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 Le disque de Phaistos

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Ferrier
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MessageSujet: Le disque de Phaistos   Mer 17 Aoû - 18:58



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Le mystère de l'écriture du disque de Phaistos

LE MONDE | 17.08.05 | 13h59 • Mis à jour le 17.08.05 | 13h59

n 1978, alors que nous fouillions à Nérokourou, à deux pas de la baie de Souda -en Crète- , un jeune homme passablement excité vint nous trouver. Il avait fait une retraite spirituelle dans les Montagnes blanches en compagnie des chèvres, des brebis et de l'édition photographique du disque de Phaistos (...). La vérité n'avait pas tardé à lui être révélée et, bien entendu, il avait déchiffré le disque (...). C'est le message de ce dernier qui le plongeait dans un tel abîme d'anxiété : n'y lisait-il pas un avertissement venu d'En-haut, annonçant l'imminence de la fin du monde ?"

L'anecdote que rapporte l'archéologue et historien Louis Godart dans un de ses ouvrages (Aux pays des premières écritures, éditions Armand Colin) illustre autant le caractère singulier du disque de Phaistos que l'intérêt fébrile qu'il suscite depuis sa découverte, voilà près d'un siècle. L'objet, qui fait aujourd'hui la fierté du musée archéologique d'Héraklion, dans l'île de Crète, demeure l'une des plus persistantes énigmes de l'archéologie du monde méditerranéen. Les questions qu'il pose aux épigraphistes, aux archéologues, mais aussi aux linguistes, n'ont pas d'équivalent dans l'histoire des écritures.

En juillet 1908, Luigi Pernier, un archéologue italien, exhume ce petit disque d'argile cuite des ruines du premier palais de Phaistos (Crète), dont la destruction date d'environ 1700 avant l'ère chrétienne. L'objet, qui n'excède pas 17 centimètres de diamètre pour 20millimètres d'épaisseur, attire aussitôt l'attention du chercheur. Sur chacune de ses faces apparaissent une centaine de signes gravés, disposés en spirale.

Les inscriptions qui y figurent sont inconnues, et plus d'un siècle de fouilles menées en Crète et dans le monde égéen n'ont pas permis de mettre au jour une pièce équivalente ou seulement comparable. Une singularité qui fait dire à Françoise Rougemont, chercheuse (CNRS) à la Maison de l'archéologie et de l'ethnologie et spécialiste de la protohistoire égéenne, qu'"il reste impossible de prouver de façon absolument certaine que les inscriptions du disque de Phaistos sont bien un système d'écriture". Cependant, ce constat est trop peu enthousiasmant pour faire l'unanimité.

Quarante-six caractères distincts composent les 123 signes de la première face du disque et les 118 de la seconde. Des signes dont le nombre, la récurrence et l'agencement laissent penser à la plupart des spécialistes qu'il est "probable qu'il s'agisse d'un texte", comme le dit Jean-Pierre Olivier, directeur de recherche au Fonds national pour la recherche scientifique (FNRS), en Belgique. Et si les inscriptions présentes sont bien un système d'écriture, poursuit Pierre Carlier, professeur à l'université Paris-X et spécialiste du monde grec, "alors il ne peut s'agir que d'une écriture syllabique". "Quarante-six signes, c'est trop pour être un alphabet , précise-t-il, et trop peu pour être une écriture idéographique." Tous les autres systèmes d'écriture exhumés en Crète sont, en partie au moins, des syllabaires.

Quelle langue est-elle transcrite par cette cabalistique écriture ? Le mystère est total. Certains pensent à un "vieux substrat européen" ­ une langue qui, tel le basque, n'est pas apparentée aux idiomes indo-européens. D'autres penchent pour une forme très archaïque de grec...

L'étude de la technique de réalisation du disque apporte de vraies surprises. Les inscriptions n'ont en effet pas été gravées ou tracées dans l'argile du disque : la parfaite netteté des caractères suppose que chaque signe y a été pressé à l'aide d'un poinçon ­ sans doute métallique. Le disque de Phaistos pourrait donc être le plus ancien texte de l'histoire à avoir été, en quelque sorte, "imprimé". Même si, tempèrent certains chercheurs, l'apposition de sceaux attestant la propriété d'un objet ou l'authenticité d'un document, courante dans l'Antiquité, peut être vue comme une technique comparable.

