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 BARDISME (VISAGE DU DRUIDISME)

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olivier carbone
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MessageSujet: BARDISME (VISAGE DU DRUIDISME)   Dim 3 Juil - 15:33

Le « druidisme » a d’abord été et demeure une philosophie traditionnelle. Cette évidence, nous l’appréhendons difficilement, encombrés que nous sommes par l’interprétation toute sacerdotale que César a donnée du rôle des druides. Les historiens modernes ont accrédité son erreur, parce que le druidisme, comme toute discipline initiatique, ne se laisse pas percevoir de l’extérieur. On ne peut le connaître sans le pratiquer.
Qui étaient les druides ?

Les druides, dont le nom signifie « très savants », étaient des philosophes et des enseignants. Ceux qui ne se consacraient pas à l’enseignement exerçaient toutes sortes de métiers ; ils étaient médecins, architectes, diplomates, juristes, magistrats, financiers ; d’autres encore étaient propriétaires terriens et éleveurs. Il y eut également des druidesses qui exercèrent le métier de maîtres d’armes.
Qu’enseignent les druides ?

Outre la philosophie, les druides enseignaient l’astronomie, les mathématiques, la médecine, le droit, l’histoire, la rhétorique et certaines formes de divination. Aujourd’hui encore ces matières traditionnelles constituent le cœur de l’enseignement druidique, mais très différemment de ce que l’on entend généralement sous ces noms. Sont enseignés les rudiments d’astronomie ou de mathématique nécessaires à la compréhension des contes que les druides nous ont transmis. Le but de l’enseignement n’est pas d’accumuler des savoirs ; la métamorphose en est le véritable enjeu. « La porte est en dedans… » lit-on sur le fronton de l’église de Tréhorenteuc. Déverrouiller la porte nous ouvre le chemin des trois plénitudes traditionnelles : plénitudes « de l’énergie, de la conscience et de l’amour ». Il y faut une clef : à chacun la sienne. Le moule de cette clef est en nous, nous trouvons le métal qu’il faut y couler par une réflexion profonde sur la nature (l’enseignement est donné en plein air), les symboles et les traditions mythologiques de l’Europe.
Comment devient-on druide ?

Tout le monde n’a pas vocation à devenir druide. Mais tout le monde peut souhaiter développer sa conscience.
L’apprentissage du druide s’accomplit en sept ans.
On est d’abord marcassin (c’est-à-dire « élève ») pendant trois années, à l’école d’un barde, d’un ovate ou d’un druide régulièrement consacrés. Ces trois années d’étude sont sanctionnées par la qualité de barde.
Les bardes ensuite, pendant deux ans, suivent l’enseignement d’un druide ou d’un maître-barde (athraw) et sont alors nommés awenyddion, c’est-à-dire « inspirés ». Au terme de ces deux années, le barde devient un ovate, c’est-à-dire un « voyant » (vates).
Enfin, après deux années de perfectionnement, l’ovate devient druide.

Il n’est pas nécessaire de souhaiter devenir druide pour bénéficier de l’enseignement druidique.
Qu’apporte le druidisme ?

Le druidisme est une école de sagesse. Le druidisme n’a pas de dogmes, et la pratique du druidisme ne remplace pas des superstitions par d’autres. Elle enseigne à y voir clair. Le druidisme ouvre nos yeux sur une réalité plus simple et plus complexe en même temps. Il enseigne à considérer comme complémentaires des pensées et des événements que nous vivons comme contradictoires.
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VISAGE DU DRUIDISME

Chapitre VIII

BARDISME ET NEOBARDISME

L'on aurait pu clore ici sans inconvénient majeur l'histoire des Ultimes avatars du druidisme. Toutefois, comme le bardisme et ses succédanés occupent encore nombre d'esprits curieux ou inquiets des deux côtés de la Manche, il n'est peut-être pas inutile tic lui consacrer quelques lignes.

