et le parti ultra-nationaliste SNS connu pour des positions haineuses à l’égard de la communauté hongroise. En Hongrie même, le gouvernement de « gauche » qui a reconnu ouvertement avoir menti est déstabilisé par une droite dure, qui n’hésite pas à s’associer à des mouvements nationalistes qui eux crient leur slavophobie et sont nostalgiques de la Grande Hongrie. Enfin, en Pologne, la vaste coalition organisée par le parti conservateur a volé en éclats après l’éviction de Lepper, leader du parti populiste Samobrona, du gouvernement. Ceci s’explique aussi, et on le dit moins, par les positions russophiles de Lepper, alors que les conservateurs polonais soutiennent plutôt la politique américaine. Enfin, ne négligeons pas la montée des nationalismes de même nature en Roumanie et en Bulgarie, nationalismes qui attisent les haines entre les diverses populations européennes qui y habitent.

Très inquiétante est par ailleurs la situation extrêmement tendue entre la Géorgie, qui rêve de mâter des peuples souhaitant l’indépendance ou une plus forte autonomie (Abkhazes et Ossètes du Sud) et dont les Russes veillent aux intérêts. Derrière le gouvernement géorgien, on peut craindre une manœuvre des Etats-Unis dont la politique d’encerclement a reculé, du fait du changement politique ukrainien. Il n’est pas étonnant alors qu’un homme comme Liam Fox, conservateur britannique, dont on devine les opinions pro-américaines, mette en garde son pays contre un prétendu retour menaçant de l’ours russe. C’est là où l’Union Européenne devrait s’engager en faveur de la Russie car, après tout, celle-ci empêche de fait des actions militaires de l’armée géorgienne contre des petits peuples qui aspirent à défendre leur identité.

L’Europe médiane et orientale va donc, elle aussi, très mal, retombant dans ses travers traditionnels, avec le risque réel de conflits, notamment dans le Caucase, et la pérennisation de situations problématiques comme en Transnistrie, province russophile de Moldavie et indépendante de fait.


La France entre centre et droite.


La situation française apparaît davantage complexe que dans les autres pays européens, puisque la dichotomie gauche/droite semble davantage affirmée, du moins en apparence. La preuve en est que, à l’exception du Front National, les autres formations politiques semblent souffrir de l’affrontement prévisible entre Ségolène Royal, probable future candidate du Parti Socialiste, et Nicolas Sarkozy, président de l’UMP. L’UDF de Bayrou est à 7% dans les sondages, l’extrême-gauche semble également assez faible, les Verts sont aux environs de 1%, et en plus gauche et droite sont décidés à verrouiller autant que faire se peut l’accès aux 500 signatures permettant à un candidat de se présenter aux élections présidentielles. Seul le Front National résiste et semble même progresser, à peine entamé par la candidature de Philippe de Villiers, qui va probablement connaître un destin à la Mégret, puisqu’il est annoncé selon certains sondages à 2%.

En réalité, nous avons affaire non à une opposition entre gauche et droite, mais à une opposition entre centre et droite, puisque Royal n’apparaît guère socialiste, celle-ci phagocytant même de toutes évidences l’UDF et certains chiraquiens. Sarkozy tient également un discours de rassemblement, ouvert aux électeurs de gauche comme à ceux du Front National. En somme, les cartes politiques sont totalement brouillées. En tout cas, il n’y aura aucun candidat strictement socialiste à cette élection, mais en revanche plusieurs candidats gauchistes espèrent être présents pour capitaliser un électorat de gauche qui ne se reconnaîtrait pas du tout dans la candidature Royal.

Royal tient un discours sécuritaire sur un certain nombre de thématiques, Sarkozy tient lui un discours sur les problèmes de l’éducation, se référant même à Jules Ferry. En somme, chacun attaque l’autre sur ses domaines de prédilection et tous les mauvais coups sont permis. Mais l’argumentaire en revanche est pauvre, surtout au PS. A ce jeu, Sarkozy semble le plus cohérent et courageux, mais cela ne signifie en aucune manière qu’il gagnera nécessairement. Et lui aussi alterne des discours contradictoires, même si plus rarement que son adversaire. Enfin le FN s’est découvert récemment républicain et entend même se présenter comme le protecteur de la république, ce à quoi Ségolène Royal lui répond qu’elle souhaite que, sous l’égide de l’état, une alliance du « national » et du « social » se maintienne.

Sur la question européenne, Nicolas Sarkozy a choisi de s’engager plus clairement, et il faut le souligner. Il propose la création d’un office européen de l’immigration, il propose que le président de la Commission Européenne soit élu par le parlement, il prend acte de l’échec du traité constitutionnel et propose une alternative, avec un mini-traité de secours, et enfin il s’oppose clairement à l’intégration de la Turquie dans l’Union Européenne. Ségolène Royal en revanche est totalement floue et n’ose pas prendre position de peur de fâcher au sein du PS le « camp du oui » et le « camp du non ». Elle préfère même faire quelques clins d’œil cocardiers.


L’Europe politique dans l’impasse.


Les éléments que j’ai développés dans cet éditorial sont extrêmement inquiétants. La montée des nationalismes anti-européens est une réalité ; elle n’est que la conséquence d’une absence de choix pour les électeurs. En somme ceux-ci ne peuvent choisir qu’entre maintenir une fausse alternance en sanctionnant la droite ou la « gauche » selon le sens du vent, ou bien en soutenant des mouvements d’extrême-droite. Le résultat est que l’Europe politique passe au second plan et cela est en vérité la conséquence même de l’incapacité de l’Union Européenne actuelle à améliorer quoi que ce soit. Face à une Europe de l’impuissance, l’électeur européen choisit le conservatisme et les prétendus enjeux nationaux ou exprime son désarroi par des votes extrémistes. Ce n’est pas la faute des électeurs mais bien de ceux qui régissent aujourd’hui l’Union Européenne, qui ont proposé un texte à vocation constitutionnelle totalement inadapté, tiède et incohérent et qui n’allait pas du tout dans le sens d’une Europe-Puissance, et qui aujourd’hui s’étonnent, alors qu’ils ne tiennent jamais compte de l’avis de la population, que celle-ci les rejette.

L’alternative politique réelle en Europe n’est donc pas de passer tous les deux, trois ou quatre ans de la « gauche » à la droite, ou inversement, comme on l’a vu en Espagne, en Italie, en Autriche, en Suède… et peut-être demain en Hongrie ou en Grande-Bretagne. Elle n’est pas non plus de se réfugier dans un vote europhobe et populiste, en soutenant l’extrême-droite voire l’extrême-gauche. Non, la véritable alternative serait, et ce conditionnel est d’importance, dans l’ascension d’un mouvement socialiste, démocrate, européaniste, en restant populaire, dans le sens positif de ces trois termes. En somme, il faut œuvrer pour une vraie Europe politique, une Europe qui sait être sociale et demeurer européenne. La voilà, la vraie alternative. Et elle ne pourra exister que si ceux qui la défendent arrivent à pouvoir la proposer aux électeurs européens. Le vrai enjeu n’est plus à Paris ou à Berlin, il est à Strasbourg.


Thomas Ferrier

Secrétaire-Général du PSUNE
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