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 L’Ours et le Dragon et le Précédent Serbe Partie 2

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MessageSujet: L’Ours et le Dragon et le Précédent Serbe Partie 2   Mar 31 Jan - 16:58

Au dehors la Chine cherche à renforcer ses liens avec la Russie en Eurasie pour assurer ses arrières et éviter d’être poignardée dans le dos en Asie Centrale. C’est la fonction de l’Organisation de Coopération de Shanghaï (OCS) qui regroupe outre la Chine et la Russie, le Kazakhstan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et la Kirghizie (1). La deuxième préoccupation de la Chine au dehors est la quête d’approvisionnement en énergie (pétrole et gaz) indispensable à son développement rapide car sa production propre est insuffisante face aux besoins. Dans ce but la diplomatie chinoise a multiplié les contacts avec des pays producteurs de pétrole comme le Venezuela, l’Iran ou le Gabon. La Chine s’intéresse aussi vivement à l’expérience concluante du « pétrole vert » brésilien. Au Pakistan la Chine a participé au côté du gouvernement d’Islamabad avec lequel elle a toujours eu de bons rapports pour avoir une voie de passage vers l’Océan Indien, à la construction d’un nouveau port et au développement du terminal pétrolier de Gwadar au Balouchistan. En Extrême Orient des accords russo-chinois doivent l’assurer d’un approvisionnement en hydrocarbures en provenance de Russie en direction de la Mandchourie et de la côte du Pacifique.

D’aucuns, régulièrement, spéculent sur un danger chinois pour l’Europe et pour l’Eurasie qui pourrait se concrétiser par exemple par l’invasion des terres sous peuplées de Sibérie. C’est le thème de L’Ours et le Dragon, l’un des livres du théoricien de la nouvelle guerre froide à l’âge de la guerre de l’information (et des étoiles) Tom Clancy. Désireux de voler les mines d’or et les gisements de pétrole du sous-sol sibérien les Chinois déclenchent une guerre éclair contre la Russie qui n’a pas d’autre solution – après avoir été affaiblie par les oligarques - que de faire appel à l’US Army pour contenir l’attaque chinoise. Cette fiction publiée en 2000 serait risible s’il n’y avait pas dans ce scénario le rêve à peine secret de bien des responsables états-uniens : faire s’entrebattre les cibles (directement ou par proxys) avant de les attaquer, profiter de l’anéantissement mutuel des rares puissances en devenir capables de leur faire de l’ombre. Cette fiction, dont le but premier était - est - de créer un climat favorable au mythe du danger chinois, supposait les dirigeants de Pékin suffisamment stupides pour se suicider et entraîner au suicide leur pays, et sous estimait de manière bien légère, c’est-à-dire américaine, la fierté de la Russie et les capacités de renouveau de son Armée. Elle répondait aussi, sans doute, à l’inquiétude grandissante des stratèges du Pentagone concernant la mise en œuvre des plans d’encerclement, de division et d’attaque élaborés ces dernières décennies aussi bien contre la Russie que contre la Chine et prévoyant un « conflit majeur » avec cette dernière avant qu’elle ne devienne « trop forte ».

Malheureusement pour les stratèges d’outre Atlantique, non seulement les événements géopolitiques de ces dernières années en Eurasie ne vont pas dans le sens souhaité mais encore ils se sont très clairement orientés dans un sens opposé à leur désir, vers la création d’un Bloc géopolitique défensif fondé sur l’entente et la coopération politico-militaire des deux puissances en cause. Créée l’année 2000 à l’initiative du Président russe Vladimir Poutine et de son homologue chinois Jiang Zemin (remplacé depuis par Hu Jintao, Jiang restant « aux affaires » à la tête de la Commission militaire centrale) l’Organisation de Coopération de Shanghai, l’OCS, en est la manifestation concrète la plus conséquente et la plus opérationnelle puisque le 21 novembre dernier les Etats-Unis ont évacué la base militaire Ouzbèque de Khanabad installée en 2001 à la faveur de la croisade antiterroriste US. Le 5 juillet l’OCS avait invité les pays de la « coalition antiterroriste » à démanteler les bases militaires situées sur les territoires des pays membres et à déguerpir. En 2005 on a vu se dérouler des manœuvres conjointes russo-chinoises sur l’ancienne « ligne rouge » du fleuve Oussouri, qui faillit naguère provoquer un conflit entre les deux pays. Outre l’objectif à court terme du démantèlement des bases américaines en Asie Centrale la collaboration entre Moscou et Pékin s’est manifestée aussi pour contrer la tentative de « révolution colorée » survenue en Kirghizie comme toutes les tentatives « oranges » faites ailleurs.