J'ai déjà donné à entendre que l'initiation bardique effective de jadis, dont quelques aspirants bien doués pouvaient franchir tous les degrés, ne se situait pas sur le même plan que celle qui était proposée aux aspirants du druidisme, n'en constituant, si l'on veut, que la préface. Sauf cas d'espèce, la cosmogonie propre aux bardes antéchrétiens n'allait guère au-delà de la « Mère Universelle », comme celle des Phéniciens, et les enseignements s'arrêtaient au Chaos primordial. Les doctrines sur l'origine de ce Chaos (origine liée à la chute de l'Homme-Esprit, d'où se déduisait, en brident, la nécessité de sa rédemption finale) étaient l'apanage exclusif des druides confirmés. Les bardes n'en connaissaient les quelques généralités indispensables pour ne pas dévier le schisme. Car, — et j'ai trop peu insisté sur ce point délicat orthodoxes et schismatiques s'accordaient pour révérer la grande déesse, le « principe deux ». Mais les derniers avaient pour ainsi dire renversé les valeurs respectives et donné la prééminence à la Mère universelle sur le Père divin. D'où une initiation « naturaliste » dans laquelle le psychique avait le pas sur le spirituel. Cette digression terminée, je reviens à mon sujet.

Continuant à laisser de côté l'Irlande et ses Fili[1] je constate que l'institution bardique se maintint en Grande-Bretagne jus­qu'à nos jours, quoique son esprit ait changé plus d'une fois d'orientation durant cette longue période où les bardes furent aux prises avec des circonstances difficiles, et par suite, leur activité publique coupée d'éclipsés et de reviviscences.

On doit à l'activité intelligente des bardes, mainteneurs de la langue et des traditions, la conservation des œuvres de leurs devanciers, les Cynfeirdd ou « bardes primitifs », Myrddin, Aneurin, Taliesin, pour ne citer que les plus connus. On leur doit égale­ment les Mabinogion, contes en prose, rédigés au plus tôt vers les VIè/VIIè siècles, mais dont la substance s'enfonce, parfois de plusieurs millénaires, dans le passé celtique. Ces Mabinogion ont été admirablement traduits et annotés par Joseph Loth, qui n'a rien négligé pour les rendre accessibles à un lecteur cultivé du continent. Ils constituent — ou plutôt constituaient — une part importante de la tradition orale confiée à l'aspirant barde, le Mabinog ou « disciple ».

A l'époque où furent recencés ces « légendes » et ces « contes » (dont l'origine n'a rien de « populaire », mais dont on rencontre des déformations populaires dans le folklore celtique) leur signi­fication était aux trois quarts effacée. Leur plus ancien substrat apparent utilise des données d'astronomie stello-solaire, malai­sément reconstituables, notre sphère étant trop différente de celle d'autrefois où le nom et l'étendue de certains astérismes étaient autres. Les Mabinogion et leurs modèles oraux constituaient, entres autres choses, une sorte d'aide-mémoire des bardes du passé, en accord avec la symbolique céleste et le calendrier ancestraux. N'ayant pas en vue de les élucider, je m'en tiendrai à quelques allusions, au pas de course, en bornant mes examens au Mabinogi de Math, fils de Mathonvy et à celui de Kulhwch et Olwen.

Dans le premier, il est question des enfants de Don (équivalent britannique de la déesse Donna irlandaise, mais conçus sous un aspect plus relevé et dans un esprit bien différent).

La lignée est assez clairement symbolique : Gilvaethwy « Bec acéré » est un des noms périphrastiques du Pivert, l'oiseau associé au tonnerre dans les traditions de notre race. Amaéthon (l'Ambacte) et Govannon (l'artisan) synthétisent, en un sens, les deux catégories sociales ni guerrières, ni sacerdotales. Heveydd (= SAMIOS, « celui de l'été ») rend un son distinctement cosmo­logique, ainsi que sa sœur Arianrot (ARGANTO-ROTA, « Roue argentée »), un des nombreux symboles de la constellation Corona borealis, qui jouait un rôle capital dans la mytho-astronomie druidique. J'en reparlerai plus loin. Quant à Gwyddon (au nom souvent estropié en Gwydion, parfois intentionnellement) c'était le vrai Fils de la Mère céleste, aspect du Verbe-Sagesse, maître spirituel de la révélation et de l'initiation druidiques, personnifi­cation trop haute pour que les bardes, avec le temps, n'aient pas fini par lui prêter quelques traits caricaturaux.

