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 Le Non

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MessageSujet: Le Non   Ven 10 Juin - 8:30

Citation :
LA SIGNIFICATION POLITIQUE DU NON
Yves BATAILLE

Les Français ne sont pas mécontents de la monumentale claque infligée à une «partitocratie» arrogante et coupée du peuple qui tient lieu de classe politique. Les partis-machine qui occupent le parlement(1), les syndicats réformistes, le patronat atlantiste et les intellectuels télévisés organiquement liés au show bizz…, ce «microcosme», cette «société de connivence» qui avait appelé au oui s'est réveillée lundi 30 mai avec une belle gueule de bois. Avec 70% de votants les 55% de «non» on apporté une réponse claire à une constitution qui ne l'était pas.

Les motifs du non sont multiples et plus cohérents qu'on ne le dit: en connaissance de cause ou par instinct certains ont d'abord dit non à une Constitution qui semblait vouloir donner le pouvoir à un aréopage anonyme; une partie de l'électorat a manifesté son refus d'une Europe libérale et anti-sociale marquée par les effets négatifs de la globalisation, d'autres (souvent les mêmes) ont rejeté une Europe ligotée à l'OTAN c'est-à-dire aux Américains; d'autres encore ont exprimé leur refus de la poursuite d'une immigration colonisation de peuplement qui, jointe au phénomène des délocalisations, grève l'avenir national et les budgets sociaux. On a voté non à la politique hésitante du gouvernement Raffarin, un ex giscardien hissé au poste de premier ministre pour satisfaire les libéraux. On a voté non à la dérive américaniste de «discrimination positive» évoquée par le dénommé Sarkozy. On a voté non parce que la Télévision et la presse écrite (Le Monde des fonds de pension US, Libération-Rothschild et Le Figaro-Carlyle) avaient appelé à voter oui. On a voté non pour dire oui à l'Europe mais pas à celle-là.

Se faisant le promoteur d' une Constitution (conforme aux voeux des Atlantistes) qu'il pensait pouvoir interpréter à sa façon pour apparaître comme le maître d'œuvre de l'Europe en formation, Jacques Chirac s'est tiré une balle dans le pied. Il espère in extremis se sauver de ce faux pas en désignant comme nouveau premier ministre l'homme qui a porté le non de la France à la guerre américaine en Irak aux Nations Unies, son féal et peut-être successeur Dominique de Villepin mais le voici obligé de composer au sein même de son mouvement(l'UMP)et de son nouveau gouvernement avec Nicolas Sarkozy, le cheval de Troie de l'Amérique dans une France prise pour cible.

Dans le cadre d'une Europe sous sa coupe l'administration US souhaitait le oui. Le non embarrasse Washington qui veut une Europe unie par «l'intégration euro-atlantique». Cette intégration euro-atlantique est l'exact opposé de la Grande Europe des nationalistes européens et des Eurasistes. Elle vise à unifier sous ses «valeurs» (boursières) et son idéologie marchande les deux anciennes zones de l'après-guerre, l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est (New Europe et Old Europe)en une seule Zone d'Occupation Américaine (ZOA). Elle vise à empêcher non seulement l'unité continentale de l'Europe en un bloc géopolitique indépendant mais encore à détruire la Russie sur le mode yougoslave pour écarter le spectre de l'unité grand continentale eurasiatique de Vladivostok à Dublin qui entraînerait la fin de la domination US sur le monde. Le soutien américain à l'entrée de son pion turc actuel dans la petite Europe s'inscrit dans ce cadre.

«En France «libéral» est devenu la pire insulte» (André Glucksmann)

Par Europe les Américains entendent un espace géographique morcelé comme dans les Balkans en une multitude de micro Etats oblitérant le «noyau dur» franco-allemand, une zone économique dépourvue de colonne vertébrale et de direction politique, un chapelet d'entités dépolitisées fournissant des «alliés» (les vassaux) et susceptibles de commercer avec eux sur un mode inéquitable; un espace affaibli pour maintenir et renforcer l' éternelle posture d'infériorité. L'exemple est fourni par les nouveaux Kollabos des ex démocraties populaires qui font assaut de servilité. Il faut pouvoir continuer à mettre sur orbite aux postes clé les zélés serviteurs atlantistes capables de mettre à disposition de «la seule nation indispensable au monde» (Madeleine Albright) l'infanterie coloniale de la guerre globale. C'est tout le contraire de ce que d'aucuns appellent désormais à Paris l'Europe puissance. Représentée à Bruxelles par l'ancien maoïste portugais Barroso (2)l'Union européenne de Bernard-Henri Lévy et des Tour Operators sort heureusement ébranlée par le non français du 29 mai (et le non hollandais qui a immédiatement suivi). Comme quoi l'argent et les moyens techniques, à certains moments, ne suffisent pas à faire la décision. Sans le vouloir l'écran ennemi peut devenir ami. C'est si vrai qu'un individu que l'on ne présente plus, qui a appelé et assisté avec délectation au crapuleux bombardement de la Serbie en 1999 et souhaite une Russie rayée de la carte, le résistant tchétchène parisien André Glucksmann, s'étranglait de rage le 30 mai dans le Corriere della Sera là où d'autres se réjouissent exactement pour les mêmes raisons:



