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La Russie et l'Union Européenne (II)

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Ferrier
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MessageSujet: La Russie et l'Union Européenne (II)   Lun 29 Oct - 0:22

La Russie et l’Union Européenne.


Vladimir Poutine, en 2005, évoquait avec des accents gaulliens « la Grande Europe de l’Islande à l’Oural et par extension au Pacifique », ce qui suscita beaucoup moins de réactions que l’évocation de la « maison commune européenne » par Mikhail Gorbatchev, à l’exception de l’italien Berlusconi parlant de la nécessité d’intégrer la Russie dans l’Union Européenne, ce qui n’eut aucune suite. Depuis 2005, de nombreuses questions politiques, économiques et géopolitiques en général se sont mis sur la frontière entre la Russie et le reste de l’Europe, une nouvelle fracture du continent grandement favorisé par les USA et le parti américain en Europe.


L’encerclement de la Russie.


Les USA pratiquent depuis que la Russie a renoncé à sa faiblesse sous la direction d’Eltsine, ami d’oligarches qu’il a contribué à enrichir sur le dos du peuple russe, la stratégie du python, c'est-à-dire de l’étranglement, qui abouti à refroidir les relations entre la Russie et ses partenaires européens, en somme à la repousser en Asie. Il s’agit pour ces russophobes modernes, comme pour ceux de sinistre mémoire, rejoignant paradoxalement le courant eurasiatique défendu par certains penseurs russes, de rejeter une Russie, qui serait rétive à la démocratie, à l’Est, de nier au peuple russe son évidente européanité.

La première manœuvre fut de favoriser dans certains ex-pays soviétiques les forces libérales-atlantistes qui cherchent à émanciper leur pays de toute tutelle, ou même influence, russe. Le moyen est de soutenir des révolutions colorées, comme la révolution orange ukrainienne, afin de déstabiliser leur grand voisin, de le pousser à la faute diplomatique. Cela a échoué en Belarus, même si Poutine est lucide sur Loukachenko et si les relations Russie-Belarus sont désormais froides, mais cela a réussi en Ukraine, avec la victoire en 2005, et à nouveau en 2007, de la coalition orange, et ce même si le président Ioutchenko n’est pas l’atlantiste et russophobe que certains media ont présenté. Sa future premier ministre, Timochenko, est en revanche plutôt sur cette ligne. Poutine lui-même a déclaré n’avoir rien contre l’entrée de l’Ukraine dans l’Union Européenne, mais est violemment hostile en revanche à tout élargissement de l’OTAN, vue comme une organisation au service exclusif des USA.

Par ailleurs, la défaite de Schröder en Allemagne et le départ de Chirac en France, parallèlement à une hausse forte de la russophobie en Europe médiane, surtout dans les pays baltes et en Pologne, ont contribué à isoler diplomatiquement la Russie de l’Union Européenne, et ce même si devant les caméras un Sarkozy et un Poutine sont très souriants.

Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Depuis plusieurs mois, les Etats-Unis poussent la Pologne et la Tchéquie à accepter sur leur sol différents éléments d’un système de bouclier anti-missiles, prétendument pour protéger l’Europe de l’Ouest d’une menace iranienne. Le président Poutine a estimé que ce projet était une véritable déclaration d’hostilité à l’égard de son pays, et a proposé des solutions alternatives aux américains, solutions rejetées. Certes Washington, confronté à une Russie déterminée, semble mettre de l’eau dans son vin, proposant une participation des Russes à l’élaboration de ce bouclier. Avec le changement politique en Pologne, la défaite du premier ministre pro-américain Jaroslaw Kaczynski, et alors que les opinions polonaises et tchèques sont très hostiles à ce projet, il est probable que celui-ci sera ralenti et peut-être même qu’il ne verra pas, souhaitons le, le jour. Par ailleurs, la Pologne et la Lituanie ont fait échouer la signature d’un pacte énergétique Russie-UE sous le prétexte que ces deux pays étaient victimes d’un embargo russe sur leur viande. Et d’une manière générale, les anciens satellites de l’Union Soviétique, parfois victimes pendant la seconde guerre mondiale d’une cruelle triple occupation, soviétique puis nazie puis à nouveau soviétique, provoquent la Russie en remettant en cause le rôle de l’armée rouge.


La question du Kosovo.