Dans ce Mabinogi l'on discerne facilement une adaptation zodiacale, au moins partielle, que je ne suis pas le premier à relever. Les deux signes saturniens du Capricorne et du Verseau y sont symbolisés par un bouc et un cuveau, en opposition avec celui du Lion, personnifié par Lieu Law Gyffes (« le Lion à la patte puissante »), sans omettre le signe de la Vierge, représenté au naturel, si l'on peut dire, par la charmante Goewin (« Celle sous la Griffe » — sous-entendu « léonine »).

Je ne relèverai que quelques-unes des allusions astro-mythiques dont fourmille l'autre Mabinogi. Son canevas, très simple, est celui-ci : Kulhwch doit, pour épouser Olwen, fille du « Géant » Yspaddaden Penkawr, procurer à ce dernier une invraisemblable série d'objets mythico-magiques, la possession de chacun d'eux dépendant de celle du précédent. Le terme de cette quête à cent péripéties, c'est la conquête du Peigne et des Ciseaux placés entre les oreilles du Twrch Trwyth (Orcos trictos), le « Porc Troit », de Nennius. Comme de juste, il n'y a, dans le dernier état du récit, que le roi Arthur pour mener à bien la chasse de l'animal fantastique, porc ou, mieux, sanglier.

Nennius rapporte à ce propos que, dans cette chasse mouve­mentée, le chien mythique d'Arthur, Gabal, laissa son empreinte sur une pierre. Ces gravures préhistoriques sur pierres druidiques (sabots d'équidés ou pieds humains) se réfèrent toujours à une donnée solaro-stellaire, comme l'a démontré mon ami regretté, le Dr Marcel Baudouin. Ce trait peut contribuer à nous orienter.

Le nom Kulhwch signifie « Gardien du Sanglier ». Ce qui ne va pas sans rappeler l'astérisme du Bouvier, Arktophylax ou « gardien de l'Ourse », son équivalent astro-mythique. Pour Yspaddaden Penkawr, c'est-à-dire « à la tête de géant », il m'apparaît être le géant Orion, dont les étoiles étaient associées à l'équinoxe vernal, quelque trois à quatre mille ans avant notre ère. C'est le pendant exact du Mrigashiras védique, et cet appa­rentement vaudrait peut-être son exégèse. On consulterait utile­ment, à cet égard, l'ouvrage de Tilak, « Orion ou l'Antiquité des Vêdas ». Olwen (« trace blanche ») ce peut être, en un sens, la Lune d'une certaine époque de l'année. L'anecdote des bagues qu'elle abandonne périodiquement dans l'eau est assez caractéris­tique, et toute exégèse risquerait de m'entraîner trop loin. Les quatre trèfles blancs qui naissent sous ses pas partout où elle va ont, je crois, un caractère saisonnier assez évident.

Passons au Twrch Trwyth (« le Sanglier pisté ou pourchassé »). Sous un avatar moins avenant que la belle Arianrot, nous sommes ici encore en présence d'une des nombreuses adaptations de Corona Borealis, défendue par le Gardien (le Bouvier de notre sphère) qui la sépare de la Grande Ourse. Dans les ciseaux et le peigne « entre ses oreilles », sont les étoiles de ce céleste torque, dont la majeure est Alphecca (la perle). Or ce n'est pas fortuitement que ciseaux et peigne figurent dans ce Mabinogi. Justement au passage où Kulhuch (le bouvier, comme figuration astrale) demande à Arthur de lui arranger la chevelure. Rite de parrainage, d'adoption, d’initiation. Je voudrais éviter tout commentaire personnel, mais comme il peut sembler que je grossisse à plaisir l'importance de cet astérisme, je signale que, dans une mythologie sœur, il représente la couronne que reçut Ariadnè, lors de ses noces avec Dionysos, c'est-à-dire Bakkhos, l'Initiateur. C'est cette même couronne qu'elle remit ensuite à Thésée, afin qu'elle l'éclairât dans les ténèbres du Labyrinthe. Et j'emprunte au Dictionnaire des Constellations, de l'érudit et très « averti » A. Volguine, les lignes suivantes : « Notons... que cette petite constellation a certainement un sens mystique ou initiatique qui nous échappe, car ce n'est pas sans raison que Virgile l'appelle Gnossis Corona, et que le nom de Gnosienne se rencontre souvent chez les auteurs postérieurs ».[2] Je noterai pour ma part que, dans l'Inde, la même constellation, Vaeçakha, est un des Nakshatras (stations lunaires). Une de ses figurations est une couronne ou une guirlande de feuilles, évoquant la cou­ronne de lierre de Bakkhos. Une autre est une tête de buffle, mise en rapport étymologique par un commentateur avec l'immo­lation rituelle. Sauf à redire, après d'autres, que l'initiation effec­tive était assimilée à la mort, par les Anciens, j'arrêterai là mes propres commentaires.