Pour l'ancien «nouveau philosophe» cette union des pôles opposés – qui a pu être définie comme le «fer-à-cheval des partis pour la Nation » - ce faisceau des contraires du non à la Constitution, la convergence politique - sur l'urgence - de l'électorat socialiste, national et communiste traduit la force du courant «antilibéral et anti-américain» et la «haine de la bureaucratie cosmopolite de Bruxelles». L'extraordinaire et, il faut le souligner, le vrai, c'est que Glucksmann émet des doutes sur la sincérité de partisans du oui qui se seraient livrés pour l'occasion à une sorte de non-dit, Chirac en tête. Le lien est immédiatement fait avec la France chiraquienne qui a dit non à l'invasion anglo-américaine de l'Irak et demandé de se taire aux chaouchs de la New Europe ayant signé l'appel rédigé par l'américain Bruce Jackson du Committee to Expand NATO. C'est bien la diplomatie française qui a l'obsession de «l'Europe puissance» pour contrebalancer la «superpuissance» américaine qui est en cause. Dans le Non comme dans le non-dit, Gluckmann décèle l'idée-force qui tend une certaine France et exaspère Brooklyn, le mythe moteur de l'axe (de départ) Paris-Berlin-Moscou défini comme épine dorsale du Continent contre Bruxelles et Varsovie (qui rime avec Brzezinski).

Mais ce n'est pas tout: ce référendum prouverait que les Français «préfèrent Poutine à Bush», ce qui est un crime dans la mesure où quand Glucksmann dit Poutine il pense Staline. Et quand Jean Pierre Chevènement hurle contre les «oligarques de Bruxelles» il dévoile «l'origine poutinienne de son langage».(…) Les socialistes qui ont majoritairement voté pour le non ont fait «du chiraquisme sans Chirac» et sont coupables de «reprendre cette géopolitique à coup de populisme». Chose terrible, «en France, «libéral» est devenu la pire insulte» se lamente le maoïste recyclé publié par PNAC – Project for the New American Century. «En France, quarante pour cent de l'électorat est anti-européen et anti-démocrate» et l'on n'y parle que de protection sociale et de protectionnisme étatique. La social-démocratie allemande rejoint sa semblable française dans le rejet de l'économie ouverte et l'on n'y cesse pas «les vitupérations anti-américaines et anticapitalistes». Enfin «à Berlin comme à Paris, aucune force politique n'a reconnu que l'événement principal de ces derniers mois à été la Révolution Orange» en Ukraine (…). Pour Glucksmann, l'individu qui se réjouissait publiquement l'an dernier de l'assassinat du président tchétchène Khadirov et de l'érection du Mur de Sharon en Palestine «l'identité européenne est le vent de liberté qui souffle, plus vivace que jamais, entre Kiev et Tbilissi».(...)

Les paroles «à chaud» de Glucksmann traduisent bien le dépit atlantiste. Les Américains, qui ont de la difficulté à comprendre les subtilités du «reste du monde», saisissent mal la signification du non ou font semblant de ne pas comprendre. A la New Atlantic Initiative de l'American Enterprise Institute (AEI), le néocon polono-américain Radek Sikorski se félicite de l'affaiblissement du président français: «The results should be quite good for trans Atlantic relations because it weakens the most anti US politician in Europe, namely the French president Jacques Chirac». De quoi ce dernier est-t-il coupable?: de ne pas se plier suffisamment aux standards mondiaux «to educate his public about the demands of a competitive global marketplace». Mais à la Brookings Institution le son de cloche est quelque peu différent: Philippe Gordon soupçonne lui le non français de traduire une volonté d'indépendance européenne, de manifester la victoire des forces anti-globalisation, de marquer la rupture avec la partie du continent qui se vautre dans les plis du drapeau états-unien.

En conséquence la ligne de fracture française est double : elle se concrétise d’un côté par l’antagonisme gouvernemental entre le national-gaullisme représenté par Dominique de Villepin devenu premier ministre et la tendance atlantiste de Nicolas Sarkozy nommé ministre de l’intérieur, de l’autre par l’aspiration populaire à une alternative de rupture au Système bruxellois qu’aucun des partis en présence n’incarne à lui tout seul. L’avenir est au communautarisme national-européen et à l’Eurasisme quel que soit le nom que l’on donne à cette solution.

(1) Sauf le Parti communiste qui avait appelé au non tous les partis représentés au Parlement appelaient au oui. Les Verts liés au Parti socialiste ont montré qu’ils n’étaient qu’une salade américaine, ce que l’on sait depuis longtemps.

(2) José Manuel Barroso a été responsable du MRPP, un mouvement maoïste soutenu par la CIA après la «révolution des oeillets» (1974). Il s'agissait de contrer le Parti Communiste Portugais (PCP) soutenu par Moscou, jugé stalinien et dangereux.
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