Ayant déjà abordé cette question dans un précédent article, je ne reviens pas au cœur de cette problématique complexe, maintenant l’idée qu’une réconciliation entre tous les acteurs, Serbes et Albanais, est indispensable, et que soutenir un camp plutôt que l’autre ne servirait pas la paix dans cette région de notre continent, mais sur le fait que la Russie s’est emparée de cette question, et se distinguer par sa position serbophile d’une position plutôt albanophile de l’Union Européenne, position fortement soutenue par ailleurs par les Etats-Unis. Ces derniers soutiennent l’indépendance pure et simple du Kosovo, les alliés traditionnels de la Serbie comme la Grèce et la Russie y étant opposés, l’Union Européenne étant partagée. La Russie a fait remarquer que si on acceptait l’idée de l’indépendance du Kosovo, pourquoi refuser celle de la Transnistrie moldave, de l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Mais justement pourquoi la refuser ? La solution serait donc de réunir autour de la table l’Union Européenne, les pays balkaniques liés à l’affaire (le Kosovo bien sûr, la Serbie, l’Albanie, la Macédoine et le Monténégro) et la Russie, en écartant les USA aussi bien que l’ONU, en somme en faisant du Kosovo une affaire strictement intra-européenne. La Serbie doit être pleinement soutenue dans son processus d’intégration à l’Union Européenne, processus qui doit concerner tous les pays de l’ex-Yougoslavie et l’Albanie par ailleurs, et une large réconciliation doit être menée, y associant pleinement la Russie.


De la démocratie en Russie.


Le principal argument qu’on oppose aux partisans, comme l’est le PSUNE, de l’intégration rapide de la Russie dans l’Union Européenne, outre les arguments économiques - que ne semblent pas considérer en revanche les partisans de la Turquie, c’est le manque de démocratie dans la Russie poutinienne. Certes, nous ne sommes pas naïfs en croyant à une Russie modèle de démocratie en Europe et loin de là. Bien sûr, il y a un système Poutine dans la Russie contemporaine, ce dernier ayant de fait un certain contrôle sur les media et des liens avec le milieu économique. Bien sûr, même si les élections russes se déroulent de manière parfaitement démocratique, et alors que le soutien populaire à l’égard de Poutine est réel et n’est pas le fruit de manipulations médiatiques, il est évident que l’opposition n’a pas forcément la liberté d’action qu’elle devrait avoir droit, et on y viendra avec l’exemple de feue Rodina, mais de qui vient la critique ? Du gouvernement américain, dont les liens avec l’oligarchie pétrolo-financière sont bien connus – on pourrait d’ailleurs attendre longtemps l’élection d’un président sorti du sérail. D’une présidence qui après avoir été celle du fils de son père, G.W. Bush, pourrait bien être celle de la femme de son mari, H. Clinton. Le journal « Marianne » ne dénonce-t-il pas chaque semaine le système économico-médiatique du nouveau président français. Et les media italiens de gauche ne protestaient-ils pas contre le politicien affairiste et président de chaînes de télévision Silvio Berlusconi.

Enfin, n’oublions pas que le « bon » Eltsine, le meilleur ami de tous les oligarches, avait toutes les grâces auprès des dirigeants des pays d’Europe occidentale, mais que les Russes savent quel fut pour eux le lourd prix de sa présidence.

Les prochaines élections législatives russes de décembre 2007 sont une illustration des difficultés de la jeune démocratie russe. Le parti du président, Russie Unie, est largement en tête avec plus de 45% des voix dans les sondages, et près de 55% même dans l’hypothèse où Vladimir Poutine mènerait la campagne, et les autres partis sont bien loin devant. La règle d’une proportionnelle tempérée à 7% des voix pourrait d’ailleurs dans ce contexte éliminer certains groupes politiques du la Douma actuelle. Ce système reste plus démocratique que la règle des 10% en Turquie ou que l’absence totale de proportionnelle en France ou au Royaume-Uni. Le gouvernement russe fait ceci dit pression sur ceux qui proposeraient une alternative politique.