Les premières années du xixe siècle virent naître en milieu bardique un druidisme, tantôt « romancé », tantôt totalement fantaisiste, sous les plumes agiles d'Edw. Davies, de Iolo Morganwg, de Stephen et d'autres moins universellement connus.

Davies, pour qui toute chose mystérieuse ne pouvait être que druidique, tombe, par exemple, en arrêt devant les Fferyllt (grou­pement très occulte, qui se développa à partir du ixè siècle) et y reconnaît sans hésiter une « Fraternité druidique » qui aurait célébré son culte vers le Snowdon, dans la cité plus ou moins fabuleuse de Dînas Affaraon ou Emrys, la cité des « Dragons de Beli », dont l'histoire — passablement hermétique — est narrée dans le Mabinogi de Llud et Llevelys. Il tombe sous le sens qu'une telle cité n'a jamais existé qu'au figuré ! Mais il n'y a pas de fumée sans feu. J'ai quelques bonnes raisons pour avancer que les Fferyllt furent, non pas une société secrète druidique, mais un groupe d'alchimistes, d'origine Israélite, qui ne laissèrent inspirer quelque chose de ses travaux que sub rosa, désignant leur laboratoire sous le terme conventionnel de Dinas Affaraon « la citadelle d'Ophir »). On sait que Salomon faisait venir l'or d'Ophir (identifié un peu vite avec Ophor sur le golfe Persique). Quoi qu'il en soit, le mot « ophir » a caractérisé chez les alchimistes juifs du passé l'or « parfait », c'est-à-dire alchimique. C'est ainsi qu'on peut lire dans l'Ash Meçareph : « Si tu veux ouvrir ton trésor, ouvre-le, il te donnera de l'argent. Mais si tu attends davantage et que tu laisses mûrir au feu le Saturne, tu auras l'or parfait d'Ophir. » Ajoutons que le terme fferyllt devint de bonne heure synonyme d'alchimiste et même de magicien en gallois. Or les druides, pour des raisons particulières, ne s'occu­paient pas d'alchimie transmutatoire, bien que certains terroirs insulaires renfermassent tout ce qu'il fallait pour s'y livrer, comme le remarquait, au XVIIIe siècle l'alchimiste Sabine Stuart de Che­vallier. Je puis remarquer, en passant, que les Silures sémites, auxquels se rattachaient les Fferyllt, avaient pour cité principale Gobannion « la cité des forgerons » aujourd'hui Abergaveny).

En ce début du dernier siècle, le bardisme prit une couleur nouvelle avec la publication du Barddas et des fameuses « Triades théologiques » par Iolo Morganwg (Edward Williams), qui précéda de peu celle des Celtic Researches de Davies. Ainsi fut déclenché ce qu'on pourrait appeler le mouvement néo-druidique. Morganwg affirma s'appuyer sur d'anciens manuscrits qu'il ne put jamais produire, et pour cause ! Ses adversaires eurent beau jeu pour parler de « forgery ». C'est selon ! Je suis persuadé que l'auteur a eu en mains quelques documents authen­tiques. Suffisamment pour étayer et « démarrer » son œuvre, bien trop peu pour qu'une confrontation ne tourne pas à sa confusion. Je ne veux parler que des 46 Triades, dites théologiques, devenues un peu l'Evangile du néo-druidisme. C'est là que gît l'essentiel de ce qui fut transmis à Iolo ; qui eut le tort d'y ajouter un peu trop de son cru pour, si j'ose dire, allonger la sauce. Ces Triades me semblent concorder de façon assez saisissante avec l'ancien enseignement dispensé aux bardes, en dépit de quelques hors-d'œuvre qui sentent terriblement leur époque ! Enseignement, je l'ai déjà dit, qui n'a rien de spécifiquement « druidique ». Même le Triple Rayon (ou Tribann) — un des signes de reconnaissance du bardisme pré-chrétien, — se passerait volontiers de certaines des historiettes adventices dont on l'a agrémenté.

