FORUM DU PSUNE

Forum socialiste européen
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Interview d'Yves Bataille(septième partie).

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Spartiate
Pérégrin
Pérégrin


Nombre de messages : 21

MessageSujet: Interview d'Yves Bataille(septième partie).   Mar 15 Nov - 0:31

10. Difficile de faire des prévisions sur l’évolution des événements mondiaux. Comment voyez-vous l’avenir ? L’Europe peut-elle passer du statut de « zone économique privilégiée » à celui de puissance politique et militaire qui se fait respecter ? Existe-t-il une possibilité pour qu’ émerge une superpuissance européenne capable de s’opposer aux tenants actuels du « pouvoir mondial » ?

Les première et deuxième guerre mondiale ont été dramatiques pour l’Europe qui a perdu l’indépendance de ses nations et a troqué une occupation par une autre. En émancipant ses colonies, l’Europe a perdu l’accès direct aux ressources énergétiques. Depuis l’implosion de l’Union soviétique et la réunification allemande le condominium américano-soviétique a cédé la place à un monde unipolaire dominé par les Etats-Unis. Ces derniers ont porté la guerre dans les Balkans, et essayent de la répandre dans le Caucase et en Asie Centrale. Au Proche Orient leur alliance avec Israël leur aliène la rue arabe malgré la collaboration de ses dirigeants serviles. En Amérique Latine s’esquisse à l’initiative du Venezuela du colonel Chavez la politique commune d’ Etats de plus en plus nombreux pour desserrer l’étau états-unien. En Russie, Biélorussie, Ukraine, dans certaines républiques d’Asie centrale des contre-mesures effectives commencent à être prises en ce moment-même, les bureaux de Soros sont fermés, le nombre des correspondants de Radio Free Europe (RFE) est réduit, des « analystes » de la Jamestown Foundation commencent à avoir des ennuis (en Ouzbékistan et au Kazakhstan), des régions d’entités dressées contre la Russie, comme la Géorgie ou la Moldavie (l’Abkhazie et la Transnitrie), sont en dissidence, et un mouvement de type nouveau, le Mouvement Eurasiste se développe activement sur la base du Rassemblement des Peuples du Continent. Son Mouvement de Jeunesse a notamment pour mission de neutraliser les groupes de la « révolution orange» apparus en Ukraine et en Géorgie et qui ne sont que les faux-nez de l’américanisme, ces groupes cherchant à s’implanter en Russie. L’Action doit se dérouler aussi à l’Ouest où les conditions pour le développement de ce type de mouvement nouveau apte à prendre les contre-mesures spécifiques et adaptées au milieu devraient apparaître au fur et à mesure du déroulement des luttes à l’Est. Pour créer une Synergie, pour que l’Action puisse se faire partout en même temps demain, encore faut-il dès aujourd’hui disposer des moyens nécessaires à la lutte. Si les moyens dégagés par la Centrale sont suffisamment importants, la contagion eurasiste se répandra dans la Jeunesse comme une « vague dévastatrice » (comme aurait dit Sorel).