Prenons l’exemple du mouvement Rodina, « création » de Poutine pour affaiblir le KPFR, le parti communiste russe de Ziouganov, et qui fit plus de 9% des voix aux élections de la fin 2003. Lorsque Rodina, ayant à sa tête Dmitri Rogozine, ancien dirigeant du Congrès des Communautés Russes, un mouvement défendant les russes installés dans les anciennes républiques soviétiques, voulut s’émanciper de la tutelle du pouvoir, ce dernier, avec l’aide de Jirinovski, y mit fin, sous le prétexte d’une campagne trop radicale de Rodina à Moscou. Rogozine fut contraint à démissionner de la direction de Rodina, et Rodina fusionna avec d’autres mouvements pour donner Russie Juste, un parti de gauche sociale-démocrate destiné à servir d’opposition idéale à Russie Unie. Dans ces élections russes, la gauche nationale issue de Rodina, et qui a abandonné le nouveau parti Russie Juste, tente d’avancer réunie, sous l’égide du mouvement Patriotes de Russie de Semiguine. Ce mouvement s’est en effet allié avec le nouveau parti de Rogozine et Savelyev, « Grande Russie », parti que le gouvernement n’a pas voulu autoriser, et d’autres mouvements comme le Parti de la Renaissance de la Russie de Seleznev. Il est crédité de 4% dans les sondages, bien loin de la barre des 7% nécessaire. Le mouvement de Sergei Babourine, autre ancien de Rodina, l’Union Populaire, qui a remplacé la Volonté du Peuple (Narodnaya Volya), ne pourra pas se présenter. Le nationalisme russe sera donc probablement représenté au parlement par Jirinovski et son LPDR, parti totalement rallié à Poutine, et qui sera bien loin de ses 23% de 1993, et « Patriotes de Russie » finira peut-être dans le même état que la gauche nationale Samoobrona aux élections polonaises d’octobre 2007.

En fait, si Russie Unie fait un trop bon score, ce mouvement risque d’exclure du parlement tous les autres partis, à l’exception très probable du KPFR de Ziouganov, qui sera alors la seule opposition au cœur de la Douma, ce que Poutine souhaite éviter. Aussi, il est possible que « Russie Juste », « Patriotes de Russie » et la LPDR passent finalement la barre fatidique. Là encore, la France, avec sa large majorité de droite, même si moins large qu’attendue à l’issue du premier tour des législatives, ne saurait donner de leçons en la matière.


Vers la réconciliation Union Européenne – Russie ?


On l’a vu, la réconciliation euro-russe sera difficile à réaliser dans l’état actuel des relations internationales. Tant que les pays d’Europe occidentale et centrale continueront de lorgner vers Washington, toute idée d’une véritable Europe unie restera un projet chimérique. Malgré tout, il y a des signes encourageants, comme la défaite du gouvernement Kaczynski, qui provoquait régulièrement la Russie et aussi leurs autres partenaires de l’Union, au profit d’un Donald Tusk plus ouvert à l’égard de Moscou. Par ailleurs, le respect annoncé de Poutine pour la constitution russe, si réalisé, sera un bon signe envoyé au reste de l’Europe.

La position de Poutine à l’égard de l’OTAN et des USA est aussi un signe que la Russie souhaite une défense européenne libre, non inféodée, et amicale à l’égard de son pays. C’est finalement la position de De Gaulle, qui avait l’intuition que l’URSS tomberait et que la Russie renaîtrait, et retrouverait la famille européenne. Poutine n’est pas parfait, la Russie est loin d’être un modèle dans de nombreux domaines, mais l’Europe occidentale est-elle en mesure de donner des leçons ? Je ne le crois pas.

Le PSUNE en tout cas entend défendre la réconciliation de la Russie et de l’Union Européenne, et donc s’opposer à la russophobie, qui ne sert pas notre continent mais au contraire le divise. Et si on s’inquiète à raison de la dérive de ce grand pays, alors qu’on n’oublie pas que la Russie ne fait que réagir à l’attitude que l’Union Européenne adopte à son égard. En tendant une main fraternelle au peuple russe, en rappelant que ce dernier est pleinement européen, comme nous le sommes, c’est ainsi que nous aiderons la démocratie russe à progresser, et que nous aiderons par la même occasion nos démocraties chancelantes à se relever. La république européenne ne pourra exister et être elle-même que libre et si nous respectons bien sûr le peuple américain, nous attendons de son gouvernement qu’il comprenne que nous ne voulons plus être sous sa tutelle. Qu’avec nos frères russes, nos frères allemands et nos frères britanniques, nous voulons redevenir ce que nous sommes, des Européens !


Thomas Ferrier

Secrétaire Général du PSUNE
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FELENTZER
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Inscrit le : 19 Oct 2007
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MessageSujet: Re: La Russie et l'Union Européenne (II)   Lun 29 Oct - 23:12

Bravo pour ce texte lucide, élégant, ferme, engagé et haut en couleurs !
Face aux agresseurs bushistes, la Russie doit être défendue ! Bravo au PSUNE !
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