Si quelques Triades offrent un caractère d'authenticité marqué, d'autres sonnent assez creux. En outre, notre « arrangeur » me semble avoir mal compris la signification des termes convenus qu'il utilise. Ainsi pour Abred et surtout pour Ceugant (CAVI-CANTO), rendu par « Cercle du Vide », alors que ce mot signifie sphère de la sagesse. Le nom de divinité gauloise Ucuetis (à Alise-Sainte-Reine) dérive du même radical, avec un préfixe assez rare, davantage utilisé par les langues germaniques. Ucuetis, forme tardive, pourrait remonter, si je ne m'abuse, à *UD-COVETIS.

Bien que Iolo Morganwg ait regrettablement mis son petit grain de sel littéraire dans nombre de Triades, l'ensemble est bien dans l'esprit de l'ancien bardisme, qui ne va pas sans rappeler certains traits de la cosmogonie phénicienne. Ainsi, par exemple, la Triade XIV : « Trois nécessités de toute existence : le commencement en Annwfn, la traversée d'Abred, la plénitude dans le cercle de Gwynfyd. »

Cette salade de vrai, de paraphrasé, de compris par à peu près et, disons-le, de faux, a connu un succès extraordinaire des deux côtés de la Manche.

Le romantisme, tant social que littéraire n'y contribua pas pour une médiocre part. Avec l'Ossian de McPherson et le Barzaz Breiz de La Villemarqué, auxquels on pourrait adjoindre la brillante et fragile construction d'Ad. Pictet sur le supposé « Cabirisme irlandais », l'œuvre de Iolo contribua à l'édification d'un druidisme romancé qui fait le plus grand honneur à leur talent de poètes ou d'écrivains. Or, en si beau chemin, mais combien glissant, il était difficile de s'arrêter à temps. Et, vers la fin du siècle dernier, tandis que le Gorsedd des bardes gallois se main­tenant sagement sur le terrain littéraire et national, les « druides de Pontypridd » se transportaient sur le terrain religieux et tentaient de donner corps à un soi-disant « druidisme » - anti­chrétien, comme de juste !

Depuis lors, tantôt en France, tantôt en Grande-Bretagne[3], on a pu assister à l'éclosion d'une bonne douzaine d' « Eglises drui­diques » éphémères dont je n'ai pas tenu catalogue. Une des der­nières en date, mais non la dernière, fut l'invraisemblable « Eglise laïque, déiste, druidique et positiviste réformée » qui fit un peu trop parler d'elle voici peu de lustres.

Très en marge des associations ne visant qu'au maintien de la langue ou de l'esprit celtique, tel le Collège bardique breton, ces groupements portent à peu près tous la même estampille : une hostilité, sourde ou militante, contre le christianisme.

I importe peu, et moins que peu, pour le druidisme, qu'on s’attarde ici aux positions prises par de tels mouvements. Je suis convaincu que le druidisme authentique a trouvé dans le christia­nisme son accomplissement. Nul druide n'a tenté l'impossible et l'inulile en tentant de ressusciter une forme religieuse, dépassée comme telle. Les serviteurs, d'Aesus, aspect préchrétien du Verbe, ne pouvaient pas ne pas reconnaître dans le Christ l'incarnation de Celui qu'ils savaient devoir venir et dont la promesse existait depuis l'origine de leur tradition. Ils ont suivi le conseil évangélique : « ne mettez pas le vin nouveau dans les vieilles outres ». « Les vrais druides — ai-je écrit ailleurs [4]— n'eurent même pas à changer leur robe blanche ou à jeter leur cambutta aux orties pour franchir le seuil des premiers monastères... Les meilleurs s'étaient ralliés, sachant bien que c'est aux morts d'ense­velir leurs morts. Ils n'avaient pas oublié leur science pour cela, mais l'avaient intégrée dans le christianisme qui, essentiellement parlant, était l'aboutissement de leur sagesse préchrétienne. J'écrivais ceci voici bien des ans. Depuis lors mon opinion n'a guère changé, sinon pour devenir une certitude indéracinable, certitude dont je renouvelle ici le témoignage.



