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 Epigrammes vénitiennes

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MessageSujet: Epigrammes vénitiennes   Jeu 26 Mai - 23:46

En mémoire de Goethe, dont un institut qui porte son nom a été saccagé il y a quelques semaines au Togo, en prélude à une calamité mondiale.






I. Le païen ornait d'une façon vivante les sarcophages et les urnes. Des faunes dansent tout autour et forment, avec le chœur des bacchantes, un cercle bigarré. Le joufflu aux pieds de bouc pousse bruyamment le son voilé hors du cornet aigu. Cymbales et tambours résonnent ; nous voyons et nous entendons le marbre. Oiseaux qui voltigez, quel goût délicieux votre bec trouve au fruit ! Nul bruit ne vous chasse ; il effraie moins encore l'Amour qui, dans cette foule bariolée, s'amuse aussitôt avec sa torche. Ainsi l'abondance triomphe de la mort, et la cendre qui repose là, semble encore se réjouir de l'existence dans la silencieuse demeure. Que de la sorte ce parchemin, richement orné de vie par le poète, entoure donc plus tard son sarcophage !


VII. J'avais un amour ; il m'était cher au-delà de toutes choses. Mais je ne l'ai plus ! Je me tais et supporte ma perte.


XIII. Il est doux, au printemps, de fouler d'un pied délicat le trèfle en germe et de caresser d'une main affectueuse la laine de l'agneau ; il est doux de voir les branches nouvellement vivaces couvertes de fleurs, d'appeler ensuite, le regard plein de désirs, le feuillage verdoyant. Il est plus doux cependant d'orner de fleurs le sein de la bergère, et, de ce bonheur multiple, Mai me prive cette fois.


XIX. Tout noble Vénitien peut devenir doge ; c'est ce qui le rend, déjà enfant, si distingué, soigné, prudent et fier. Les oublies sont, pour cette raison, si fines dans l'Italie catholique ; car c'est de la même pâte que le prêtre consacre le Dieu.


XX. A l'arsenal se tiennent au repos deux lions de l'antique Grèce ; le portail, la tour et le canal, paraissent mesquins à côté de ce couple. Si la mère des dieux descendait, tous deux se serreraient à son char et elle se réjouirait de son attelage. Mais maintenant ils sont là, mélancoliques ; le moderne matou ailé roue partout, et c'est lui que Venise nomme son patron.


XLIX. - " Boucs ! à ma gauche, ainsi prononcera le juge futur ; et vous, petits agneaux : tenez-vous tranquillement à ma droite. " Fort bien ! mais on peut espérer de lui encore une chose, c'est qu'il dira : - " Gens raisonnables ! placez-vous vis-à-vis de moi. "


LIV. Que les grands réfléchissent sur le triste sort de la France ; mais, en vérité, que les petits y songent encore davantage ! Les grands ont péri ; qui a protégé ensuite le peuple contre le peuple ? - Le peuple devint alors son propre tyran.


LIX. Durant longtemps, les grands ont parlé la langue française et n'estimaient qu'à demi l'homme des lèvres duquel elle ne découlait pas. A présent, le peuple entier, ravi, a pris le ton des Français. Ne vous fâchez pas, puissants ! ce que vous avez souhaité, arrive.


LXVII. Je suis capable de supporter beaucoup de choses : j'endure la plupart des plus incommodes avec un courage résigné, comme un Dieu me l'ordonne. Il en est cependant quelques-unes qui me répugnent autant que le poison et le serpent ; elles sont au nombre de quatre : la fumée de tabac, les punaises, l'ail et la croix.


LXXIV. Je ne puis m'étonner que les hommes aiment tant les chiens, car l'homme est un aussi pitoyable gueux que le chien.


LXXIX. Newton a ramené toutes les couleurs au blanc. Il vous a fait accroire bien des choses auxquelles vous avez foi depuis un siècle.


LXXX. - " Tout s'éclaircit à merveille, ainsi me disait un écolier, grâce aux théories que le maître nous a sagement enseignées. " Avez-vous solidement charpenté une croix en bois ? Un corps vivant s'y adaptera naturellement pour le supplice.


LXXXVII. Ah ! je te connais, Amour ! aussi bien que qui que ce soit. Tu portes là ta torche et elle rayonne devant nous dans les ténèbres. Mais tu nous conduiras bientôt par des sentiers embrouillés ; c'est alors que nous aurions besoin de ta torche. Hélas ! La traîtresse s'éteint.


LXXXVIII. Une seule nuit sur ton coeur ! le reste se trouvera. Amour nous sépare encore dans le brouillard et la nuit. Oui ! je verrai le matin où l'Aurore épiera les amis, le sein contre le sein ; où Apollon, le matinal, les réveillera.


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