Au pays des «36 Stratagèmes» on n’est pas resté inactif dans le domaine de l’analyse et de la prospective, surtout depuis l’agression de l’OTAN contre la République Fédérale de Yougoslavie (RFY), la Serbie actuelle, en 1999, conduite par les Etats-Unis et 18 de leurs « alliés ». Le démantèlement de l’ancienne Yougoslavie et la guerre faite aux Serbes qui en constituaient le noyau principal ont soigneusement été étudiés à Pékin qui durant toutes les phases du conflit, aussi bien lors de la guerre de faible intensité que pendant les bombardements, a entretenu sur le terrain des observateurs attentifs.

A Pékin Zhang Zhaodong est l’auteur de 3 livres publiés en 1999 et ayant un rapport avec l’agression de l’OTAN: dans son premier,Qui Gagnera la Prochaine Guerre ? (2) cet ancien officier de marine professeur à l’Université Chinoise de Défense Nationale explique un peu à la manière de Avin et Heidi Toffler (3) que désormais la menace principale vient des airs. L’avenir est aux missiles, aux armes à laser, aux engins furtifs. Selon Zhang le principal théâtre des opérations pour la Chine devrait être l’Océan Pacifique. Zhang met l’accent sur l’importance du contrôle des îles comme autant de bases solides pour l’arme aérienne. La Chine doit se préparer à cette nouvelle forme de guerre en développant sa puissance industrielle. Il faut miser non sur la quantité (comme avant) mais sur la qualité des matériels et des troupes. Zhang prône la mise sur pieds d’un commandement militaire interarmes unifié et l’imbrication de la recherche civile et militaire. Comme aux Etats-Unis

Dans son deuxième livre A Quand la Guerre Contre nous ? (4) Zhang étudie la fameuse doctrine de Révolution dans les Affaires Militaires (RAM) qui détermine depuis la première guerre du Golfe le comportement américain. C’est le domaine du C4ISR (Command, Control, Communications, Computers, Information, Monitoring & Reconnaissance) , celui de l’Infoguerre et de l’informatisation des équipements mobiles. Face à un tel assaut de technologie il est toutefois nécessaire de ne pas perdre le contact avec les réalités (comme le montrent les dérives virtualistes américaines) et si l’analyste chinois appelle à la modernisation de l’Armée Populaire de Libération, l’APL, il prône en même temps la réinsertion du soldat dans la société. Le soldat chinois ne doit plus être isolé mais se trouver à l’aise au sein de son peuple. Zhang souhaite un soldat qui puisse avoir accès aux technologies de pointe de l’américain mais qui se conduise comme le résistant irakien d’aujourd’hui, un soldat «comme un poisson dans l’eau». Une façon de joindre les enseignements de la guerre révolutionnaire de Mao aux préoccupations philosophiques de « L’Homme et la Technique», la conjugaison de ces deux éléments faisant naître l’invincible combattant du futur. Il ne sera pas Américain.

Qui Sera la Prochaine Cible(5) , le troisième livre, tire directement les leçons de la « Guerre du Kossovo ». Zhang évoque l’usage intensif par l’Armée Serbe (VJ) de leurres destinés à la « déception » des yeux et des oreilles sophistiquées de l’agresseur, comme les chars, les radars et les ponts en plastique ou en bois. Depuis la plus haute antiquité l’art du camouflage est considéré comme un art de la guerre à part entière, mais il est un peu oublié par les adeptes de Robocop , de la Panoptique et autre Total Information Awareness (TIA), qui ne jurent que par la sophistication des armes de science fiction. A l’opposé du virtualisme engendré par la technique, l’homme est capable de tirer parti des enseignements de la guerre cognitive et d’utiliser des armes non militaires.

Durant cette guerre où l’Armée Serbe a compensé son manque de moyens matériels et surtout leur vétusté voire leur caractère obsolète(6) par un florilège d’astuces et de bricolages, on a bidouillé radars et batteries de défense anti-aérienne, monté ces radars (quelques uns de fabrication tchèque) sur de vieux camions soviétiques qui, une fois les avions ennemis « accrochés », déclenchaient la riposte de la Défense anti-aérienne (PVO) et changeaient immédiatement de position. Ainsi, avec une PVO rustique à base de missiles Sam-6 à la portée accrue, à la munition tirée en salves et éclatant à haute altitude, on a contraint l’ennemi à descendre le moins possible au-dessous de 5000 mètres de peur d’être abattu, ce qui devait nuire à l’efficacité des tirs. Les pilotes français fourvoyés dans cette galère ont déclaré à leur retour être sortis d’une véritable « fournaise ». Dans le même temps de simples guetteurs postés sur les crêtes montagneuses signalaient l’arrivée des missiles. Par ce même procédé de tirs en salves on a détruit le quart des missiles de croisières à 1 million de dollars tirés depuis la mer Adriatique, et abattu le fameux avion « invisible » F-117 dont la composition du revêtement ultra-secret au coût de recherche exorbitant et qui avait exigé des années de recherche n’a pas été perdue pour tout le monde…