[1] En Irlande, ce furent les « druides » et non les fili qui tentèrent de barrer la route au christianisme ; on sait pourquoi. Malgré eux, la conversion fut rapide et générale. Les chrétiens se contentèrent de ren­verser ou de christianiser quelques pierres levées et furent assez coulants pour les vieilles légendes. Par leur conversion, les Irlandais revenaient à l'orthodoxie. Dieu me garde de méconnaître ce que leur doit, en retour, le christianisme tant insulaire que continental

[2] La version courante de ce mythe initiatique êgéen, celle des Hellènes ; tout exotérique, place l'épisode de la couronne offerte à Ariadnè par Bacchos, hors de propos, comme « Morgengab », après l'abandon de la fille de Minos par Thésée, qui épouse ensuite sa « sœur » Phaidra. Il serait trop long de développer les raisons mythiques qui s'inscrivent en faux contre cette interprétation agnostique. Et je n'ignore pas plus que Volguine l'origine de l'appellation Gnossis Corona. Le latin transcrit par la sonore, la sourde égéenne et Ariadnè, la « Knôsside », voit le nom de sa ville symbolique subir le même sort que celui de knide ou Gnide. Ce qui ouvrait la porte au double sens, initiatiquement légitime, mais non étymologiquement. Peut-être n'est-il pas indifférent de signaler que la Couronne Boréale figure sur certaines monnaies de Gaule où Alpheca (la Perle) est nettement distinguée des autres étoiles.

[3] Je sais même, Outre-Rhin, un « Ordre des Druides allemands », plus ou moins rattaché à une des filiales de la Sainte Vehme, et qui tenta d'influencer certains milieux celtiques ou celtisants, au moins jusque vers 1938. Je n'en ai plus entendu parler depuis, mais...

[4] «La Fin du Druidisme », revue «Psyché», juillet-août 1937.

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/ASavoret/Visage_Druidisme/Chap8.htm

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Les bardes

Les bardes étaient des poètes et chanteurs chez les Celtes. Les Gaulois reconnaissaient trois catégories dans la classe des lettrés : les druides, les devins et les bardes. César ne mentionne que les premiers. Le nom des bardes pourtant, un vocable évidemment d'origine celtique, nous est, comme celui des druides, aussi connu que leur rôle et leurs attributions le sont peu.

C'étaient des poètes lyriques, sans métaphore; dans plus d'un auteur latin, l'instrument dont ils s'accompagnaient pour « chanter la louange des uns et faire la satire des autres », est appelé crotta : on a prétendu que de là est dérivée la rote. Quelquefois on a confondu les bardes avec les druides, et on les a pris pour des druides d'un ordre inférieur. Il est probable, pour la Gaule du moins, que ceux-ci n'ont eu rien, ou presque rien, de commun avec ceux-là. Les bardes gaulois ont survécu au druidisme, « dont il n'est plus parlé, au présent, après le Ier siècle de notre ère; ils ont duré sans doute autant que la langue nationale » (Arbois de Jubainville) et ils ont disparu fatalement avec elle, c.-à-d. assez longtemps avant l'arrivée de ces autres bardes « portés en Armorique par les émigrés bretons », du Ve au VIIe siècle; et c'est même de ces derniers qu'il s'agit exclusivement, lorsqu'il est question de ces noms d'homme, encore très répandus dans la Bretagne armoricaine et qui sont venus du mot antique : Bars, Barzic, Le Bars ou Lebars. D'un autre côté, l'on retrouve aussi chez quelques auteurs latins comme nom propre le mot Bardus.

Les bardes irlandais avaient une situation humiliante; on les mettait au-dessous des file; ils étaient en butte au mépris de ces poètes et devins :

« Ils n'ont besoin de rien savoir, disent les lois irlandaises; leur intelligence naturelle leur suffit. La connaissance des lettres ogamiques ne leur est pas nécessaire, ni celle du mètre poétique. »

C'étaient tout à fait, dans le sens vulgarisé par les traditionnistes, des chanteurs populaires. Les représentants de la poésie pour ainsi dire officielle étaient tous des lettrés; une injure grave à leur adresser était de leur dire qu'ils « dégénéraient à ce point qu'ils n'étaient plus que des bardes ». On voit que le célèbre Ossian, fils de Fingal, ne pouvait appartenir à la catégorie de ces pauvres gens du commun. Les bardes de la Bretagne insulaire n'étaient pas d'une aussi basse condition que leurs confrères de l'Irlande, et ils ont eu la vie plus dure que ceux de la Gaule; on les retrouve encore, à l'état ancien, jusqu'au VIIIe siècle.