Autre particularité, autre paradoxe. Car, souligne M. Olivier, "l'auteur du disque n'a certainement pas confectionné des poinçons en métal pour chaque caractère dans le but de les utiliser sur un seul document" ! Cette technique d'impression laisse entendre ­ si c'est bien un texte qui figure sur le disque ­ que son système d'écriture a dû être employé à une bien plus vaste échelle. Or nulle autre trace de cette écriture n'a été exhumée à ce jour, ni en Crète ni ailleurs.

C'est sur ce point, celui de l'origine de l'objet, que les divergences de vues sont le plus marquées. Pour certains, le disque est d'origine minoenne ­ du nom de la civilisation qui rayonne sur la Crète jusqu'à l'arrivée des Mycéniens, vers 1450 avant J.-C. Pour d'autres, il faut chercher hors de Crète. "Aucun élément typique de l'iconographie crétoise n'apparaît sur le disque, comme la double hache ou la tête de taureau que l'on retrouve dans les autres systèmes d'écriture crétois", indique M. Olivier.

D'autres chercheurs mettent quant à eux en exergue de possibles apparentements entre certains caractères du disque et des signes retrouvés sur une table à libation ou une double hache en bronze, datant toutes deux de la période minoenne. Certains archéologues y voient des relations avec la Phénicie, sur la côte syro-libanaise actuelle, ou encore la Lycie, en Asie mineure. Mais, prévient un chercheur, les spécialistes peuvent discuter à l'infini de ces éventuelles ressemblances iconographiques. L'hypothèse d'une origine anatolienne est toutefois souvent évoquée. La raison en est simple : "L'Asie mineure est une région qui a encore été relativement peu fouillée", explique M. Olivier. Et c'est peut-être la Turquie actuelle qui recèle les alter ego du disque de Phaistos.

Quelle que soit son origine, crétoise ou non, les spécialistes s'accordent généralement pour dire que l'objet revêtait une importance particulière pour son auteur ou son commanditaire. "L'uniformité de la cuisson montre indéniablement que le disque a été cuit de façon intentionnelle", souligne M. Olivier. Donc que l'auteur du disque a voulu rendre pérenne son oeuvre, car la cuisson des tablettes n'était alors pas la coutume. Et, en Crète, les documents exhumés ont généralement subi la chaleur d'un incendie qui, en durcissant le matériau, a permis leur conservation au cours des siècles. M. Olivier en tire la conclusion que le disque n'est sans doute pas un document administratif ou économique. Mais, ajoute aussitôt le chercheur, "tout ce que l'on peut raconter sur le disque de Phaistos n'est pas démontrable".

L'histoire du disque de Phaistos a, en somme, tous les traits d'un polar historique des mieux ficelés. Il y manque encore, toutefois, une chute.

Stéphane Foucart
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Le disque de Phaistos   Mer 17 Aoû - 18:59

Citation :
Depuis la découverte du disque de Phaistos, plusieurs dizaines de propositions de traduction, des plus farfelues aux plus documentées, ont été publiées ­ souvent aux frais de leurs auteurs. Certains croient savoir que le disque retranscrit une langue indo-européenne proche du louvite (une langue parlée en Anatolie au deuxième millénaire avant notre ère), d'autres qu'il s'agit d'une forme très archaïque de grec. D'autres encore pensent pour leur part qu'il s'agit d'une langue sémitique (comme l'arabe ou l'hébreu) apparentée à celles jadis parlées en Phénicie, dont les côtes sont proches de la Crète.

Parmi toutes les solutions qui ont été proposées se cache peut-être la juste interprétation du texte ­ si c'est bien d'un texte qu'il s'agit. Mais c'est une succession de seulement 241 signes qui figure sur les deux faces du disque. On est très loin de disposer de la "masse critique" de documents permettant de valider ­ ou d'infirmer ­ une proposition de traduction.
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Ferrier
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MessageSujet: Re: Le disque de Phaistos   Mer 17 Aoû - 19:01

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Le minoen résiste aux efforts de décryptage des linguistes

LE MONDE | 17.08.05 | 13h59

Le 10 juillet 1952, sur les ondes de la BBC, un jeune architecte anglais annonce avoir décrypté le "linéaire B", une écriture crétoise vieille de 3 500 ans. En expliquant que celle-ci transcrit une forme archaïque de la langue grecque, Michael Ventris bouleverse la compréhension du monde égéen.

