La gauche socialiste est-elle morte ?Depuis quelques semaines, la presse évoque les grandes difficultés dans lesquelles se trouve la gauche socialiste en Europe. Jean Quatremer, de Libération, évoque dans sa chronique intitulée « La gauche européenne va-t-elle disparaître ? » les menaces qui pèsent sur la gauche, qui recule dans tous les pays du continent, et qui est attaquée sur sa gauche par exemple par Die Linke en Allemagne. « Libération » parle également du « malaise de la social-démocratie ». Thomas Ferenczi pour « Le Monde » évoque des déchirements socialistes et Marion Van Renterghem parle d’une gauche en crise partout en Europe. Cette dernière déclare ainsi que « la gauche européenne s’est déconnectée de sa base électorale traditionnelle, ces classes moyennes et populaires qu’elle était censée protéger », ce qui est tout à fait exact. Enfin Jean-François Kahn vient de sortir un ouvrage où il appelle le PS à se dissoudre.
Concrètement, la « gauche » sociale-démocrate est indéniablement en crise. Le Labour Party de Gordon Brown a subi une chute vertigineuse dans les sondages, et la SPD allemande, au pouvoir avec la CDU dans le cadre d’une grande coalition, connaît également un effondrement de cette nature, de même que le SPÖ en Autriche. La « gauche » italienne du Parti Démocrate de Walter Veltroni a été vaincu par Silvio Berlusconi et même la ville de Rome est passée dans le camp d’un post-fasciste. Même le bastion de la social-démocratie, la Suède, est passée à droite. En Norvège et en Suisse, la « gauche » socialiste connaît un phénomène comparable. Enfin, en France, le PS est tiraillé en différents camps qui tirent tous le manteau à eux, camps incarnés par des figures de centre-droit comme Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë.
Pourquoi la « gauche » « socialiste », et je mets sciemment ces deux mots entre guillemets, parce qu’elle n’est selon moi ni l’une ni l’autre, est-elle en crise ? Parce qu’elle a en effet abandonné, trahi, les classes populaires, au profit d’un discours triplement libéral, libéral économiquement avec la reconnaissance de l’économie de marché, avec l’acceptation de la globalisation, avec l’abandon de l’idée d’un Etat interventionniste, libéral politiquement, avec le rejet de l’autorité et l’individualisme forcené, enfin libéral moralement, c'est-à-dire libertaire, partisan de l’ouverture des frontières, soutenant les migrants clandestins, défendant le principe d’un mariage homosexuel, enfin favorable à la dépénalisation des drogues « douces ». Ce libéralisme moral a d’ailleurs un temps été également assumé par Alain Madelin de « Démocratie Libérale ». En ce domaine, la « gauche » et l’extrême-« gauche », sauf partiellement dans le cas allemand, sont identiques.
Alors qu’une majorité croissante d’Européens rejette l’idée même d’une intégration turque à l’Union Européenne, 67% des Européens en août 2008 selon un sondage IFOP (80% des Français et 76% des Allemands), la « gauche » européenne est partisane de cette intégration, le PS et la SPD en tête. Là encore, la « gauche » démontre par ce positionnement qu’elle choisit de se couper du peuple.
Le Parti Démocrate américain a connu une évolution similaire. Originellement, les électeurs démocrates naturels sont les « petits blancs » WASP, notamment ceux du « Deep South » (Sud Profond). Aujourd’hui ils votent républicains, alors que pourtant le libéralisme économique de la droite américaine les poignarde dans le dos. Ils ne votent républicains que parce que le parti démocrate leur tourne depuis des décennies le dos. Aujourd’hui le Parti Démocrate est le parti des minorités ethniques et religieuses (90% des noirs et 85% des personnes de confession israélite votent « democrat »), des femmes et des homosexuels. Et le PS français suit à grande vitesse la même évolution, à savoir qu’il progresse dans les centres urbains « boboïsés » et dans les banlieues à forte proportion extra-européenne, alors qu’il s’effondre dans les autres quartiers populaires et dans les campagnes, au profit de la droite et de l’extrême-droite, même si cette dernière est désormais elle aussi en crise. Le Labour Party au Royaume-Uni connait également une telle évolution, l'ouvrier britannique se tournant désormais vers les Tories ou même vers le BNP (et en Ecosse vers le SNP).