Leur vitalité a-t-elle tenu aux grands honneurs dont ils étaient l'objet? Ils se sont vus les seuls représentants de la classe des lettrés. Ils formaient une véritable corporation; et la législation d'alors s'occupe de leurs privilèges. Ils avaient leur place marquée à la table même du roi. Le barde royal était le huitième officier du palais; en temps de guerre, il avait pour charge de chanter principalement le poème intitulé : Monarchie de Bretagne.

On observait chez les bardes bretons, comme entre les druides et les file d'Irlande, des degrés ; tous n'avaient pas droit aux mêmes honneurs et aux mêmes privilèges. Les plus fameux ont été Taliésin, Aneurin, Liwarc'h-Henn, etc. Il est permis d'avancer que les chanteurs gallois de l'époque néo-celtique sont les héritiers presque directs des anciens bardes; leurs instruments de musique se sont appelés successivement pibgorn, crwth, telyn, etc. A part cet accompagnement, qui est entre leurs mains autre chose qu'un accessoire de couleur locale, on serait tenté de les assimiler à des poètes, vu leur art consommé, plutôt qu'à des bardes, suivant l'acception moderne de ces deux mots.

Quand les Bretons insulaires furent poussés vers l'Armorique par l'invasion saxonne, vers le Ve siècle, la langue latine avait depuis longtemps étouffé le bardisme dans la Gaule. Les bardes suivirent en exil les princes et les nobles de Cambrie. Mais d'autres poètes se mêlaient à ces chanteurs nationaux; déjà le christianisme ouvrait à la poésie une source nouvelle d'inspiration : au personnage mythique de Merlin ou Marzin et à Gwenc'hlan, on associe à cette époque, S. Sulio et S. Hervé l'aveugle.

Chez les Bretons-Armoricains, les bardes sont devenus « l'ornement de toutes les fêtes populaires; ils s'assoient et chantent à la table des fermiers, ils figurent dans les mariages du peuple, ils fiancent les futurs époux en vertu de leur art, selon d'antiques et invariables rites, même avant que la cérémonie religieuse ait eu lieu. ils ont leur part dans les présents de noces. Ils jouissent d'une grande liberté de parole, d'une certaine autorité morale, d'un certain empire sur les esprits. » (Villemarqué).

Mais les choses, avec le temps, tendent à changer. Les bardes des temps modernes ne descendent guère de leurs ancêtres du même nom, et même le mot bardisme, malgré sa terminaison moderne, est un vocable sans application. Au XIXe siècle, encore, les bardes bretons, pour n'être plus constitués en caste, sont toutefois une classe assez nombreuse encore. D'abord, les bardes-mendiants : ils gagnent leur pain à chanter, fréquentent les foires, errent de ferme en ferme, ou se trouvent sur les grands chemins, attendant le passage des diligences et courant après les voyageurs jusqu'à ce qu'on leur ait jeté « le petit sou de la charité ». Ceux-là ne portent que leurs propres élucubrations, souvent imprimées sur des feuilles volantes.

Voilà les chanteurs de profession. Autre chose, ceux qui ont un métier avoué. Il est incontestable que les meuniers, les tailleurs, les tisserands, sont les plus sûrs dépositaires de la véritable poésie populaire. Aussi bien que les bardes ambulants, ils composent eux-mêmes une satire, ou une chanson légère, ou une élégie sur des faits récents. Comme ils ne riment pas pour vivre, mais qu'ils « chantent pour rire », on trouve toujours quelque chose de bon à prendre dans ce qu'ils offrent. Le kloarek (écolier de séminaire) fut aussi un chanteur de renom. Les chants de kloer feraient tout un cycle, surtout ceux du pays de Tréguier. Mais l'internat a mis fin partout à la vie libre
du kloarek et à ses chansons d'amour. La poésie d'une culture ne disparaît pas avant la langue qui l'a produite; elle se transforme, suivant les âges, avec la population qui se sert de cet idiome. Les bardes ont encore bien du temps à vivre. (N. Quellien).

http://www.cosmovisions.com/Bardes.htm
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