A la dérive effrénée de Bush et de ses « neocons », qui inquiète Soros ou Brzezinski par son caractère sommaire et caricatural qui altère l’image des Etats-Unis et rend la conquête globale plus difficile, à leur désir de dépecer le monde à leur guise, répond une vague d’anti-américanisme et d’actions sans précédent qui secouent les quatre coins de la planète, sont facilitées par les nouvelles techniques de communication comme Internet et prennent une dimension nouvelle par les possibilités de « résistance en réseau», de « guerre sans chef » et de « guerre sans règles ». Dans la guerre asymétrique comme dans la guerre sans règles il n’est plus besoin de disposer d’une armée conventionnelle pour porter de rudes coups à l’ennemi. Contre le bellicisme états-unien, au stade des Etats, de nouveaux regroupements géopolitiques se forment, avec lesquels ils faudra compter à l’avenir: à travers l’Organisation de Coopération de Shanghaï la Russie et la Chine ont opéré une alliance politico-militaire pour briser leur encerclement et mieux lutter contre un commencement d’installation US en Asie Centrale et en Mongolie. En matière énergétique (et pas seulement le pétrole) les intérêts de l’Eurasie et de la Chine et ceux des Etats-Unis sont fondamentalement opposés et le seront de plus en plus dans les années à venir. On risque d’aller ainsi vers un conflit de grande envergure avec la Chine. Comme le disait un chef militaire chinois qui faisait allusion à l’agression US dans les Balkans: « tout a commencé avec la Yougoslavie et tout finira avec la Chine». Les Chinois ont bien observé la guerre yougoslave, leur ambassade de Belgrade n’a pas été visée par hasard par 5 missiles en 1999: les Chinois testaient de nouveaux systèmes de défense et avaient fait bénéficier les Serbes de moyens de contre-mesures électroniques. En défendant les Serbes les Chinois se préparaient tout simplement à se défendre eux-mêmes. C’est pourquoi à l’avenir non seulement l’Ours et le Dragon ne devraient pas se battre entre eux mais encore conjuguer leurs forces face à la menace états-unienne. Le nouveau concept de Grande Eurasie que nous faisons nôtre intègre l’Europe et s’inscrit dans cette optique. Dans mes conférences à Pékin devant des dirigeants chinois j’ai expliqué longuement à mon auditoire, les implications de la guerre yougoslave et de l’extension de l’OTAN pour la Chine, devant des équipes attentives et motivées. Conscients de l’importance de l’Eurasie pour rétablir l’équilibre du monde désaxé, les Chinois s’intéressent aux travaux et à l’action du Russe Alexandre Douguine, le fondateur du Mouvement Evrazia, et devraient l’inviter prochainement pour une série de conférences. La Grande Eurasie (avec la Chine) implique de réviser quelque peu les enseignements datés de Karl Haushofer, qui ne correspondent plus à la situation actuelle, sans pour autant délaisser le Japon. On ne doit pas exclure que les Etats-Unis commettent la faute d’une confrontation majeure avec l’ Empire du Milieu, oubliant la mise en garde d’ Henri Kissinger: « China is too big». Si les Etats-Unis se lançaient dans une telle fuite en avant ils devraient à coup sûr y perdre des plumes et l’Europe, la Grande Europe, y gagner de toute façon.

Dirigée par des gestionnaires sans doctrine ni caractère l’Europe (la petite Europe) n’est pour l’instant qu’un nain politique mais c’est une force militaire et un géant industriel qui est déjà en guerre économique avec les Etats-Unis. La préservation du caractère européen de l’industrie d’armements (empêcher qu’elle ne passe sous le contrôle états-unien) et la construction pas à pas d’une force armée nationale-européenne constituent un préalable à la politique del’ Europe puissance. L’Europe trouvera sa puissance politique par la nécessité de défendre son industrie et la naissance d’un « patriotisme économique» commun. En France la dynamique créée par l’action du premier ministre Dominique de Villepin, possible futur président de la République, va dans le sens de la nouvelle tendance à la résistance européenne exprimée lors de l’expédition militaire américaine en Irak. L’accès au pouvoir d’une nouvelle classe politique européenne complète se fera lors d’une crise majeure avec les Etats-Unis, crise énergétique, monétaire, politique et cela arrivera plus tôt qu’on ne l’imagine car les intérêts de l’Europe et des Etats-Unis sont géopolitiquement antagonistes. Au cœur des centres vitaux d’Etats, les structures dont la vocation est de connaître et de décider doivent être en mesure de faciliter la mise en ordre de bataille du Mouvement de type nouveau. Des points de rupture pourront être trouvés aux endroits même où l’ennemi se sera montré le plus offensif, notamment en Serbie et en Ukraine. A ce moment-là les militants conscients et organisés du Nationalisme-Révolutionnaire, du Nouveau Gaullisme, du Communautarisme national-européen,les partisans de l’Eurasisme contre l’Atlantisme auront dans une première phase plus que leur mot à dire et, dans certains cas, participeront directement aux pouvoirs en raison de leur proximité avec les cercles dirigeants ou simplement en raison du développement de leur force propre. Dans une seconde ils auront acquis les leviers de commande suffisants pour instaurer l’Ere du Pouvoir Eurasien. Dans les temps qui viennent des développements capitaux vont se faire jour en Russie et en Chine et c’est avec la Russie et la Chine que sera bâtie la Grande Europe sur les décombres de la Nouvelle Carthage d’Outre-Atlantique. A cet égard les « Non » français et hollandais au référendum sur la Constitution atlantiste auront aidé à faire émerger cette autre Europe.

(Interview d'Yves Bataille réalisée à Belgrade le 29 août 2005) "
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Interview d'Yves Bataille(septième partie).
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La bataille du désert. (WW II)
» interview d'une éditrice tunisienne
» Interview avec Boussairi
» LA BATAILLE D'ATLANTIQUE
» INTERVIEW DE BRIGITTE DANS LE FIGARO MADAME

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
FORUM DU PSUNE :: Débats sur l'Europe - Debates about Europe :: Géopolitique européenne - European geopolitics-
Sauter vers: