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Ecologie et économie

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Eisner
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MessageSujet: Ecologie et économie   Dim 16 Sep - 17:55

Ce qui suit n’est qu’une intuition personnelle. Des spécialistes en économie auraient sans doute des corrections à apporter. En tout cas les critiques sont bienvenues.


Le mondialisme, l’énergie et les matières premières



Nous allons ici montrer, en particulier, qu’il est un domaine où les effets du libéralisme sans frontières, du mondialisme économique si l’on préfère, sont aussi néfastes que mal identifiés, c’est celui du gaspillage de l’énergie, avec ses conséquences bien connues : augmentation des températures par effet de serre et disparition prochaine des ressources énergétiques fossiles. Notre argumentation prend en compte un élément qui n’est pas souvent évoqué dans les enjeux environnementaux, à savoir l’incidence de la production des objets manufacturés. A-t-on par exemple évalué, comme certains ont fini par le faire pour les biocarburants, les conséquences écologiques de la fabrication d’éoliennes ou de panneaux solaires, comme celle de véhicules hybrides ? Il n’est pas certain que le bilan soit très favorable. L’établir sérieusement risquerait de mettre à mal les programmes des prétentions écologistes, comme les intentions vertueuses des technocrates qui dirigent l’union européenne ou les tenants d’un autre mondialisme. Par ailleurs, au-delà de l’énergie, notre raisonnement vaudra aussi pour les matières premières, voire pour n’importe quelle denrée cotée sur le marché mondial.

A cette occasion il va falloir remettre en partie en cause le libre échangisme, qui est toujours le dogme en matière économique, même s’il a été complété par la prise en compte d’autres facteurs chez les économistes modernes. Rappelons-en le principe : dès lors que chaque marchandise est fabriquée là où son coût de production est le plus bas, il en suivra un enrichissement général, manifesté concrètement par le fait que le consommateur pourra acquérir le bien qu’il désire plus facilement.

Cependant un paramètre n’a pas encore été considéré, qui est le coût écologique à long terme. Certes les incidences à court terme sur l’environnement sont peu à peu intégrées : on a prévu dans le prix de vente de certains matériels le coût de la dépollution en fin d’usage, par exemple. Mais, d’un autre côté, les énergies et matières premières fossiles sont aujourd’hui valorisées en fonction de l’offre et de la demande, de la difficulté croissante de leur extraction, voire d’intérêts géopolitiques variés, jamais dans la perspective de leur raréfaction imminente.

Prenons l’exemple du pétrole, qui est la source d’énergie la plus sensible. On pourrait bien sûr penser en limiter l’utilisation dans un cadre planétaire et dans le respect des lois du marché : il suffirait d’en accroître le prix sur le marché mondial. Est-ce seulement possible, et même souhaitable ?

Il est déjà inimaginable que les pays producteurs puissent s’entendre pour fixer au pétrole un prix très élevé. Le feraient-ils, quelles seraient les conséquences ? Certainement une consommation réduite, assortie d’un effondrement des économies des pays développés, avec au bout du compte une perte de revenus pour les pays producteurs eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle les prix sont fixés avec soin, suffisamment hauts mais pas trop, pour ne pas faire baisser la demande. Et si les pays développés parvenaient par miracle à surmonter la crise, une augmentation abusive des prix au seul bénéfice des pays producteurs serait certainement très injuste, notamment pour les pays en développement dépourvus de ces ressources.

On écartera tout de suite l’idée d’une taxe mondiale, augmentant artificiellement le prix du pétrole, dont le revenu serait distribué pour soutenir les différentes économies et corriger les effets négatifs de la cherté du produit. Une telle taxe ne serait pas incompatible avec le principe du libre échange. D’ailleurs les produits pétroliers sont soumis, dans les pays européens notamment, à de fortes taxes. Cependant, pour étendre ce principe à la planète, il faudrait une république mondiale. Or on en est très loin aujourd’hui et même les plus tiers-mondistes se gardent bien de l’appeler de leurs vœux. D’ailleurs il serait déjà nécessaire, pour pouvoir parler de concurrence non faussée, d’harmoniser les taxes nationales. Par ailleurs, même si la volonté de taxation universelle, sous une forme ou une autre, s’imposait, il ne serait pas possible de l’appliquer, les moyens de réprimer la fraude sur l’étendue de la planète étant impossibles à constituer dans un avenir envisageable.

Maintenant nous allons reprendre le problème des économies en ignorant les deux éléments importants que nous avons précédemment évoqués, qui sont l’objectif de défense de l’environnement d’une part et la distorsion de concurrence due aux inégalités dans les taxes de l’autre. Nous allons considérer la production de biens élaborés nécessitant une consommation significative d’énergie et de matière première en nous plaçant dans l’intérêt exclusif du consommateur. Nous allons voir que son intérêt bien compris rejoint finalement les préoccupations écologiques, alors même qu’on ne les a pas introduites dans l’analyse. En revanche cela remettra en cause le principe d’un libre échange non éclairé.

Nous allons développer notre raisonnement sur un exemple chiffré, pour le rendre plus aisé à suivre, mais ce n’est qu’un exemple d’école, sans prétention à couvrir une quelconque réalité particulière. De plus nous négligerons dans un premier temps beaucoup de paramètres, sur lesquels nous reviendrons dans un second temps. Par exemple nous allons jusqu’à négliger les frais de transport, très variables selon les produits, mais qui mettent en jeu la source d’énergie particulièrement sensible qu’est le pétrole. Ce faisant nous nous privons ainsi de quelques arguments, de même que nous en avons ignoré deux essentiels, privilégiant la clarté de l’explication. Toujours pour simplifier, nous envisageons comme prix de base le coût de la fabrication, en amont des diverses marges des distributeurs et revendeurs et en ignorant les frais de transport.

Imaginons un bien dont la fabrication, dans un pays à la main d’œuvre qualifiée et bien rémunérée, coûterait 9 euros, dont 6 en main d’œuvre et en développement et 3 en énergie et matières premières. Sa conception aurait été modulaire pour faciliter sa maintenance. Il aurait une durée de vie de 9 ans avec un coût de réparations de 3 euros. Ainsi, sur une période de 9 ans, un citoyen de ce pays disposerait d’un article utilisable pour un prix de base de 12 euros.

Supposons maintenant que la fabrication d’un bien remplissant la même fonction soit délocalisée dans un pays à la main d’œuvre moins qualifiée et moins bien rémunérée, en faisant des économies sur sa conception. On abaisserait de 6 à 1 euro le coût de la main d’œuvre et du développement, ou plutôt de son absence. Le prix de base total pour le citoyen précédent serait de 4 euros, en négligeant le transport et les intermédiaires, mais la durée de vie réduite à 3 ans : les réparations étant plus difficiles et devant être réalisées sur place, on se contenterait d’échanger les articles connaissant un problème d’utilisation. Finalement l’utilisation sur 9 ans coûterait à notre citoyen 12 euros comme précédemment.

La principale différence est qu’à satisfaction égale pour le consommateur, l’utilisation d’énergie ou de matières premières aura été trois fois plus importante dans la seconde hypothèse. Ainsi les conséquences sur l’environnement auront été désastreuses. En conclusion

Il faut inverser le flux des délocalisations, au profit des pays à main d’œuvre chère, pour les produits dont le coût de fabrication comporte une proportion significative due à l’énergie ou aux matières premières.

Considérons maintenant quelques objections.

Bien sûr le fait de changer l’article tous les 3 ans plutôt que tous les 9 ans permet de bénéficier des derniers progrès de la technologie. Dans certains cas, comme dans le matériel informatique, ce peut être déterminant. Pour la majorité des articles de la vie courante, ce ne l’est pas. Les progrès pour les automobiles, machines à laver, réfrigérateurs ne sont pas fulgurants.

Un élément plus important dans la comparaison est la possibilité, dans le second modèle, de disposer tout de suite de l’article. La production locale ne peut concurrencer la production délocalisée que si le crédit est facilité par des taux suffisamment bas d’une part et limité en fonction de la durée de vie des biens de l’autre. Cela demande une organisation qui n’existe pas aujourd’hui. D’ailleurs il ne semble pas que l’on ait pensé à lier le crédit au respect de l’environnement. On a prévu des primes pour les automobiles moins polluantes par exemple, mais rien qui intègre la durée de vie des biens. C’est d’autant plus étonnant que les établissements publics eux-mêmes sont soumis à l’obligation d’amortir les équipements dans leur budget, ce qui pénalise l’acquisition de biens à courte durée de vie.

On pourra aussi objecter qu’un pays peut avoir des ouvriers qualifiés et des ingénieurs compétents sans qu’ils soient rémunérés exagérément. C’est en partie vrai, sachant quand même que ce pays doit investir dans la formation et la protection sociale. Là intervient le paramètre des taxes qui peut faire la différence entre deux pays également développés. Sur quoi appuie-t-on l’impôt ? Le pays qui imposera principalement les salaires aura une main d’œuvre chère et favorisera les délocalisations, y compris dans des pays développés. Celui qui imposera principalement ce qu’on appelle la valeur ajoutée n’aura pas ce handicap.

Une taxe sur la valeur ajoutée élevée est un élément important pour conserver une production locale, donc des emplois. Cependant, même portée à 25% comme certains l’envisagent pour la France, une telle taxe ne suffit pas à décourager les délocalisations vers les pays à main d’œuvre très peu chère. En revanche on comprend vraiment mal les réactions hostiles des syndicats français à cette « TVA sociale ». Sont-ils à ce point favorables à la délocalisation des emplois ? A moins qu’en pratiquant la politique du pire ils espèrent accroître le mécontentement au profit des partis dits de gauche dont le retour au pouvoir le intéresse plus que la défense de leurs adhérents.

Il reste au moins un point à traiter. Comment inverser cette tendance actuelle à la délocalisation ? Les entreprises étant largement internationales, ce ne sont pas des mesures prises dans un ou quelques pays, comme l’orientation du crédit et la taxation de la valeur ajoutée, mesures dont la pérennité sera toujours mise en doute, qui pourront infléchir leur stratégie. Il faut agir à l’intérieur d’un grand marché, capable de se protéger du mondialisme sauvage. Seule une Europe politique peut le créer.


Peter Eisner
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MessageSujet: Re: Ecologie et économie   Dim 16 Sep - 18:01

Merci de ce texte très intéressant, qui suscitera j'en suis sûr beaucoup de réactions et qui montre il me semble l'incompatibilité absolue entre le libéralisme économique telle qu'il existe aujourd'hui et l'écologie/développement durable.
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Adrien
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MessageSujet: Re: Ecologie et économie   Jeu 20 Sep - 2:53

"Je rédigerai une réponse, Eisner, car je vois des conséquences sans cause, et des causes inconséquentes"....

...ai-je rapidement proclamé il y a quelques jours. Mais j'ai relu votre texte, Eisner, et il m'apparaît finalement fort intéressant. Car vous faites une différence, qui pour nous est fondamentale ; la distinction entre le libéralisme mondial (ou mondialiste), et un système économique d'une écologie "intelligente", et l'on soupçonne aussi un social-libéralisme "intelligent" également. Par "intelligent" entendre "qui est pensé selon des objectif représentatifs de l'intérêt général, ici européen, et au moyen de dispositions-bases d'une optimalisation générale (en tout domaine)". Vous pourriez appartenir à notre mouvement européen - cela ne serait d'ailleurs pas très surprenant. Je ne dirai donc rien de plus ici, car je veux laisser à une concertation générale de notre parti le choix des décisions des propositions économiques, sociales, sociétales et donc intrinsèquement écologiques... et étant un membre à par entière j'aurai le plaisir (et le devoir) d'exposer mon point de vue. Et vous, Eisner, si vous lisez cela, soyez sûr que c'est (ce sera) avec un même plaisir que nous vous écouterions à nouveau.
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dras
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MessageSujet: Re: Ecologie et économie   Jeu 20 Sep - 12:56

J'ai pas encore pu tout lire, mais je prendrai le temps de répondre d'ici quelques temps
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Eisner
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MessageSujet: Re: Ecologie et économie   Sam 22 Sep - 19:33

L’exigence de "penser avec en vue l'intérêt général, ici européen, dans le cadre d'une optimalisation générale" me convient parfaitement. Evidemment cette optimisation est difficile à atteindre, car il faudrait prendre systématiquement en compte tous les éléments, ce qu’on se garde bien de faire aujourd’hui. La concurrence, que les technocrates de l’UE veulent non faussée, est toujours biaisée par l’occultation d’une partie des paramètres. On sait que les biocarburants détruisent la planète, mais qui connaît, par exemple, les incidences sur l’environnement de la fabrication d’une voiture hybride ? Qui peut chiffrer les conséquences diverses du retrait du rail au profit de la route pour les petits volumes de fret ?

Dans le monde ultralibéral d’aujourd’hui, il faut subir les règles de la concurrence décidées par l’organisation mondiale du commerce. Je cherche surtout à montrer que ces règles sont nécessairement faussées. En revanche, à l’intérieur d’un grand marché européen qui serait en même temps un marché national, la difficulté serait secondaire. Il y aurait toujours la possibilité d’une correction politique, ce qui fait toute la différence ; on y verrait, au choix, une forme de socialisme ou l’intégration de paramètres sociaux dans les calculs économiques.

Je vais essayer de poursuivre bientôt en étant un peu plus précis, envisageant divers biens, séparant ceux de haute technologie des articles ménagers par exemple.

Peter Eisner
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