La découverte du chercheur anglais montre en effet, définitivement, que les habitants de la Grèce continentale parlaient déjà le grec à l'"Age héroïque", au IIe millénaire avant J.-C. Les personnages chantés par Homère, Ulysse, Achille, Agamemnon et les autres, s'ils ont jamais existé, s'exprimaient en grec. L'information peut sembler triviale : habitants de la Grèce, ces hommes parlaient grec. Elle est, au contraire, saisissante.


Pour comprendre, il faut savoir qu'outre les inscriptions dites marginales, comme celles du disque de Phaistos, les archéologues ont exhumé de leurs fouilles sur l'île de Crète trois grands systèmes d'écriture : le hiéroglyphique crétois, le linéaire A et le linéaire B. Plusieurs indices portent les chercheurs à penser que le linéaire B dérive des deux autres graphies, qui, elles, semblent plus anciennes. En outre, de nombreux documents rédigés en linéaire B sont également retrouvés dans les ruines des palais de Mycènes bien sûr, mais aussi de Pylos, de Tyrinthe ou de Thèbes.

Or les Grecs continentaux envahissent la Crète vers 1450 avant l'ère chrétienne. La grande île est alors dominée depuis plus de mille ans par la brillante civilisation minoenne, dont les traits caractéristiques disparaîtront après environ deux siècles de domination mycénienne. Les chercheurs déduisent que les envahisseurs continentaux ont conçu le linéaire B en adaptant les écritures de leurs vaincus minoens à leur propre langue. Mais cela ne dit pas laquelle.

L'hypothèse d'un parler mycénien disparu et sans apparentement avec les langues sémitiques ou européennes actuelles n'est pas à exclure. Michael Ventris pense, au tout début de ses recherches, que le linéaire B n'écrit pas du grec, mais une langue proche de l'étrusque, c'est-à-dire un isolat, un idiome sans apparentement connu. Ses travaux donneront tort à sa première intuition.

En moins de deux ans, les résultats de Michael Ventris, aidé du philologue et helléniste John Chadwick, sont acceptés par la communauté scientifique. Mais, cinquante ans plus tard, les deux systèmes d'écriture dont dérivent plus ou moins directement le linéaire B, le linéaire A et le hiéroglyphique crétois, demeurent indéchiffrés. Aucune des propositions de décryptage publiées n'a été reconnue par la communauté des chercheurs. La difficulté semble presque insurmontable. Non seulement les épigraphistes ne savent pas lire phonétiquement le linéaire A et le hiéroglyphique crétois, mais les linguistes ignorent tout de la langue minoenne, transcrite, selon toute évidence, par les deux graphies... Et l'idiome minoen est probablement, comme le pensait M. Ventris du mycénien, un pur isolat.

Autre difficulté, le nombre de documents exhumés à ce jour et rédigés dans ces deux systèmes syllabiques reste très limité : à peine 300 inscriptions en hiéroglyphique crétois et 1 600 en linéaire A, contre 5 000 tablettes de linéaire B. Pour Pierre Carlier, professeur à l'université Paris-X et spécialiste du monde grec, la "masse critique" n'est pas atteinte. Mais, ajoute-t-il, "on découvre chaque année une quinzaine de nouveaux documents en linéaire A". Ces obstacles rendent improbable un décryptage prochain du linéaire A et du hiéroglyphique crétois. D'autant que guère plus d'une dizaine de chercheurs dans le monde y travaillent.

L'avancée des connaissances pourrait néanmoins s'accélérer avec la découverte d'inscriptions bilingues. Ce n'est pas exclu, surtout pour le linéaire A. Peuple maritime, les Minoens ont eu en effet de nombreux contacts avec la Phénicie, l'Egypte et plusieurs civilisations du pourtour méditerranéen. "Des tablettes de linéaire A ont même été retrouvées à Samothrace -une île grecque du nord de la mer Egée, à environ 600 kilomètres de la Crète-, explique ainsi M. Carlier. Cela montre le rayonnement important de ce système d'écriture en Méditerranée."

Stéphane Foucart

A ce propos, Pierre Carlier, cité dans cet article, a été mon directeur de mémoire de maîtrise.
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Kergwyon
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MessageSujet: Le disque traduit   Sam 3 Sep - 12:53

Dans ARCHEOLOGIE nouvelle n° 4 de mars 1994, Louis Godard propose une lecture définitive du disque de Phaistos.
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MessageSujet: Re: Le disque de Phaistos   Aujourd'hui à 4:08

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