On a testé discrètement des systèmes nouveaux qui avaient la particularité d’éblouir les pilotes d’aéronefs et certains ont parlé d’armes laser. On a détourné la fonction de routes pour en faire des pistes d’atterrissage inattendues. On a protégé avions et hélicoptères dans de profonds et hermétiques abris souterrains. On est intervenu sur les fréquences radio de l’agresseur pour connaître à l’avance ses actions, brouiller certains messages ou se substituer aux interlocuteurs en utilisant des spécialistes des écoles de langues. On a effectué une rotation permanente des troupes et leur fragmentation en petites unités mobiles, ce qui a permis de réduire au maximum les pertes d’une Armée qui s’est jouée de l’ennemi avec maestria, inaugurant sur une grande échelle ce que l’on appelle aujourd’hui la « guerre asymétrique ». On a monté des opérations de commando en Bosnie où les Forces Spéciales Serbes appuyées par des éléments de l’Armée de la Republika Srpska et déguisées en troupes de l’OTAN ont détruit un certain nombre d’appareils sur le chemin du retour aux environs de Bjielina, de Tuzla et de Pale.

L’OTAN avait annoncé qu’elle règlerait l’affaire serbe en 5-6 jours. Il lui fallut 3 mois et l’épuisement de ses stocks de missiles pour arriver à un « accord » avec Slobodan Milosevic. Là-dessus Zhang n’est pas tendre pour la direction russe de l’époque (Eltsine) qu’il accuse d’avoir lâché les Serbes en refusant de livrer les batteries de missiles S-300 qui auraient pu être dévastateurs pour l’OTAN, puis par la mission Tchernomyrdine (qui devait agir comme un VRP occidental). D’où un doute qui s’est un peu estompé depuis l’accès aux affaires de Vladimir Poutine, mais un doute subsistant en forme de question récurrente dans la bouche des dirigeants chinois: « Est-ce que la Russie sera capable de contenir les Etats-Unis dans les prochaines 20 années ? ».

Zhang ne manque pas non plus de relever les différences de conceptions entre la France, l’Allemagne et les Etats-Unis, notant que sous l’impulsion de Washington la doctrine de l’OTAN est passée pour son cinquantième anniversaire d’une position jusqu’alors défensive à une position « préventive », d’une position militaire à une position politico-militaire. Faisant mine de se demander pourquoi les Etats-Unis ont insulté la Chine en bombardant son ambassade belgradoise, Zhang évoque une improbable volonté de montrer sa force là où il faut plutôt y voir une volonté de punir un Etat qui aide l’ennemi, un Etat qui teste de nouveaux systèmes de défense et en définitive un Etat qui a fait plus pour défendre la Serbie que la slave et orthodoxe Russie. Il est vrai qu’en défendant les Serbes les Chinois se préparaient à se défendre eux-mêmes. On ne pouvait en attendre autant d’Eltsisne et de sa bande d’oligarques.

Sur le plan politique, traduisant la position de la direction de Pékin, Zhang fait une différence entre la première « Guerre du Golfe » et ce que l’on a appelé la « Guerre du Kossovo » (dans les deux cas on devrait dire l’agression contre l’Irak et l’agression contre la Serbie) : la première, bien qu’illégitime, faisait suite à l’invasion du Koweït, un Etat membre des Nations Unies. L’agression des mêmes contre la Serbie n’avait, elle, ni légalité ni légitimité et était par conséquent « totalement injustifiée ». La position de Zhang reflète la position du Gouvernement Chinois. Le prétexte du Kossovo est un précédent susceptible d’être appliqué plus tard à la Chine, l’affaire yougoslave à travers le démantèlement territorial d’un pays souverain, le soutien aux séparatismes de républiques et régions autonomes, notamment en Bosnie et au Kossovo transformés par la diplomatie coercitive et la force armée en « Etats » ou en passe de l’être, pourraient bien un jour ou l’autre viser le Tibet ou le Xinjiang que certains appellent le « Turkestan Oriental»…

La synthèse turco-islamiste ou néo-pantouraniste vise en effet encore plus la Chine que la Russie. Sur ces questions d’actualité, les livres de Zhang et les articles de la presse militaire pékinoise en attestent, les Chinois ont pris conscience de la menace pour eux-mêmes en observant la destruction méthodique de la Yougoslavie et ils se préparent à défendre avec détermination et finesse une Chine menacée des mêmes périls.
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