Bien que le PS se réfère à l’étiquette « socialiste », il ne l’est que de nom, de même que la SPD allemande, le Labour Party britannique, le PSOE espagnol, le PASOK hellénique, alors qu’il s’est rallié depuis longtemps au libéralisme économique. Par habitude, les fonctionnaires continuent de voter pour cette « gauche » car ils savent, ou croient savoir, que la droite entend faire disparaître les acquis sociaux et le service public, et donc ils privilégient de leur point de vue le moindre mal. Il demeure cependant certains vrais socialistes, qui osent sortir des sentiers battus. Le SPÖ autrichien retrouve des accents populaires, certes par tactique plus que par conviction, les socialistes tchèques et slovaques s’opposent à l’immigration, l’ancien président social-démocrate allemand, Helmut Schmidt, rappelle son opposition à l’intégration de la Turquie à l’UE, et Oskar Lafontaine, lui aussi issu de la SPD, s’est laissé aller à quelques déclarations plébéiennes contre les Gastarbeiter. Dans ses ouvrages consacrés à Leroux ou à Jaurès, Vincent Peillon (PS) renoue par la pensée avec la vieille gauche authentique, mais dès qu’il est au PS, il adopte la démarche majoritaire de son mouvement, qui est celle d’une rupture radicale avec l’héritage socialiste. Il faut dire que l’ancien président « socialiste » François Mitterrand ou l’ex-candidate aux présidentielles de 2007 Ségolène Royal n’ont honnêtement rien à voir avec la gauche historique, mais incarnent plutôt des opportunistes issus familialement de la droite conservatrice, comme d’autres « socialistes » sont issus de la bourgeoisie affairiste ou du monde des media.
La « gauche » européenne n’est donc en crise que parce qu’elle le veut bien, parce qu’elle a renoncé à sa dimension démocratique et populaire, qu’elle a décidé de tourner le dos au peuple parce que ce dernier s’obstine à ne pas penser comme les élites auto-proclamées de la social-démocratie aimeraient qu’il pense, et qu’elle a en même temps renoncé au socialisme, non pas seulement le marxisme mais la tradition socialiste née en France avec Saint-Simon et qui s’est perpétuée plus ou moins bien jusqu’aux années cinquante. A vrai dire, on peut considérer qu’à l’exception de quelques individualités la gauche socialiste est bel et bien morte en Europe et il n’y a plus personne désormais pour défendre les classes moyennes et populaires européennes. La « gauche » officielle n’est que la droite honteuse, le visage humanitariste du libéralisme économique. A peine aux affaires, elle trahit ses engagements et mène autant que la droite la politique voulue par le patronat
Aussi convient-il de rebâtir la gauche sur ses valeurs fondamentales, populaires et patriotiques, socialistes et européennes, de renouer avec cette doctrine de combat qui prend sa source chez Saint-Simon, Fourier, Cabet, Proudhon, Blanqui, Malon, Jaurès, De Man, Briand et jusqu’à Philip, Spinelli et Spaak après-guerre. La gauche a commis une grave faute en se compromettant avec le totalitarisme, sous son visage fasciste comme sous son visage communiste, et elle en commet une autre en se compromettant avec le mondialisme, stade suprême du libéralisme économique. La gauche, à la fois nouvelle et ancienne, que le PSUNE entend incarner, rejette aussi bien le libéralisme que le totalitarisme au profit d’une république européenne fondée sur les valeurs les plus enracinées de la civilisation européenne, et qui soit à la fois vraiment démocrate, vraiment socialiste et vraiment européenne. Sa doctrine c’est l’euro-socialisme, la fusion d’un socialisme non marxiste et d’un européanisme non universaliste, renouant ainsi avec l’esprit des premiers socialistes européens, ceux du XIXème siècle, avec Hugo et Mazzini en tête, et du début du XXème siècle. Nous faisons nôtres le combat de Pan-Europe et du Mouvement Socialiste pour les Etats-Unis d’Europe, les projets pan-européens de Saint-Simon et de Proudhon, l’idée de « république européenne » chère à Voltaire et à Rousseau et le socialisme scandinave de la grande époque. Annonçons la bonne nouvelle, la gauche est morte et vive la gauche ! Et nous vaincrons la fausse « gauche » au nom du socialisme, de la démocratie et de l’Europe, pour en phase finale vaincre la vraie droite. Il convient de réconcilier au plus vite les Européens avec le socialisme et la gauche, ce qui ne sera possible que si cette nouvelle gauche que nous représentons répond aux attentes populaires.
Notre mission sera de combattre la globalisation économique, et non de l’accepter passivement, de vaincre le chômage afin de retrouver une Europe du plein emploi, d’accroître le niveau de vie et le pouvoir d’achat des Européens, ce qui passera par une ambitieuse politique sociale européenne, par la mise en place d’un Etat unitaire européen, par le refus de la Turquie dans l’Union Européenne et l’opposition au dumping social incarné par le recours à l’importation de main d’œuvre et aux délocalisations. Cette gauche œuvrera également à assurer une véritable harmonisation économique européenne, sur un espace allant de l’Islande à la Russie. Elle veillera à mettre un place un service public européen et de qualité. Enfin, elle prendra à bras le corps le problème dramatique de la crise démographique de l’Europe.
Thomas FERRIER
Secrétaire Général du PSUNE